L'Etat et nos commerçants, nos premiers tueurs

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A quelque chose malheur est bon. L’AVC d’un sénateur met en lumière l’inefficience des actions du MSPP pour limiter l’impact de l’hypertension artérielle, première cause de mortalité au sein de la population adulte en Haïti. Le ministère, l’État dans son ensemble, regardent ailleurs quand il faut réguler la circulation et la vente de beaucoup de produits alimentaires générateurs d’addiction à cause de leur teneur en sel, en sucre. Sans compter ceux avec des niveaux de graisse saturée élevés, dénoncent des médecins.

L’AVC du sénateur Nawoon Marcellus, mardi, en pleine séance, a fait les manchettes de l’actualité. Cette attention médiatique ne déplait pas aux prestataires de soins, témoins au quotidien de l’effet dévastateur de maladies cardiovasculaires comme l’hypertension artérielle et le diabète, non encore considérées comme des problèmes majeurs de santé publique. « L’hypertension artérielle est la première cause de mortalité et le diabète la quatrième », a expliqué au Nouvelliste tout de go le Dr Nancy Charles Larco, responsable de la Fondation haïtienne des maladies cardiovasculaires (FHADIMAC), le jeudi 22 mars 2018.

Au sein de la population adulte, on compte 2 millions d’hypertendus et 370 000 diabétiques, a-t-elle poursuivi. La mauvaise qualité de l’alimentation, l’absence de sport, d’activité physique régulière, à côté d’autres causes, sont sur le banc des accusés par rapport à l’ampleur de ces pathologies. La consommation de trop de sel, notamment dans les cubes, les graisses saturées, la quantité élevée de sucre dans des boissons gazeuses comparativement à d’autres pays, le tabagisme, « sont des facteurs de risque sur lesquels on devrait agir pour diminuer la prévalence de ces maladies », a souligné le Dr Nancy Charles Larco.

En un mot, l'État et nos commerçants nous tuent en n'effectuant aucun contrôle sur ce que nous consommons et en nous vendons n'importe quoi. Dans les deux cas, l'État avec ses taxes, les commerçants avec leurs profits s'enrichissent sur le dos de la mauvaise santé de la population haïtienne, résume un journaliste senior.

Pour le moment, le MSPP n’a pas encore décrété les maladies cardiovasculaires urgence sanitaire. « Cependant, un groupe, un task force vient d’être créé au niveau du MSPP pour travailler sur la lutte contre ces maladies », a expliqué Nancy Charles, estimant qu’il est mieux de prévenir compte tenu du coût associé à ces pathologies en Haïti où seulement 4,5 % du budget est alloué à la santé publique.

Pour le cardiologue Michel Théard, l’hypertension artérielle est un véritable problème de santé publique.«L'hypertension artérielle touche près de 40% de la population adulte. C'est un facteur de risque majeur qui favorise d'autres maladies comme les affections coronariennes (à l'origine des infarctus du myocarde), les accidents vasculaires cérébraux, l'insuffisance cardiaque et l'insuffisance rénale. Ce risque augmente encore plus quand s'y associent d'autres facteurs de risque comme le tabagisme, le diabète ou les dyslipidémies (cholestérol).

Sans oublier le stress, la sédentarité, l'obésité, l'excès de sel, de boissons énergisantes », a longuement expliqué le Dr Théard, estimant qu’il faut tirer la sonnette d’alarme face aux proportions de l’hypertension artérielle(HTA) dans le pays. « En Haïti, la méconnaissance (HTA non diagnostiquée) ou la négligence de (HTA non ou mal traitée) conduit inexorablement à des complications plus ou moins précoces selon le niveau de l'HTA. Les 2 plus fréquentes complications dans nos cliniques et hôpitaux haïtiens sont l'accident vasculaire cérébral (AVC) et l'insuffisance cardiaque. L'insuffisance cardiaque constitue près de 80% des patients en consultation au quotidien à mon cabinet », a expliqué Michel Théard, qui souligne que les complications sont lourdes et coûteuses pour le patient, obligé d’être sous médication pour le reste de sa vie. « La prise en charge doit être méticuleuse et constamment optimisée », a souligné le Dr Michel Théard, qui mise sur l'éducation et la sensibilisation de la population et des professionnels de la santé.

Et aussi et surtout sur la motivation des patients et des équipes soignantes. Car, a expliqué le cardiologue, comme dans toutes les maladies chroniques (à vie), les patients ont tendance à négliger la prise des médicaments. L'adhérence au traitement est un problème mondial en matière d'HTA. La connaissance des recommandations des sociétés savantes par le personnel de santé est indispensable. Le respect du traitement est d’autant plus important que l’hypertension artérielle sévère s’accompagne d’un coût de traitement plus élevé, a expliqué Michel Théard.

 

« La bonne nouvelle est que si le contrat est rempli et que la tension artérielle est maintenue à 120/80 mm hg (12/8) alors la bataille est gagnée et le risque associé à l'HTA disparait. Un chiffre de tension artérielle à 140/90 mm hg (14/9) n'est pas acceptable. La cible à atteindre est bien 120/80 mm hg », a insisté Michel Théard, qui souligne que « le facteur essentiel en matière d'HTA est le sel ». « Une alimentation "occidentale" apporte 10 grammes de sel par jour en moyenne. L'organisme a besoin d'environ la moitié. En Haïti, l'alimentation (du fait de nos habitudes alimentaires, coutumes, etc.) apporte 30 à 40 grammes de sel par jour. Il y a une relation directe entre les apports de sel et le niveau de la tension artérielle (sauf pour de rares cas) », a-t-il dit.

« Les cubes, les plats vendus déjà cuisinés, les boîtes de conserve constituent des vecteurs dangereux de surcharge en sel et doivent être dénoncés », a estimé le cardiologue. « Pour ce qui est des graisses naturelles et des sucres rapides, cela affecte plus l'obésité, le cholestérol et le diabète (qui vont à leur tour agir sur la tension artérielle) », a indiqué Michel Théard.

L’effet des mauvaises graisses et de la cigarette est connu quant à l’apparition des maladies cardiovasculaires, a confié au journal le Dr Jean William Pape. « Une enquête au village de Dieu a révélé que 48 pour cent des femmes sont obèses, 25 pour cent de la population a une hypertension documentée. Haïti doit faire face à 2 épidémies à la fois : les maladies infectieuses et les maladies chroniques », a expliqué Jean William Pape. L’actuelle ministre de la Santé a initié une intervention importante sur la diète de la population pour encourager la consommation d’aliments sains comme les légumes et les fruits. C'est une excellente initiative qui mérite d'être supportée », a estimé le docteur Jean William Pape.

Les habitudes alimentaires ont beaucoup changé ces dernières décennies. Nos consommations alimentaires sont de moins en moins saines, a expliqué l’ex-ministre de la Santé publique Josette Bijou, en interview avec Radio IBO.

Le MSPP, l’État dans son ensemble sont dans le laisser-aller le plus total par rapport à des produits alimentaires ayant des composantes dangereuses pour la santé de la population. « Un ou deux articles ne font pas le poids pour sensibiliser quant au caractère nocif de ces produits dont la commercialisation s’accompagne de campagnes publicitaires agressives dans les médias », a estimé un journaliste. Il souhaite que le MSPP exige pour ces produits-là des consignes, comme ceux dans les publicités pour la cigarette ou l’alcool, du genre: la cigarette provoque de graves problèmes de santé et l’alcool doit être consommé avec modération, a poursuivi le journaliste. Entre-temps, le journal a contacté par texto depuis plusieurs semaines la ministre de la Santé publique sur la raison pour laquelle certaines boissons gazeuses commercialisées en Haïti ont plus de sucre que celles vendues en République dominicaine ou aux États-Unis d'Amérique. Le sucre, à côté de sa capacité à créer de l’addiction, se transforme en graisse une fois absorbé par l’organisme.

En Haïti, toutes les boissons gazeuses fabriquées dans le pays sont vendues plus sucrées que celles importées et autorisées à la consommation dans les autres pays.

À chaque fois que vous buvez une boisson sucrée produite en Haïti, vous vous intoxiquez, vous installez une addiction qui sera fatale pour votre santé. Là encore, l'État et nos commerçants se sucrent sur le dos de la santé de la population haïtienne avec des conséquences de plus en plus graves chaque jour, déplore le journaliste senior cité au début de l'article.

Roberson Alphonse source Le Nouvelliste

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