L’Etat consent 17 milliards de gourdes pour stabiliser les prix des produits pétroliers

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Pour garder les prix des produits pétroliers inchangés sur le marché local, l’Etat a consenti « un manque à gagner de 15 milliards de gourdes » et effectué un financement des compagnies pétrolières de l’ordre de 2 milliards de gourdes, a confié au journal le ministre de l’Économie et des Finances, Ronald G Décembre, à un moment où la gourde continue sa chute face au dollar et que les cours du pétrole s’envolent, touchant des niveaux non atteints depuis quatre ans.

Lors des importations de produits pétroliers en septembre 2018, le gouvernement a payé la facture en dollars à un taux oscillant entre 70,4333 et 70,4667 gourdes pour un dollar. Sur chaque gallon de gazoline, le Trésor public a perdu 108, 9034 gourdes. Sur chaque gallon de gasoil, la perte était de 99,4512 gourdes. Sous la rubrique « marge de stabilisation », l’Etat ne perçoit pas ses taxes et avance de l’argent prélevé d’autres ressources pour permettre aux distributeurs de continuer à vendre à la pompe le gallon de gasoil à 179 gourdes et le gallon de gazoline à 224 gourdes.

Pour le mois d’octobre, si les statistiques ne sont pas encore disponibles, on sait déjà que la situation a empiré. Le baril de pétrole s’est apprécié et la gourde est en chute libre. A 73 gourdes pour un dollar depuis le vendredi 12 octobre 2018, c’est une vraie hémorragie qui frappe le Trésor public pour maintenir les prix de l’essence inchangés à la pompe depuis quelques semaines, a appris Le Nouvelliste.

Pour ne rien arranger, l'Etat haïtien n'a collecté que 3 milliards de gourdes de recettes sur les produits pétroliers pour l’exercice 2017-2018, très loin de ses prévisions. Les recettes pétrolières sur l’exercice 2017-2018, ayant diminué de manière drastique, sont passées d’un rythme mensuel de 652 millions de gourdes en octobre 2017 à seulement 34 millions de gourdes en septembre 2018.

Si en novembre 2017 elles étaient de 564 millions, de 446 millions en décembre, de 339 millions en janvier 2018, de 222 millions en février, de 283 millions en avril, c’est à partir du mois de mai 2018 que la chute a débuté pour atteindre 157 millions de gourdes.

En juin, des recettes pétrolières perçues par l’Etat haïtien ont continué à baisser pour atteindre 104 millions de gourdes jusqu’à la chute libre observée après le mois de juillet, le mois des émeutes causées par la volonté de l’Etat de réduire de manière drastique, rapide et non graduelle la subvention accordée pour maintenir à un niveau anormalement bas les prix des produits pétroliers vendus à la population.

En juillet 2018, les recettes de l’Etat sur la vente des produits pétroliers étaient de 71 millions de gourdes, de 45 millions en août jusqu’à atteindre le plus bas niveau de l’année fiscale à 34 millions de gourdes en septembre 2018, selon des informations obtenues d’un tableau de l’Administration générale des douanes (AGD).

Pendant toute l’année fiscale 2017-2018, l’Etat haïtien a été confronté à un effet ciseaux : la gourde, monnaie dans laquelle on vend les produits pétroliers, n’a pas cessé de perdre de sa valeur, pendant que le dollar, monnaie de commande des cargaisons d’essence, s’appréciait. Dans le même temps, le prix du baril de pétrole s’envolait sur le marché international pendant que les prix à la pompe en Haïti restaient inchangés.

Bien avant la débâcle de juillet, quand une tentative d’ajustement à la hausse des prix à la pompe a débouché sur des émeutes violentes et meurtrières, l’Etat haïtien n’a pas cessé de perdre de l’argent sur chaque arrivage de produits pétroliers.

Les revenus de la manne pétrolière, habituellement une source sûre et stable de captation de recettes pour l’Etat, se dégradent quotidiennement. Cela arrive alors que les cours du brut sont à la hausse, les mécanismes du fonds PetroCaribe sont à l’arrêt depuis les sanctions américaines contre le Venezuela et que les autorités financières et monétaires sont incapables de réduire le rythme de la dépréciation de la gourde par rapport au dollar. Aucune nouvelle date n’est à l’ordre du jour pour tenter d’augmenter les prix des produits pétroliers à la pompe. Rien n’est communiqué sur les rencontres des autorités financières et monétaires avec le FMI.

En ce mois d’octobre 2018, pour stabiliser les prix des produits pétroliers sur le marché local sur la dernière commande arrivée au pays le 8 septembre 2018 avec un taux de change de 70,4667 pour 1 dollar américain, l'Etat, à côté de ses taxes non perçues, verse de l'argent provenant d'autres recettes aux compagnies pétrolières.

Sur la gazoline, dont le gallon est vendu 224 gourdes, la marge de stabilisation est de 108 gourdes. Le Trésor public perd 108 gourdes sur chaque gallon vendu aux consommateurs.

Pour que le gasoil destiné aux distributeurs, importé le 6 Septembre 2018 avec un taux de change de 70,4333 pour 1 dollar, soit vendu à la pompe à 179 gourdes le gallon, l’Etat assume la charge d’une marge de stabilisation de 99, 4512 gourdes par gallon.

L’Etat, en consentant 17 milliards de gourdes pour stabiliser les prix du pétrole, dont 2 milliards de financement aux compagnies pétrolières, achète la paix sociale pour un certain temps sans être capable de ligaturer les veines ouvertes du Trésor. Avec les prévisions de renchérissement des cours du pétrole et de dégringolade de la gourde face au dollar, les choix qui s’imposent à Haïti sont cornéliens. Ces jours-ci où l’on dénonce le gaspillage de l’argent public et que l’on demande des comptes sur l’utilisation du fonds PetroCaribe, demander au pays de se serrer la ceinture est périlleux. Ne pas agir pour plus de responsabilité fiscale, pour la fin du désordre dans l'octroi des exonérations, pour une utilisation rationnelle des finances publiques et laisser filer le déficit auront des impacts sur le taux de change et l’inflation, donc le peu de pouvoir d’achat des plus faibles.

Ce que pense Pierre Boisson

«C’est la plus importante cause du déficit budgétaire de l’année écoulée», a commenté l'économiste Pierre Marie Boisson soulignant que cela n'est pas soutenable pour le Trésor public. «Le niveau de manque à gagner actuel entraînera un déficit encore plus élevé l’an prochain car les deux déterminants principaux, les cours mondiaux et la décote de la gourde ont augmenté tout au cours de l’exercice. Ils seront donc en moyenne plus élevés en 2018-19 qu’en 2017-18», a poursuivi l'économiste. Arrivé à un certain point, la bonne gestion des ressources publiques, plus de responsabilité fiscale seront nécessaires pour stopper l'hémorragie ? «Assurément», a répondu Pierre Marie Boisson.

Roberson Alphonse source Le Nouvelliste

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