Les Etats-Unis apportent leur aide et invitent Haïti à faire ce que le président Moïse avait omis de dire dans son message

Publié
3 mois ago
Dernière mise à jour
3 mois ago
4268 views
Time to
read
5’

e ministre haïtien des Affaires étrangères, Bocchit Edmond

Alors qu’elles étaient très silencieuses depuis le début de l’ «opération pays lock», le 7 février dernier, les autorités américaines se sont prononcées sur la crise haïtienne, ce vendredi 15 février. Un communiqué et l’annonce de l’envoi dans un délai proche d’aides humanitaires remettent les Etats-Unis au centre de la crise haïtienne. On ne sait pas encore qui va en profiter : le président Jovenel Moïse, le premier ministre Jean-Henry Céant, l’opposition ou Haïti.

Si l’annonce du programme d’aide a été faite dans la capitale américaine, ce n’est pas par une voix de Washington, mais l’ambassade US à Port-au-Prince qui a sorti une note pour exprimer la position américaine sur la crise en Haïti.

Les partisans du président Jovenel Moïse lisent la position américaine comme un appui au chef de l’Etat. Des observateurs font remarquer que les USA, tout en félicitant le président pour son appel au dialogue, invitent le gouvernement haïtien à faire ce que des associations de la société civile haïtienne, particulièrement la Chambre de commerce et d’industrie d’Haïti (CCIH) réclament depuis une semaine : dialogue avec l’opposition, meilleures politiques économiques et lutte contre la corruption.

Sur ce dernier point, les analystes font remarquer que la position américaine met le président de la République devant un dilemme. Lui-même, beaucoup de ses amis et alliés sont indexés dans les rapports du Sénat et de la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif sur la gestion catastrophique des milliards de dollars du fonds PetroCaribe.

La recommandation américaine qui propose à Haïti de rectifier sa politique économique est un revers cinglant pour toute l’administration du président Moïse qui, avec deux premiers ministres en seize mois, a cumulé 34 milliards de gourdes de déficits publics et fait perdre plus de 40% de sa valeur à la gourde.

Le recours au dialogue pour sortir de la crise, mettra le président dans ses petits souliers. La veille, dans son message à nation, le président Moïse avait assimilé ses opposants à des catégories peu recommandables. Il avait déclaré d’un ton ferme : «Je ne livrerai pas le pays entre les mains des gangs armés et des trafiquants de drogue ». Moïse va-t-il pouvoir s’asseoir avec eux autour d’une table.

Alors que le ministre haïtien des Affaires étrangères, Bocchit Edmond, venait de participer à une rencontre à la Maison Blanche où il devait s’entretenir avec John Bolton, conseiller à la sécurité nationale du président Donald Trump, l’ambassade américaine a diffusé sur les réseaux sociaux la position officielle des Etats-Unis sur la crise politique en Haïti.

Ce timing a fait tiquer les observateurs. Le ministre Bocchit venait tout juste de publier puis de supprimer sur son compte Twitter une déclaration et une belle photo où tout sourire il annonçait sa rencontre à la Maison Blanche. Le ministre Bocchit Edmond est connu à Washington comme l’ancien ambassadeur d’Haïti auprès de l’Organisation des Etats Américains (OEA). Il y revient alors que la crise en Haïti se superpose à celle au Venezuela.

Miracle, Haïti va bénéficier de l’aide humanitaire américaine dans une opération similaire à ce qui se met en place en faveur du président autoproclamé du Venezuela. Les USA soignent bien leurs alliés, c’est le moins que l’on puisse dire.

Selon un article du Miami Herald, l'administration Trump travaille sur un plan visant à fournir de l'aide humanitaire à Haïti, où l'eau, les médicaments et la nourriture se font de plus en plus rares après neuf jours de manifestations consécutives.

Un porte-parole de l'Agence américaine pour le développement international (USAID) a informé que  le gouvernement américain reste attaché à la population haïtienne et à la satisfaction des besoins de sécurité alimentaire des personnes les plus touchées.

Les décisions sur le moment, le lieu et le type d'assistance alimentaire d'urgence à fournir dépendront des besoins et du contexte locaux, y compris des évaluations de la situation des marchés pour garantir la mise en place des interventions appropriées, a ajouté le porte-parole de l’USAID, cité par le Miami Herald.

Interrogé depuis Washington par Le Nouvelliste, le ministre des Affaires étrangères d’Haïti s’est gardé de faire un commentaire sur son rendez-vous de travail à la maison blanche. « Pas maintenant. On en reparlera », a dit le ministre Edmond. Le Nouvelliste voulait s’enquérir de la nature de la rencontre, des décisions prises, des promesses faites et savoir si la position américaine est un retour d’ascenseur après la position haïtienne de ne plus reconnaître le régime de Nicolas Maduro.

Comme il s’agit d’aide et que l’un des derniers problèmes d’Haïti concerne la gestion calamiteuse des fonds PetroCaribe de provenance vénézuélien, on ne sait pas encore qui va gérer l’aide américaine à Haïti : l’USAID, le premier ministre ou directement la présidence haïtienne.

Annoncé depuis jeudi soir par le président Moïse, un discours du premier ministre Jean-Henry Céant est toujours attendu 24 heures plus tard. Il est maintenant question que le chef du gouvernement s’adressera à la nation ce samedi pour annoncer de nouvelles mesures économiques.

Céant va-t-il prendre les commandes ? Pourra-t-il s’entendre avec le président Moïse pour partager les responsabilités avec l’opposition ? allons-nous vers une recomposition du paysage politique haïtien, la note de l’ambassade américaine ne le dit pas. mais il est certain que l’après « Opération pays lock » ne pourra pas ressembler à ce qui se passait avant la crise et les manifestations de février.

« Le gouvernement des États-Unis partage le souhait du peuple haïtien de bâtir un avenir meilleur pour Haïti », a déclaré d’entrée le gouvernement américain, après une semaine de vives protestations en Haïti.

« Un dialogue et des compromis véritables pour aboutir à un gouvernement transparent et responsable peuvent au mieux répondre aux besoins et aux aspirations du peuple haïtien », poursuit le gouvernement des États-Unis qui se félicite de l’appel du Président Moise au dialogue national.

D’un autre côté, les Etats-Unis exhortent « le gouvernement à redoubler d’efforts pour lutter contre la corruption et responsabiliser les personnes impliquées dans le scandale PetroCaribe ».

Sur le même thème, le gouvernement américain dit encourager la mise en œuvre intégrale de mesures de politique économique saines au profit du peuple haïtien.

« Une gestion des ressources améliorée et transparente favorisera la croissance économique à long terme, permettra d’améliorer le climat des investissements et de générer des emplois ».

La dernière fois qu’un diplomate étranger a demandé la poursuite des dilapidateurs des fonds PetroCaribe, il a perdu son poste en Haïti après protestation du gouvernement haïtien. Il s’agissait de l’américaine Suzan D. Page, ex-représentante spéciale du secrétaire général des Nations unies en Haïti.

« Depuis le 7 février, le peuple haïtien est victime de violences croissantes qui ont entraîné la mort de civils innocents et la destruction de biens publics et privés », lit-on plus loin dans la note. Face à cette situation délétère, le gouvernement des États-Unis « exhorte tous les citoyens, les partis politiques et les organisations de la société civile, à s’exprimer de manière pacifique. La violence ne fait qu’aggraver l’instabilité et la souffrance du peuple haïtien ». La note félicite la police nationale pour son travail dans le cadre du maintien de la paix et de la stabilité tout en veillant à ce que les citoyens haïtiens exercent leur droit à se faire entendre.

« Nous encourageons tous les représentants légalement élus d’Haïti, ainsi que tous les Haïtiens qui recherchent une solution politique pacifique conforme à la constitution haïtienne, à engager un dialogue inclusif – sans recourir à une action violente », a insisté le voisin américain.

Cette note arrive moins de 24 heures après que les autorités américaines aient décidé de modifier ses consignes de voyage sur Haïti, classant le pays en catégorie 4 sur sa liste noire. La note recommande aux citoyens américains de ne pas se rendre en Haïti.  

Valéry Daudier 

Frantz Duval

Source Le Nouvelliste

Author

Frantz Duval collabore au Nouvelliste depuis 1985. Il a une grande histoire de fidélité et de passion avec Le Nouvelliste où il a occupé les postes de responsable Création et Interactivité à partir de 2002 et de responsable de la section Economique à partir de 1994. Directeur de publication de Ticket et...

Animateur (s)

Portrait de Anne Merline Eugene
La Mafia existe
1 année 3 semaines ago
Portrait de Jacques Adler Jean Pierre
Agenda Culturel RTVC - 20 Avril 2017
2 années 1 mois ago