L’Eglise catholique peint un tableau sombre du pays et lance un appel au dialogue

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Conférence épiscopale d’Haïti (CEH)

« L’heure est grave » ! Le constat de la Conférence épiscopale d’Haïti (CEH) sur la réalité du pays est implacable. Il est connu de tous, mais très peu d’entre nous en prennent conscience. C’est pourquoi les évêques de l’Église catholique, dans leur traditionnel message de Noël, après avoir peint un tableau sombre du pays, appellent tous les secteurs au dialogue et à un dépassement de soi pour éviter le chaos total.

La faillite des institutions étatiques, l’escalade de la violence, les gangs armés à la solde de puissants sponsors, la débâcle économique croissante engendrant un appauvrissement intolérable, la corruption généralisée, l’impunité arrogante, la méfiance, le non-respect de la sacralité de la vie et l’atteinte effrontée à la dignité de la personne humaine… Le constat de la Conférence épiscopale d’Haïti (CEH) est connu de tous.

« À cet effet, comment ne pas dire l’horreur et l’effroi que nous avons éprouvés devant l’état révoltant de certaines victimes mutilées et jetées à l’aventure et au cloaque ! Aux familles éplorées, nous exprimons encore nos vives sympathies et nous attendons que les auteurs de ces crimes horribles soient appréhendés et traduits en justice », s’insurge l’Église catholique.

Selon les évèques, la nation est en train de creuser le gouffre de son anéantissement. « C’est au bord de ce gouffre que le Fils de Dieu vient aujourd’hui nous rejoindre. Il nous tend la main et nous redit avec force d’avoir confiance en Lui, confiance en nous-mêmes et confiance les uns dans les autres. Ce climat de confiance est la condition sine qua non de toute velléité de dialogue. Nous aspirons tous à ce dialogue que nous appelons de plusieurs façons. Peu importe le nom que nous lui donnons, ce dialogue exige, outre un climat de confiance et de vérité, une attitude d’écoute, de franchise et de dépassement de soi à la recherche du bien supérieur de la nation. »

Cependant, pour la CEH, « c’est sur ce terrain de dialogue vrai, sincère et inclusif que nous proposons de ramener le dossier PetroCaribe auquel il faut donner une suite concrète dans le plus bref délai, tant en son aspect administratif qu’en son aspect juridique. Qu’on ne s’y méprenne pas, l’Église reconnaît la nécessité du dialogue, elle le propose à la nation sans se proposer elle-même. L’Église s’engage aux côtés du peuple haïtien sur cette voie en vue d’une réalisation plus adéquate du bien commun », ont précisé les évêques.

« Nous sommes de plus en plus persuadés qu’il faut organiser le sauvetage de notre cher pays, affirment-ils. À cette fin, chaque fils et fille de ce pays doivent exercer un rôle actif et déterminant. Cela nous demande de nous ressaisir, de consentir des sacrifices très exigeants, sachant que nous ne ferons jamais rien de trop pour le bien de notre mère patrie que nous aimons tous. »

Aux élus, la CEH leur demande d’assumer leurs responsabilités

« Vous les élus, à tous les échelons de l’État, votre responsabilité, en tant que mandatés par le peuple, c’est de tout faire pour arrêter cette dégradation inquiétante d’Haïti. Vous êtes chargés de protéger le peuple et les institutions démocratiques du pays. Vous devez renoncer aux privilèges indus et extravagants que vous vous accordez au détriment des besoins primaires et vitaux du peuple. Vous devez agir avant qu’il ne soit trop tard », exhortent les évêques.

La CEH rappelle à nos dirigeants que « l’heure est grave. Nous vous interpellons avec vigueur. Sachez encore que la légitimité n’est pas simplement un acquis, c’est surtout une conquête permanente. Quand, investis de pouvoir, nommés ou élus, vous êtes incapables de servir le peuple, votre légitimité s’effrite. Que peut-on espérer de vous si vous êtes incapables de défendre les intérêts de tous les citoyens haïtiens, c’est-à-dire de préserver le bien commun, objectif principal de toute politique ? »

La CEH demande à la justice d’être impartiale…

« Vous qui êtes investis du pouvoir judiciaire, vous êtes appelés à faire régner le droit et la justice dans un système décrié et réputé corrompu. En êtes-vous vraiment conscients ? Nous en appelons à votre impartialité, votre indépendance, votre intégrité et votre courage », demande la Conférence des évêques à la justice du pays.

À la classe politique de prioriser le bien commun

À ceux qui sont engagés dans les partis politiques et qui aspirent à la conquête du pouvoir, l’Église catholique leur rappelle que le pouvoir est un service. « Par conséquent, vous êtes appelés à faire taire vos passions et ambitions personnelles afin que ce soit le pays qui gagne toujours. Comme nous le rappelle le pape François," une société politique perdure, si elle cherche, comme vocation, à satisfaire les besoins communs en stimulant la croissance de tous ses membres, spécialement ceux qui sont en situation de plus grande vulnérabilité ou de risque… »

À la société en général, « aimez sincèrement le pays… »

Enfin, la Conférence des évêques exhorte la société civile à aimer sincèrement le pays, à travailler honnêtement à son développement. « Votre rôle est de contribuer à la transformation de la société. Aussi vous prions-nous de résister à tout aveuglement, à toute pression, intimidation et manipulation », avance la CEH.

L’Église catholique demande à la population de combattre la méfiance. La méfiance qui, selon la CEH est engendrée par la peur; elle règne dans nos rangs et entrave l’avancement du pays.

Robenson Geffrard source Le Nouvelliste

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