L’Eglise catholique dénonce avec vigueur « l’indifférence et l’inertie déconcertantes et inacceptables » des autorités haïtiennes

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Comme un pavé dans la mare, les évêques haïtiens s’insurgent avec vigueur contre « l’indifférence et l’inertie déconcertantes et inacceptables des responsables publics devant le sort de ces trop nombreux Haïtiens qui vivent quotidiennement avec la faim au ventre et la peur aux tripes. » Dans une note publiée le 4 avril, la Conférence épiscopale d’Haïti (CEH) n’a pas mâché ses mots pour critiquer les agissements et le mutisme du pouvoir en place.

« Depuis la fin de l’année 2017, nous n’avons cessé d’élever la voix pour attirer l’attention des autorités constituées du pays sur la situation alarmante de la vie en Haïti. En juillet 2018, nous les avons pressées de prendre des mesures appropriées pour arrêter l’escalade de la violence et de la faim. Mais elles n’y ont pas prêté attention », ont fulminé les évêques.

« Nous déplorons et dénonçons avec vigueur l’indifférence et l’inertie déconcertantes et inacceptables des responsables publics devant le sort de ces trop nombreux Haïtiens qui vivent quotidiennement avec la faim au ventre et la peur aux tripes. C’est pourquoi ceux-ci périssent en mer en tentant de rejoindre les États-Unis d’Amérique, ou d’autres pays, sur des embarcations de fortune car le pays n’est plus pour eux un chemin d’espérance, mais un chemin de mort. »

Le Nouvelliste avait déjà souligné qu’après le naufrage d’une petite embarcation, dimanche dernier, au large des îles Turks and Caicos, le chef de l’Etat qui est souvent prompt à réagir sur son compte Twitter, avait affiché une indifférence totale face à la mort des 15 de nos compatriotes.

« Nous avons appris avec grande peine la triste nouvelle de la mort d’une dizaine de nos frères haïtiens dans les eaux de Turks and Caicos, le dimanche 31 mars 2019, a sympathisé la CEH. Leur embarcation de fortune a fait naufrage. Nous avions eu à élever la voix cette année déjà pour la même raison. Car le 2 février dernier, plus d’une vingtaine de nos compatriotes avaient péri au large des Bahamas. Cela avait attiré l’attention de la communauté internationale dont le pape François qui avait prié pour les victimes et pour Haïti à ce moment-là. »

« Tout d’abord, ont poursuivi les évêques dans la note, nous exprimons notre sincère gratitude à l’endroit de toutes ces personnes qui sont intervenues dans des opérations de sauvetage lancées après le naufrage, afin de sauver les rescapés. Nous nous tournons vers les familles affligées et affectées par ces deuils interminables pour leur présenter nos profondes sympathies et les assurer de notre proximité, de nos prières et de notre solidarité. Malheureusement, ces genres de tragédies sont devenues monnaie courante depuis la dégradation de la gourde et des conditions de sécurité dans le pays. Ces naufrages et les morts qui s’ensuivent n’arrêtent pas la vague de ceux-là qui fuient le pays en quête d’un mieux-être et d’une vie plus digne. »

Les évêques n’ont pas caché leur déception face à l’insouciance des dirigeants haïtiens. « Est-ce que les responsables de l’État peuvent se contenter uniquement de gérer leur pouvoir sans jamais tenir compte des promesses qu’ils ont faites et sur la base desquelles ils ont été élus ? Peuvent-ils seulement se rappeler que ces pauvres qui fuient Haïti, ces affamés, ces naufragés, sont nos enfants, nos frères et sœurs, nos compatriotes ? Tant et tant de fois, nous les avons exhortés à prendre des mesures concrètes pour soulager la misère du peuple, de changer leur train de vie ; mais jusqu’à présent, ils font comme par le passé. Ainsi la situation socio-économique continue terriblement de se dégrader et la détresse, indescriptible. Nous sommes légitimement outrés devant ce scandale. »  

Les membres de la CEH ont frappé la main sur la table comme une sorte de wake up call. « Haïtiennes ! Haïtiens ! Où êtes-vous ? Où sommes-nous ? » Réveillez-vous ! Réveillons-nous ! Nous ne pouvons pas laisser notre pays s’en aller ainsi vers l’abîme sans réagir. Haïtiennes, Haïtiens, cela nous concerne toutes et tous ! Haïti, c’est notre affaire ! C’est notre responsabilité, c’est notre pays, c’est notre Alma Mater ! Ne devenons pas insensibles à son sort ! Ne la laissons pas s’effondrer ! Ne nous habituons pas à la misère qui nous déshumanise, nous aliène ! Faisons quelque chose pour sauver Haïti aujourd’hui ! Demain il sera trop tard peut-être. »

Pour que les choses changent, les religieux catholiques en appellent à la providence. « Que Notre-Dame du Perpétuel Secours, Patronne et Protectrice d’Haïti, vienne à notre aide dans nos détresses et dans nos efforts pour que les choses changent ! »

Robenson Geffrard Source le Nouveliste - Note de la Conference Episcopale

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