Le politologue Fernando ESTIMÉ et l’ancien Ambassadeur d’Haïti au Japon Marcel DURET harmonisent leurs voix autour d’une diplomatie culturelle au service de l’économie

Publié
3 mois ago
Dernière mise à jour
3 mois ago
2023 views
Time to
read
4’

Fernando Estime et Marcel Duret

Le plateau de Sans Frontières de la Radio Télévision Caraïbes comme à l’ordinaire, a fait état d’un véritable pilotage cette semaine, en vue de booster un paramètre de la politique étrangère d’un État ayant rapport à ce que l’on appelle dans le vocabulaire savant : le soft power. Cela prend en compte la culture au sens large du terme.

De ce fait, le politologue Fernando ESTIMÉ a reçu douze jeunes cadres du pays et l’Ambassadeur Marcel DURET sur le plateau de Sans Frontières pour avoir été peu ou prou participé à la mise en œuvre d’une certaine diplomatie culturelle profitable à la République d’Haïti pendant qu’il a été en poste au Japon pendant 12 ans (1991-2003), pour s’interroger et regarder à l’aune de certaines analyses ce qui mérite d’être revu.

Dans ses propos introductifs, le professeur Fernando ESTIMÉ se laisse emporter de manière désintéressée par les charmes, l’élégance à laquelle les écrivains, les peintres, les artistes, les cinéastes haïtiens qui ont su vendre avec aisance l’image du pays à l’étranger. Sans la prétention d’ignorer les efforts de certains écrivains, peintres, artistes haïtiens, il s’enchaine pour dire que Yanick Lahens, Gary Victor, Dany Laferrière, Raoul Peck, Edwidge Danticat, Ketly Mars, Emeline Michel, Bélo, Jean Jean Rousevelt , Boulot Valcourt, Wyclef Jean, Franck Etienne, Lionel Trouillot, Jimmy Jean-Louis, Arnold Antonin, Jean-Michel Basquiat, Azor et consorts, sont les plus grands Ambassadeurs du pays. C’est à travers nos artistes, nos écrivains, nos peintes qu’Haïti retrouve surtout sa fierté au niveau international, a-t-il insisté. L’Ambassadeur Marcel DURET pour sa part, s’enlise dans le même sens.

Ayant compris les caractères personnels de nos agents culturels avec ce que Mr. ESTIMÉ qualifie de « star power », qui fait qu’avec beaucoup de facilité ces agents peuvent toucher en profondeur et ce, en un temps record un public étranger, qu’il parle ou non la langue dans laquelle chante l’artiste ; travail qui aurait coûté toute la mission d’un Ambassadeur en poste dans un pays, a  martelé Ambassadeur DURET. Ainsi, Mr. ESTIMÉ et Mr. DURET se voient obliger d’harmoniser leurs voix autour d’une diplomatie culturelle avec des visions aussi économiques.

Sachant que le carnaval et le rara font partie intégrante du patrimoine culturel du pays, le politologue Fernando ESTIMÉ croit qu’il serait de bon ton de les exploiter à bon escient dans les communes réputées comme étant de véritables bastions de ces activités festives. Et, créer surtout dans une logique économique, la possibilité pour que ces manifestations culturelles soient rentables à l’État ainsi que les citoyens du pays s’exerçant dans ces domaines. Dans ce même ordre d’idées, il a pris en exemple le Brésil où il y a le carnaval de Rio qui rapporte beaucoup à l’État Brésilien.

Pour Mr. ESTIMÉ, la commune de Jacmel devrait constituer le centre d’intérêt de l’État haïtien en termes de réalisation des activités carnavalesques puisqu’elle dispose non seulement une industrie artistique, artisanale de toutes sortes en permanence, principalement vouée à cette pratique culturelle. C’est d’ailleurs l’une des potentialités de cette commune en matière culturelle. Mais aussi ce carnaval au goût et couleur d’Haïti aurait été le plus original à offrir aux étrangers. Deuxième centre d’intérêt devrait être la commune de Léogane et certaines communes du département de l’Artibonite dont Desdunes, Saint-Marc pour la réalisation du « rara ». Dans cette lignée, l’Ambassadeur Marcel Duret croit qu’il y a un travail fondamental à faire, consistant à créer un climat favorable pour accueillir les touristes, et l’État doit prendre aussi des mesures incitatives de concert avec le secteur privé des affaires en vue de faciliter la venue des étrangers pendant les périodes carnavalesque et rara, ce qui pourrait constituer une bouffée d’oxygène à notre économie, et à faire une projection de la culture haïtienne sur l’échiquier mondial.

L’Ambassadeur Marcel DURET a rappelé que la France a une longue tradition dans le domaine de la diplomatie culturelle et déclare qu’il n’y a pas un pas un pays qui le fait aussi bien que la France. Suivant l’idée selon laquelle la diplomatie culturelle prend en compte plusieurs facettes, et il faut une politique affirmative en faveur de l’une d’entre elles ou tous les facteurs intégralement, l’Ambassadeur DURET confirme une fois de plus la position qu’il défend toujours surtout à travers ses écrits. Selon lui, « La musique : l’outil par excellence de la promotion d’Haïti à l’étranger », titre d’un article assez enrichissant qu’il a publié d’ailleurs dans les colonnes du journal le nouvelliste en 2011. Et, Jusqu’à aujourd’hui Azor reste un véritable Icone au Japon et les japonais qui font encore du tourisme en Haïti sont en majeure partie, ceux et celles qui ont été électrisé par sa performance ou celle d’une star haïtienne, a-t-il dit. L’élément le plus probant à retenir : « Haïti n’est pas une puissance militaire, elle n’est pas une puissance économique, mais elle est une puissance culturelle », a martelé, l’Ambassadeur DURET. Toutefois, sans l’intention
de dédouaner l’équipe de pilotage du MAE, L’Ambassadeur DURET pense que le budget alloué à ce Ministère ne lui facilite pas la tâche en vue de travailler dur comme fer sur cet aspect combien important.

Cependant, certains participants à l’émission pensent que le véritable blocage du rayonnement de la culture haïtienne ne peut pas réduire à un problème financier. Ils dénoncent l’hypocrisie de certaines autorités politiques, des membres de la société qui devraient en réalité les premiers partenaires de cette culture mais qui, malheureusement marginalisent cette dernière consciemment ou inconsciemment, directement ou indirectement. Les gens se contentent de s’affirmer, de s’exhiber à d’autres cultures tout en étant foncièrement attachés au vodou, non pas pour la propulser mais pour résoudre uniquement leurs problèmes qui y sont relatifs. Ces participants demandent à ce que l’on regarde en face notre propre contradiction et travaille là-dessus. Car tant que les membres de la société n’arrivent pas à dépasser tous les préjugés défavorables à l’égard de notre culture, tant qu’il n’y ait pas une politique affirmative qui va au de-là de ce que les gens peuvent prendre pour vrai qui ne l’est pas en réalité, on n’arrivera jamais à surmonter les obstacles.

Le professeur Fernando ESTIMÉ pour sa part, ne s’y oppose pas au point de vue de l’Ambassadeur. Car il pense que les stars ont toujours une longueur d’avance sur le public, qu’il soit étranger ou pas. Mr. ESTIMÉ croit qu’il y a dans une large mesure, un préjugé favorable aux artistes qui n’ont pas toujours besoin de se présenter pour déballer ses produits.

Le professeur en a profité également pour remercierJason Derulo, l’américain d’origine haïtienne, qui vient de faire le tournage en Haïti de son vidéo : « Colors » pour la coupe du monde de foot-ball de cette année. Selon les propos de Fernando ESTIMÉ, l’État haïtien ne peut que remercier Jason Derulo pour cette publicité qui va apporter une valeur ajoutée au rayonnement de l’image du pays à travers le monde parce que l’État haïtien aurait pu payer les yeux de la tête pour une publicité de cette envergure. Et, c’était encore le cas en 2006 avec Wyclef Jean en Allemagne.

Author
Étudiant en philosophie et science politique à l'IERAH/ISERSS Jeune député de Jacmel au parlement jeunesse d'Haïti

Animateur (s)

Portrait de Anne Merline Eugene
La Mafia existe
2 mois 3 semaines ago
Portrait de Jacques Adler Jean Pierre
Agenda Culturel RTVC - 20 Avril 2017
1 année 2 mois ago