Le MSPP a déjà identifié des hôpitaux à travers les dix départements

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Dr Greta Roy Clement

Le monde entier est en état d’alerte sanitaire par rapport à la propagation du COVID-19, communément appelé Coronavirus. Où en est Haïti dans les préparatifs ? Dans une entrevue exclusive accordée au Nouvelliste jeudi, la ministre de la Santé publique a répondu à cette question. Selon le Dr Marie Gréta Roy Clément, le ministère a déjà identifié des hôpitaux à travers les dix départements qui pourraient assurer la prise en charge éventuelle de cas. La ministre a répondu aux questions de Robenson Geffrard.

Le Nouvelliste : Haïti a-t- elle des raisons de s’inquiéter de l’expansion du coronavirus dans le monde ?

Dr Marie Gréta Roy Clément : Alors que l’épidémie du COVID-19 s’est propagée de la Chine à environ 46 pays avec plus de 82 000 cas confirmés au 27 février 2020 selon les données de l’OMS, et que trois pays de l’Amérique (Etats-Unis, Canada, Brésil) ont recensé des cas confirmés, des pays avec lesquels nous avons des échanges commerciaux et migratoires importants, il y a lieu d’être très vigilants et de suivre toutes les mesures de prévention recommandées. En effet, le pays est exposé à un certain risque d’importation du virus car il s’agit bien d’une pandémie et l’alerte est mondiale.

L.N : Quelles sont les dispositions qui ont été prises dans les deux aéroports internationaux du pays ?

MGRC : La veille sanitaire a été activée dans les deux aéroports pour le screening des voyageurs (observation, prise de température corporelle systématique des passagers, interrogatoire pour ceux qui reviennent des zones que nous considérons à risque) et éventuellement la mise en quarantaine de certaines personnes en provenance de zone à risque.

L.N : Avez-vous déjà identifié d'éventuels hôpitaux qui pourraient accueillir des cas ?

MGRC : Oui, le ministère a déjà identifié des hôpitaux à travers les dix départements qui pourraient assurer la prise en charge éventuelle de cas.

L.N : Y a-t-il actuellement une zone de quarantaine dans le pays ?

MGRC : Le ministère a déjà identifié des espaces qui pourraient servir de quarantaine au besoin. Pour l’instant, à cette phase, nous priorisons la quarantaine domiciliaire. Mais chemin faisant et dépendamment de l’évolution de la situation, nous prévoyons d’autres types de quarantaine.

L.N : Qu’en est-il des ports ?

MGRC : Ordinairement dans beaucoup de ports, une équipe de quarantaine visite les navires avant débarquement. Cependant, avec la déclaration du nouveau coronavirus la veille sanitaire est renforcée dans certains ports et le processus est déclenché pour le renforcement des autres. Il est à noter que la plupart des bateaux de transport provenant des zones où il y a des cas arrivent avec plus de 14 jours de trajet, donc après la période d’incubation.  Bien plus, les marchandises en provenance de la Chine ne représentent aucun danger car le virus ne survit pas sur les objets dans ces conditions et pendant tout ce temps.

L.N : Pensez-vous qu’avec ce flux de touristes en République dominicaine il y a lieu de s’inquiéter ? Si oui, comment renforcer la surveillance sur les lignes frontalières ?

MGRC : L’augmentation des flux des biens et des personnes facilite la propagation de différentes maladies qui deviennent une menace à la santé publique, principalement le COVID-19 qui est une maladie hautement contagieuse. Le pays se trouve sur une île avec une frontière poreuse qui faciliterait la propagation de la maladie des deux côtés. Vu les échanges commerciaux importants entre Haïti et la République dominicaine, pays plus exposé au risque d’importation du virus, la surveillance dans les zones frontalières officielles a été renforcée à travers les officiers de surveillance épidémiologique et sanitaire.

La surveillance à base communautaire (SEBAC) sera également renforcée dans les zones frontalières non officielles. Toutes les ressources formelles et informelles y seront impliquées. Il est de l’intérêt des deux pays de l’île de coordonner leurs efforts à la lutte contre ce fléau, sinon les deux nations en paieront les conséquences.

L.N : Est-ce nécessaire pour le pays de commander des masques ?

MGRC : Vu le mode de transmission connu jusqu'à présent de la maladie, afin de limiter sa propagation, il serait nécessaire de se procurer des masques. Mais il est important d’accentuer davantage sur les mesures d’hygiène préventives, à savoir :

- se laver fréquemment les mains à l’eau et au savon;

- tousser dans les coudes;

- maintenir une distance avec les personnes malades;

- utiliser les mouchoirs jetables;

- éviter de voyager dans les zones à risque (plus de 100 cas).

L.N : Sommes-nous en mesure de faire des tests ?

MGRC : Le ministère de la Santé, à travers son Laboratoire National de Santé Publique (LNSP), a la capacité de faire le test de COVID-19 depuis le 12 février 2020. Le personnel est formé et les tests sont disponibles grâce à l’appui de l’OPS/OMS et de CDC.  Le LNSP  est l’une des deux entités de la région caraïbe à pouvoir faire le test et c’est la seule entité nationale capable de diagnostiquer le virus sur le territoire. Les tests seront effectués selon des critères cliniques bien définis.

L.N : Quand allez-vous commencer à sensibiliser la population au virus ?

MGRC : Le MSPP a déjà commencé à sensibiliser la population au coronavirus depuis le début du mois de janvier 2020.

Des conférences de presse ont été données au niveau du MSPP et au niveau de l’aéroport;

- des messages ont été élaborés et distribués aux passagers qui rentrent au niveau des aéroports ;

- des formulaires d’investigation et de sensibilisation ont été distribués aux passagers qui rentrent au niveau des aéroports ;

- un message de sensibilisation en quatre langues (créole, français, anglais, espagnol) sur la prévention de la grippe en général et du nouveau Coronavirus en particulier a été affiché sur des écrans au niveau de l’aéroport international Toussaint Louverture ;

- un spot audio sur le coronavirus est en diffusion dans les médias;

- l’alimentation régulière des pages officiels Facebook, Twitter, Instagram du ministère ;

- des formations des formateurs ont déjà commencé. La réplique de ces formations se fera bientôt dans toutes les communautés;

- des EMIRA (Équipes médicales d’intervention rapide) de plusieurs départements sanitaires ont déjà commencé à sensibiliser la population à la prévention du nouveau coronavirus.

Dans le plan de communication pré-épidémique, il est encore prévu de développer :

- des oriflammes pour les aéroports (Port-au-Prince, Cap-Haïtien), pour Malpasse, Ouanaminthe et les autres points d’entrée du pays;

- un autre spot audio qui sera prêt sous peu;

- un jingle audiovisuel sera prêt sous peu;

- des feuillets informatifs pour distribution à la population;

- une formation pour les journalistes sur le coronavirus au cours de la semaine, entre autres;

- l’élaboration d’un plan média pour la diffusion massive des messages de sensibilisation.

L.N : Le gouvernement promet-il de travailler dans la transparence dans ce dossier ?

MGRC : Oui, nous travaillerons dans la transparence et nous informerons, à travers les différents points de presse, la population au gré de l’évolution de l’épidémie.

Nous tenons à rappeler ces mots du directeur général de l’OMS, le Dr Tedros : « La sécurité sanitaire n'est pas uniquement l'affaire du secteur de la santé. C'est l'affaire de tous. » « Il est impossible de prévoir la direction que prendra cette épidémie, et il a souligné une fois de plus l'importance vitale pour tous les pays d'investir dans la préparation, et non dans la panique. L’OMS appelle tous les gouvernements, les entreprises, chaque individu et les organisations de presse à travailler ensemble avec elle pour sonner le niveau d'alarme approprié, sans attiser les flammes de l'hystérie.

En dernier lieu, nous demandons à la population de bien vouloir continuer à appliquer les mesures d’hygiène préconisées dans le cas des épidémies de grippe.

Propos recueillis par Robenson Geffrard  source Le Nouvelliste

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