Le courant électrique au-delà du mirage

Publié
2 mois ago
Dernière mise à jour
2 mois ago
4190 views
Time to
read
2’

200 527 clients sont abonnés de la compagnie Électricité d'Haïti. L'entreprise détient le monopole de la commercialisation de l'énergie électrique en Haïti.

Cette statistique provient de la compagnie elle-même. Elle concerne le mois de juin 2018.

Bien entendu, il y a bien plus de ménages qui ont accès à l'électricité dans le pays. Il y a les fraudeurs dont personne n'a le décompte réel. Il y a aussi ceux qui produisent eux-mêmes leur énergie soit parce que l'EDH ne dessert par leur adresse, soit parce qu'ils peuvent produire du courant à meilleur marché. Personne n'a de statistiques fiables sur eux non plus.

Des 200 527 abonnés, seuls 27 469 ont acquitté leurs factures en juin 2018. Cela ne représente que 13,69% des clients de l'entreprise, selon l'EDH.

Cette statistique n'est pas un accident de parcours. C'est le quotidien de l'EDH. Le courant est acheté ou produit, il est vendu ou revendu. L'EDH ou l'État haïtien paie les fournisseurs. Le public consomme le courant disponible, mais moins de 20% des abonnés sont à jour.

Le cercle est intenable. Le cercle est infernal.

Si on ajoute les pertes techniques qui sont légion sur le réseau, le modèle ne génère que des déficits. Année après année.

Ce contre-modèle est le modèle dans les quartiers huppés. Dans les quartiers précaires. En province et à la capitale. Le courant électrique de l'EDH n'est pas payé. Dans le meilleur des cas, il est peu payé par les abonnés.

Et ce n'est pas parce que le black-out est la règle que les clients rechignent à régler leurs bordereaux. Dans le passé, une expérience menée à Jacmel avec le courant de l'EDH disponible 24/24 grâce à des moteurs installés par Hydro Québec avait fini par un échec cuisant. La ville n'avait pas pu régler ses factures pour rendre l'expérience soutenable.

En un mot: quand il y a du courant en continu, la facture est trop élevée pour la bourse des abonnés.

Dans ces conditions, comment va-t-on d'ici 12 mois, si toutes les promesses du président Jovenel Moïse sont tenues, faire payer tout le pays pour l'énergie électrique disponible et distribuée 24/24 h et 7 jours sur 7?

Comme c'était le cas pour Jacmel ou comme le montre la situation actuelle de l'EDH, le pays peut s'engager dans une nouvelle aventure sans lendemain avec le courant 24 heures sur 24.

Les responsables publics peuvent se mettre à chercher de vraies pistes de solution pour un système de production, de transport, de commercialisation soutenable, efficace et efficient. Mais le feront-ils ?

Depuis plus d'un siècle, nous savons comment promettre la lumière en Haïti. Nous ne savons toujours pas comment faire durer le mirage électrique pour en faire un moyen durable d'amélioration du cadre de production et de vie.

Il serait bien que, pour une fois, les choses changent.

Car, pendant que le courant public n'est pas payé, on n'a jamais acheté autant de génératrices, d'inverters, de batteries, de panneaux solaires et de gallons de carburant pour produire du courant domestique ou pour les entreprises.

En un mot, c'est le courant vendu par l'État qui n'est pas payé. Les Haïtiens, même les fraudeurs, souvent paient pour avoir droit au courant.

Il faut, définitivement, que les autorités réfléchissent à de vraies et à de nouvelles solutions.

Bien entendu, il est plus facile de reprendre les options et les clés du passé.

Editorial du Nouvelliste

Author

Frantz Duval collabore au Nouvelliste depuis 1985. Il a une grande histoire de fidélité et de passion avec Le Nouvelliste où il a occupé les postes de responsable Création et Interactivité à partir de 2002 et de responsable de la section Economique à partir de 1994. Directeur de publication de Ticket et...

Animateur (s)

Portrait de Anne Merline Eugene
La Mafia existe
5 mois 3 semaines ago
Portrait de Jacques Adler Jean Pierre
Agenda Culturel RTVC - 20 Avril 2017
1 année 6 mois ago