Le BINUH remplace la MINUJUSTH

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Conseil de Sécurité de l ONU

Le Conseil de sécurité a adopté, le mardi 25 juin 2019, par treize voix pour et deux abstentions, une résolution créant une mission politique de l'ONU en Haïti (BINUH) qui succédera en octobre à la MINUJUSTH (Mission des Nations unies pour l'appui à la Justice en Haïti).

La République dominicaine et la Chine se sont abstenues, estimant que le mandat n'était pas assez robuste alors que la situation politique, économique et sociale du pays continue d'être « précaire », selon le jugement de l'ambassadeur dominicain José Singer.

Pékin a aussi regretté un mandat manquant de consistance.

« Face à cette détérioration évidente de la situation sécuritaire, nous aurions justement voulu un mandat plus large, robuste et pluridimensionnel », a déclaré la République dominicaine, estimant que la proposition du secrétaire général n’est pas assez précise dans ses objectifs, ni suffisamment ample pour préserver la stabilité d'Haïti.

Selon le pays voisin, une approche « basée exclusivement sur la sécurité » est insuffisante; elle doit se doubler d’un appui au renforcement du système politique et électoral haïtien.  « La nouvelle mission aurait pu démarrer sur les chapeaux de roue en prenant en compte tous les aspects de la crise haïtienne », a poursuivi la République dominicaine, qui ne cache pas sa déception de constater que cette occasion de participer activement à l’amélioration du futur d’Haïti « en soit réduite à une mission aux attributions et ressources limitées ». 

Le mandat du Bureau doit être « simple et concis », a de son côté estimé la Chine, second abstentionniste lors du vote. « Malheureusement, les amendements que nous avons proposés lors des négociations du texte n’ont pas été retenus et la résolution ne reflète pas les inquiétudes légitimes de la Chine concernant la capacité du Bureau à s’acquitter de sa mission », a regretté le pays.  De son côté, la Fédération de Russie a appelé la nouvelle mission politique spéciale à mettre l’accent sur le renforcement de la Police nationale d’Haïti, qui se verra confier à partir d’octobre la responsabilité de la sécurité de la population.

Rédigée par les Etats-Unis, la résolution crée la mission BINUH (Bureau intégré des Nations unies en Haïti) à compter du 16 octobre 2019. Elle sera dirigée par un représentant spécial du secrétaire général.

Le mandat adopté prévoit un travail de conseil auprès des autorités haïtiennes pour une bonne gouvernance et pour les aider à tenir des élections libres, justes et transparentes. Le mandat prévoit aussi de continuer à aider Haïti dans les domaines de la police, de la justice, du système pénitentiaire, des droits humains et de la lutte contre la violence.

Le groupe de l'ONU chargé de l'aide à la police et des services pénitentiaires comprendra au maximum 30 agents, prévoit la résolution.

« Malgré notre contexte national difficile, la création du Binuh est un pas dans la bonne direction », a nuancé le représentant d'Haïti.  Certes, notre pays se heurte à des difficultés majeures, mais la situation ne comporte pas de menaces à la paix et la sécurité régionales, a assuré le représentant d’Haïti auprès de l’ONU, saluant l’attachement du Conseil à la souveraineté et l’indépendance haïtiennes. Rappelant que l’action du nouveau Bureau sera essentiellement axée sur des conseils stratégiques aux autorités haïtiennes, ce dernier a appelé l’ONU à s’efforcer d’œuvrer « concrètement » pour le bien de tous les Haïtiens. 

On ne peut toutefois construire un environnement sûr et stable dans un contexte marqué par la pauvreté, la faim, les inégalités sociales et l’exclusion, a noté Haïti.  Dans ce contexte, « nous aurions voulu une mission politique spéciale à la hauteur des difficultés auxquelles se heurte le pays », a regretté le représentant, insistant sur la dimension politique, économique, sécuritaire, alimentaire, humanitaire et environnementale de la crise actuelle, à laquelle s’ajoute la lutte pour éradiquer le choléra.  Je garde bon espoir que la mission disposera des moyens financiers adéquats pour aider les autorités à surmonter ces difficultés, a cependant déclaré le pays, encourageant le Conseil de sécurité et le Conseil économique et social (ECOSOC) à faire en sorte que la présence onusienne en Haïti soit « intégrée, équilibrée et synergique », selon les trois piliers de l’organisation.

Selon des diplomates, les négociations pour l'élaboration du texte ont donné lieu à un bras de fer entre les Etats-Unis et leurs partenaires au Conseil, Washington contre leur avis cherchant à créer la plus petite mission politique possible.

Les États-Unis considèrent qu'il revient désormais aux autorités haïtiennes d'endosser les responsabilités assurées jusqu'à présent par l'ONU.

Plusieurs pays (Pérou, Allemagne, France...) ont critiqué mardi le refus des États-Unis d'accepter une mention dans le texte soulignant la vulnérabilité d’Haïti aux changements climatiques.

Tout en remerciant les États-Unis pour leur initiative, le Pérou a exprimé sa déception face au fait que la résolution ne mentionne ni les rôles du Fonds pour la consolidation de la paix et du Groupe consultatif ad hoc sur Haïti, qui pourraient contribuer, selon Lima, aux efforts du Binuh, ni la « forte vulnérabilité » d'Haïti face au changement climatique. 

«  Nous sommes en effet surpris et déçus que le texte ne fasse pas référence aux conséquences sécuritaires des effets des changements climatiques sur le pays », a renchéri l’Allemagne, et alors même que le Conseil n’a eu de cesse de s’inquiéter, depuis 2011, des facteurs climatiques dans l’aggravation des menaces à la paix internationale. 

En tant que l’un des pays les plus exposés au « multiplicateur de menaces » que constituent les changements climatiques, Haïti risque de voir apparaître de nouveaux conflits sur son territoire, a mis en garde le représentant allemand, appelant le Conseil à inclure davantage cette dimension dans ses décisions, sur la base de données fiables et d’analyse des risques. Ignorer les changements climatiques ne fait pas disparaître la menace qu’ils représentent et mine l’efficacité des travaux du Conseil, a insisté le représentant allemand. 

« Le Bureau intégré des Nations unies en Haïti va entamer sa mission dans un contexte difficile et il est, hélas, à craindre que la situation extrêmement volatile ne se détériore dans les semaines et mois à venir », a mis en garde l'ambassadrice française adjointe auprès de l'ONU Anne Gueguen.

Une telle omission est d’autant plus dommageable, a ajouté la France, que la situation du pays est actuellement marquée par l’instabilité politique, la détérioration de la situation économique, l’état très préoccupant des finances publiques, l’insécurité alimentaire, les difficultés d’accès aux services de base et des niveaux élevés de violence. 

La MINUJUSTH est déployée en Haïti depuis octobre 2017. Elle a succédé à une mission de Casques bleus (MINUSTAH) créée en 2004 après l'éviction du président Jean-Bertrand Aristide sous la pression d'une insurrection armée et d'une révolte populaire.

Avec AFP/nouvelliste

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