«La situation économique se détériore, les autorités ne peuvent plus faire comme si tout est normal », selon Kesner Pharel

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La situation économique devient de plus en plus compliquée pour les ménages qui ne peuvent plus se nourrir comme avant. Dans les marchés publics, les prix des produits de première nécessité ne cessent de grimper.

« Le prix du riz a presque doublé en moins de cinq ans. La marmite se vend à 250 gourdes contre 150 gourdes sous Martelly. Il en est de même du blé », raconte André, un petit commerçant qui mène ses activités au marché de Tabarre. « Le gallon d’huile végétale se vend à 500 gourdes. Le petit pot de beure est passé de 75 à 100 gourdes en moins de trois mois. Le spaghetti coûte 35 gourdes », se lamente-t-il.

« Les prix exagèrent », crie un grossiste à Télélé, un autre marché situé sur la route de Frères. « La marmite du haricot me coûte 300 gourdes depuis la Grand'Anse. Je suis obligé de le revendre à 350 gourdes pour couvrir les frais de transport », précise ce père de famille qui écoule de moins en moins de marchandises ces derniers jours. « Les détaillants sont incapables d’acheter mes produits », explique-t-il. Pour Marjorie, sa voisine, c’est l’État qui en est responsable. Elle a l’impression que l’État abandonne la population. « L’État ne fait rien pour fixer les prix sur les marchés ni pour contrer la dépréciation de la gourde », regrette-t-elle. « Nous ne pouvons plus vivre dans ce pays. Nous avons l’impression d’être abandonnés », poursuit-elle l’air révolté.   

Dans sa dernière publication sur l’indice des prix à la consommation pour le mois de février, l’IHSI a révélé que le prix moyen des « Produits alimentaires et boissons non alcoolisées » a augmenté de 20 % sur un an, celui des «Articles d'habillement et chaussures » ont crû de 18,1 %, celui des « Logement, eau, gaz, électricité et autres combustibles » a augmenté de 14,5 %. Le prix des « Meubles, articles de ménage et entretien courant du foyer » a crû de 22,3 % et celui des postes de dépenses de santé de 27,5 %.

Parmi les produits qui ont enregistré les hausses annuelles les plus importantes, l’IHSI a mentionné le riz importé (22,7 %), les viandes (20,7 %), la morue (24,4 %), le lait en poudre (25,9 %), la chadèque (30,4 %), la banane (27 %), le manioc (43,2 %), l’arbre véritable (41,1 %), les culottes et les gaines (21,1 %), les chemises (20 %), les vêtements enfants (21,6 %), le gaz propane (19,6 %), le charbon de bois (12,2 %), l’inverter (29,3 %), le réchaud (21,8 %), l’insecticide (36,8 %), les médicaments (33,8 %), les lunettes (16,5 %) et les frais d'hospitalisation (16,7 %).

Kesner Pharel indigné

Comment expliquer que cette situation n'inquiète pas des dirigeants qui avaient  pris l’engagement d’améliorer les conditions de vie de la population ? se demande Kesner Pharel analysant cette situation d’augmentation des prix des produits de première nécessité. Ils ne devraient pas avoir le sommeil facile, selon Kesner Pharel.  L’économiste estime que nous sommes aujourd’hui dans une situation de « stagflation ». « La consommation diminue à  cause du faible pouvoir d’achat des ménages, il n’y a pas d’investissements privés étrangers,  le gouvernement ne peut pas faire de grandes dépenses en vue d’éviter de nouveaux déficits budgétaires, on ne reçoit plus d’aide étrangère », détaille Kesner Pharel. Il regrette la décision des députés de renvoyer le gouvernement de Jean-Henry Céant, ce qui du coup à porter le FMI à geler le processus de décaissement des 40 millions de dollars sur les 229 millions promis à Haïti. Il souligne qu’à cause des difficultés enregistrées au niveau du ministère du Commerce et de l’Industrie, fermé depuis plusieurs semaines, et au niveau du parc Caracol, le niveau d’exportation a diminué. Ce qui n’est pas sans conséquence sur la quantité de devises dont aurait pu bénéficié l’économie.  

L’économie ne peut pas fonctionner sans argent, fait remarquer l’économiste. L’argent représente pour l’économie ce que le sang représente pour le corps, a-t-il indiqué.  Il affirme que nous ne sommes en train de survivre grâce aux transferts sans contrepartie de la diaspora.

 L’économie ne croit pas à un rythme lui permettant de satisfaire les besoins de la population, selon l’économiste avec des chiffres à l’appui. « L’inflation  évolue dans une fourchette de 15 à 20% depuis plusieurs mois », avance Kesner Pharel, soulignant également le taux  qui se rapproche de 90 gourdes pour un dollar dans un contexte de licenciements au sein de nombreuses institutions depuis les événements des 6 et 7 juillet 2018. « Cela traduit une détérioration des conditions de vie de la population », signale Kesner Pharel  qui interpelle les politiciens. « Ils ne peuvent plus continuer à faire comme si tout était normal », lâche l’économiste.

Danio Darius Source Le Nouvelliste

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