La République d’Haïti et sa diplomatie (3ème partie) : Azad BELFORT prend le contre-pied de la structure organisationnelle du Ministère des Affaires Étrangères

Publié
1 année ago
Dernière mise à jour
1 année ago
7338 views
Time to
read
5’

Fernando Estime et Azad Belfort, Ancien Directeur Général du Ministère des Affaires Étrangères

Produire des réflexions sur la diplomatie haïtienne représente aujourd’hui un enjeu politique assez poignant.

 Le sujet semble être tellement sensible, vu qu’à un moment de l’histoire, la République d’Haïti a fait couler beaucoup d’encre sur le plan international. D’abord, avec ses premiers chefs d’État dont Jean-Jacques Dessalines, Alexandre Pétion qui avaient la clairvoyance d’esprit de donner une directive claire à la politique étrangère d’Haïti. Ensuite, avec des hommes dignes d’être réputés Haïtiens qui ont pu incarner cette ligne directrice léguée par les aïeux pour tenir haut la diplomatie haïtienne dont Dantès Bellegarde, le général Nemours, Jean Price Mars, Roussan Camille et consorts.  
Par rapport à ce passé florissant et ce qui prévaut actuellement au niveau de cette diplomatie, il y a tellement de choses à se dire, on a parfois comme l’impression que les gens se font museler. Le hic c’est qu’on risque d’être à la fois la risée de tout le monde mais aussi les tirs croisés des hommes évoluant dans le giron de cette sphère d’activité, pourraient ne pas tarder à se faire sentir 
Dans l’idée de redorer l’image du pays à l’extérieur  qui est en chute libre actuellement comme disait l’ex-candidat à la présidence Jean Clarens RENOIS dans la première sortie de cette saison et que dans la deuxième sortie l’ancien Ambassadeur d’Haïti Daniel SUPPLICE a rappelé les autorités haïtiennes que la diplomatie se fait avec la ratio, c’est-à-dire avec la raison comme base et non l’émotion. Pour la troisième manche, le spécialiste des relations internationales Fernando ESTIMÉ présentateur vedette de l’émission sans Frontières (RTVC), a reçu sur son plateau Azad BELFORT, l’ancien Directeur Général du Ministère des Affaires étrangères (MAE) et douze participants pour discuter sur l’architecture de la diplomatie haïtienne. 
 
Le Ministère des Affaires étrangères haïtien qui assure l’implémentation de la politique étrangère d’Haïti par le biais de ses directions, dispose d’une loi organique datant de la chute des Duvalier qui  régit son fonctionnement. Selon  Azad BELFORT la loi organique du Ministère comporté quatre (4) directions qui assurent les services internes du Ministère. Ces dernières forment le « poumon » du Ministère hormis la direction générale et la direction des affaires diplomatiques et consulaires, a martelé l’ancien Directeur Général. Il y a d’abord, la direction des affaires politiques, ensuite, la direction des affaires culturelles, la direction économique et de la coopération, la direction des institutions internationales, congrès et conférence. Puis, les différentes ambassades, missions et les services consulaires qui assurent les services externes du Ministère. 
 
Pour éclairer lanterne des téléspectateurs de la Radio Télévision Caraïbes sur la structure hiérarchique au niveau des Ambassades, Mr. BELFORT en a profité pour dire « qu'on a au sommet les Ambassadeurs qui sont les chefs de la mission, viennent ensuite un ministre ou des Ministres Conseillers, puis il y a un (e) premier (ère) Secrétaire, un (e) deuxième secrétaire, ça peut aller jusqu’à un (e) troisième secrétaire s’il y a lieu, dit-on l’ancien Directeur général. Enfin, il y a le corps du personnel de support qui est généralement recruté sur place » 
 
Tenant compte de la réalité actuelle des grandes chancelleries par rapport à la dynamique des rapports de forces dans les relations internationales, la loi organique de MAE mérite d’être révisée, croit l’ancien Directeur général Azad BELFORT. Pour lui, les dispositions structurelles du Ministère ne conviennent pas à la réalité d’aujourd’hui et ne peuvent pas répondre convenablement aux priorités du pays. D’autres  directions comme la direction de l’Amérique Latine, la direction de l’Amérique du Nord, la direction de l’Afrique, direction d’Europe devraient être ajoutée pour adapter la pratique  du Ministère à une réalité non orthodoxe, a fait savoir Azad BELFORT. 
 
Dans cette lignée, Azad BELFORT a soulevé une chose assez importante qui prend en compte un des principes fondamentaux portant sur le fonctionnement de l’administration qui est celui du principe d’adaptation. C’est-à-dire l’administration ne doit pas faire fi des changements, des progrès qui s’opèrent dans le monde, qu’il soit des changements sur le plan administratif ou technologique. Par ailleurs, l’ancien directeur général croit qu’un tel changement ne saura être possible sans une « augmentation du budget alloué au MAE » car cela va avoir un impact dit-il sur « l’effectif de son personnel » qui se verra augmenté. 
 
Dans le cadre de son intervention, Azad BELFORT a tenu à faire le point sur le recrutement du personnel au sein de MAE, il déclare que « théoriquement cela devrait être réalisé sur la base de concours mais cela ne se fait que de manière épisodique». Selon l’avis de Mr. BELFORT, bien souvent cela ne dépend pas de la volonté du ministre des affaires étrangères car « il y a des contraintes politiques » qui l’empêchent à respecter les dispositions légales. 
 
Pour les nominations à l’extérieur, on devrait recourir dans une certaine mesure aux personnels de MAE avec surtout le département des ressources humaines qui dictera le profil de l’éventuel personnel que l’on souhaite envoyer à l’étranger pour mieux savoir le lieu où il peut être beaucoup plus utile voire plus performant. Car selon l’ancien Directeur général, l’affectation d’un (e) personnel (elle) à un poste dépend de son profil et non de son choix personnel. Cependant, vu des 
« contraintes politiques » cette procédure n’ont pas toujours respecté selon les propos d’Azad BELFORT. Parfois on recrute des personnes sur place ou le recrutement se fait dans les circonstances que l’on connaît. 
 
 Interrogé à plusieurs reprises à la fois par Mr. Fernando ESTIMÉ ainsi que par les participants sur le l’état actuel de la diplomatie haïtienne par rapport à un ensemble de gens qui ont leur mainmise sur la désignation, nomination des gens que ce soit au niveau du Ministère des affaires étrangères ou dans des postes à l’étranger, Mr. Azad BELFORT croit effectivement qu’il y a des gens de par leur influence le ministre des affaires étrangères ne peut pas mener à bien son travail, ce qui a un impact négatif sur la performance de nos missions à l’étranger. Ayant été très gentil dans ces propos, l’ancien Directeur général dans son intervention prononce à plusieurs « ce sont des choses à corriger ». Néanmoins, l’ancien Directeur général Azad BELFORT salue les efforts qui sont faits au niveau de la chancellerie (MAE) avec la création de l’Académie diplomatique Jean Price Mars et espère que la diplomatie haïtienne finira par se relever la manche. 
 
Après avoir tourné autour du pot avec des questions à la fois pertinentes et embarrassantes, Mr. BELFORT eut à dire « il nous faut un outil diplomatique beaucoup plus performant qui respecte les lignes de la politique étrangère du pays», parlant de l’outil diplomatique cela sous-entend le corps du personnel de MAE et personnes faisant partie des missions à l’étranger. Pour montrer un peu son écart avec les idées de l’ancien Premier ministre Laurent Salvador LAMOTHE qui disait toujours « qu'Haïti Is Open for business», Mr. Azad Belfort pense que, la diplomatie haïtienne doit avoir des gens qui maitrisent parfaitement bien la notion de « la veille stratégique, l’intelligence économique » afin de donner un élan à l’économie du pays. Outre ses aspects, « augmenter le budget du Ministère des Affaires Étrangères, définir une politique étrangère claire à la réalité de l’heure, recruter des personnels compétents et qualifiés » sont incontournables pour le rehaussement de la diplomatie haïtienne. 
 
Toutefois, le professeur Fernando ESTIMÉ en a profité pour féliciter Mr. Azad BELFORT qu’il estime être un fonctionnaire modèle, d’abord, pour son parcours pendant 25 ans au Ministère des Affaires Étrangères sans une marque négative. Ensuite, pour les services rendus à la République d’Haïti surtout après le séisme du 12 janvier 2010 où Mr. BELFORT malgré la situation de désolation que connaît le pays à l’époque, se faisait passer pour un véritable héro en assurant pratiquement seul le fonctionnement du Ministère des Affaires Étrangères pour venir en aide à ses consœurs et confrères haïtiens. 
 

Author
Étudiant en philosophie et science politique à l'IERAH/ISERSS Jeune député de Jacmel au parlement jeunesse d'Haïti

Animateur (s)

Portrait de Anne Merline Eugene
La Mafia existe
1 année 3 mois ago
Portrait de Jacques Adler Jean Pierre
Agenda Culturel RTVC - 20 Avril 2017
2 années 4 mois ago