La République d’Haïti et sa diplomatie (2e partie) : L’Ambassadeur Daniel SUPPLICE demande aux autorités haïtiennes de faire jouer la raison à la place de l’émotion

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Fernando Estime et Daniel Supplice

Depuis tantôt quelques mois la Radio Télévision Caraïbes (RTVC) présente Sans Frontières, une émission de politique internationale dont la mission première est de rendre accessible les relations internationales, en analysant dans les moindres détails certains grands dossiers touchant à la politique mondiale et nationale.

Est devenue désormais incontournable sur les petits écrans des haïtiens, cette émission présentée par le professeur Fernando ESTIMÉ dont son énorme habileté des grands dossiers internationaux fait de lui un grand facilitateur à la compréhension de ces dossiers, arrive à attirer la curiosité et l’attention du grand public au maximum.  

C’est une expérience inédite pour les téléspectateurs haïtiens de se donner rendez-vous chaque semaine pour une émission de cet acabit. En effet, Sans Frontières se donne pour objectif de traiter durant tout le mois de mars les dossiers touchant à la diplomatie de la République d’Haïti. Dans cet ordre d’idées, la semaine dernière dans le cadre de la grande première, Fernando ESTIMÉ a reçu l’ex-candidat à la présidence Mr. Jean Clarens RENOIS pour parler de l’état de la diplomatie haïtienne et les perspectives de renouveau de cette diplomatie. En réaction à la situation tendue sur la frontière haitiano-dominicaine à pedernales dans le Sud-Est du pays, le politologue ESTIMÉ a reçu ce vendredi pour la deuxième partie de cette édition spéciale sur Haïti, douze jeunes cadres haïtiens et un des figures de proue de la diplomatie haïtienne à notre époque, le sociologue Daniel SUPPLICE qui est à la fois l’ancien Ministre des Haïtiens Vivant à l’Étranger (MHAVE) et l’ancien Ambassadeur d’Haïti en République Dominicaine.

Survole sur l’histoire des deux peuples

Le poids de l’histoire est tellement important pour comprendre les relations entre les deux peuples partageant la même île, l’Ambassadeur SUPPLICE a dû s’attarder pour faire la radiographie de  l’histoire politique des deux peuples aux téléspectateurs de la Radio Télévision Caraïbes. Avec les jeunes présents sur le plateau, l’Ambassadeur SUPPLICE dans sa démarche a tenté d’analyser la présence aux XVII ème et XVIII ème siècles des puissances colonisatrices dans le Nouveau Monde, particulièrement sur cette île. Il a en fait, profité de faire une démarcation entre la colonisation Espagnole  dans la partie Est qui a été une colonisation de « peuplement »  et celle de la partie Ouest par la France qui a été une colonisation « d’exploitation », après la signature du traité de Ryswick en 1697. S’agissant ici d’une première différence fondamentale qu’a faite Mr. SUPPLICE dans le cadre de cette analyse comparative en termes de résultante de la situation qu’on a aujourd’hui.

 Tout au long de son intervention, le sociologue Daniel SUPPLICE veut sortir de l’ordinaire pour ne pas voir au premier degré les rapports entre les deux peuples. Il veut émettre un discours anodin de la situation qui prévaut aujourd’hui encore entre les deux peuples voisins pour dégager une lecture plus ou moins pesée dans la balance de la raison pour aider à mieux comprendre les rapports tantôt controversés entre les deux peuples. Dans cette même lignée, Mr. SUPPLICE a évoqué « la campagne de l’Est en 1805 sous l’administration de Dessalines pour la consolidation de l’indépendance » et condamne en même temps des reproches faites par certains dominicains qu’ils estiment être de « mauvaise foi » faisant passer Haïti comme un pays impérialiste en 1822. 

« En 1822 ce sont des courants politiques Dominicains qui ont invité Haïti à intervenir chez eux, et la première action qui a été posée par les dirigeants haïtiens d’alors, a été l’abolition  de l’esclavage dans la partie de l’Est. Ce qui est tout à fait contraire à ce qui se dit généralement dans les discours » a martelé l’Ambassadeur SUPPLICE. Pour ce dernier, ces deux éléments sont incontournables pour la compréhension des rapports haitiano-dominicains. Car « Arrivé en 1844 un mouvement interne dominicain a conduit à l’indépendance de la partie de l’Est » a rappelé Mr. SUPPLICE. Il a présenté aussi les deux invasions de Faustin Soulouque en 1844 qui n’ont pas été abouti, comme étant un élément que l’on ne peut pas s’en passer dans la mesure où ils ont fasciné la compréhension, la vision de pas mal de dominicains pensant qu’Haïti a la velléité de les contrôler voire les occuper progressivement. Ce qui a conduit à l’incident tragique qu’a connu Haïti en 1937 sous l’obédience du président dominicain Rafael Leonidas Trujillo où des centaines et des milliers de paysans haïtiens ont été assassiné sur la frontière. 

La présence des haïtiens en RD  au XXème siècle

Claire dans ses propos, la formation et l’expérience de l’Ambassadeur SUPPLICE en République Dominicaine ne lui a pas donné le réflexe de la compréhension de la situation qui consiste peut être à clouer au pilori tous les peuples dominicains comme l’aurait fait certain compatriotes  haïtiens et vice-versa. Hors de question de faire une lecture simpliste des controverses existant entre les deux peuples et aussi de la présence massive des haïtiens en terre dominicaine, cela est dû à l’aménagement de « l’histoire et à l’économie dominicaine basée sur l’industrie sucrière vers la fin du XIXème siècle et le début du XXème siècle » a fait savoir l’Ambassadeur. 

« Fin du XIXème siècle, les compagnies américaines investies dans l’industrie sucrière à Cuba et en République Dominicaine avaient leurs bureaux de recrutement en Haïti, ils se sont donc servi de la main d’œuvre haïtienne dans les champs de canne » a martelé Mr. SUPPLICE. Ce qui allait engendrer « une vague de migration importante des haïtiens vers la RD ». Ceci amène Mr. SUPPLICE à construire ses argumentaires sur la base d’une « mise en place historique de la présence des haïtiens en terre Dominicaine ». Se basant sur la profonde transformation opérée vers les années 80 dans l’orientation de l’économie Dominicaine qui est passer d’une économie sucrière à une économie de services et de tourisme, tout en convertissant la main d’œuvre haïtienne au modèle de cette nouvelle économie, renforce davantage le point de vue du sociologue SUPPLICE.

La réalité des deux États aujourd’hui

C’est cette transformation qui conduit généralement les deux peuples au bord du gouffre. Comme  l’Ambassadeur l’a rappelé, « le rapport entre État est basé sur le principe de l’équilibre des forces », Haïti selon lui, n’a jamais rattrapé le temps perdu question de contrôler l’augmentation de sa population, de contrôler son territoire, de relever son économie. Ce qui entraine un véritable déséquilibre dans les rapports entre les deux États. Et, le point le plus irritant entre les deux peuples reste et demeure la « migration » qui est une conséquence de « l’économie ». Car n’ayant pas en mesure de subvenir à leurs besoins, s’émigrer légalement ou illégalement en terre étrangère dont en RD devient aujourd’hui un premier réflexe pour les citoyens haïtiens. Car la réalité nous dit Fernando ESTIMÉ c’est que « le dominicain moyen est neuf fois plus riche qu’un haïtien moyen ». Qui pis est, la RD exporte par année vers Haïti plus d’un milliard de dollars US et Haïti exporte vers la RD moins de cent million de dollars US. Et une somme d’argent importante se gaspille tous les jours sur la frontière car il y a une cinquantaine de point de passage sur la frontière cependant, quatre seulement sont officiels, poursuit Mr. ESTIMÉ.
 Par rapport à l’aspect migratoire, l’Ambassadeur Daniel SUPPLICE soutient qu’il y a une catégorie des dominicains qui manifestent un sentiment anti-haïtianisme raciste en raison du fait que leurs emplois sont menacés par la présence massive des haïtiens sur leur territoire, qui n’ont aucun problème de décrocher n’importe quel boulot et ce à n’importe quel prix. Ce discours anti-haïtianiste raciste est toujours alimenté par l’extrême droite dominicaine, a-t-il martelé. 

Autre problème fondamental entre les deux peuples se trouve au niveau de la culture. Selon Mr. SUPPLICE, le peuple dominicain est « violent » contrairement au peuple haïtien qui est « pacifique ». « Le Latino est en générale beaucoup plus impulsif que le peuple haïtien » a rappelé l’Ambassadeur. « Un dominicain ou un latino qui accorde une danse à sa femme sur une piste de danse peut facilement faire  sortir son couteau faute par un homme de regarder sa femme d’un air complice » exemple prise par Mr. ESTIMÉ. L’Ambassadeur SUPPLICE a rappelé aussi qu’il y a des choses qui ne sont pas dans la pratique du dominicain surtout en matière d’hygiène. Ajoute à cela pas mal d’incidents enregistrés entre les deux peuples que nous autres haïtiens pensons qu’il s’agit d’une question uniquement raciale cependant, c’est comme une lettre à la poste pour eux. C’est-à-dire certaines fois les dominicains agissent avec brutalité (aux yeux des haïtiens) mais pour eux leurs réalités ne sont pas celles-là.

Pour remédier au rapport tantôt tendu entre les deux peuples 

L’ancien Ministre des Haïtiens Vivant à l’Étranger Daniel SUPPLICE et le politologue Fernando ESTIMÉ rappelle que le gouvernement des deux États développe en majeure partie des rapports de bon voisinage. N’en parlons pas pour le secteur privé de deux pays, qui d’un côté, industriel et de l’autre côté, commerçant. 

En guise de réponse aux interventions des participants sur le plateau, l’Ambassadeur SUPPLICE souligne qu’il revient aux autorités des deux États de règlementer par un acte juridique l’évolution des haïtiens vivant en RD. Car de toute façon, on ne peut pas les empêcher à s’émigrer en RD, eu égard au niveau de développement économique des deux pays. Selon l’Ambassadeur SUPPLICE il est temps aussi pour les autorités haïtiennes de concert avec les citoyens de s’asseoir pour donner une alternative de développement économique et sociale au pays. Dans le cas contraire, les rapports entre les deux peuples resteront toujours tendus. Utiliser à bon escient et mettre en valeurs nos cultivateurs pour qu’ils soient au service de développement du pays au lieu de les laisser fuir pour aller enrichir d’autres pays est un atout considérable, selon une des participants.

 L’ancien Ministre des Haïtiens Vivant à l’Étranger Mr. Daniel SUPPLICE plaide en faveur d’une synergie constante entre la présidence, le gouvernement et le Ministère des Affaires Étrangères pour une unité d’action au niveau international. L’Ambassadeur croit qu’il a y des choses qui méritent d’être dépassées dans la gestion du pays dont l’émotion. « On ne peut pas diriger un pays en faisant jouer seulement nos émotions, il faut faire appel aussi à la raison et la raison ne peut construire qu’avec la vérité comme base »  a conclu l’Ambassadeur. 

Author
Étudiant en philosophie et science politique à l'IERAH/ISERSS Jeune député de Jacmel au parlement jeunesse d'Haïti

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