« La Police nationale a empêché le pire… », selon Michel-Ange Gédéon

Publié
5 jours ago
Dernière mise à jour
5 jours ago
9381 views
Time to
read
4’

Michel-Ange Gédéon visite les rues de Port-au-Prince

« Si la Police nationale n’avait pas fait exactement ce qu’elle devait faire, la situation serait pire et aujourd’hui le pays serait en sang », a déclaré le directeur général de la Police nationale d’Haïti. Dans une interview accordée au Nouvelliste, mardi, quatre jours après le déclenchement des émeutes, Michel-Ange Gédéon estime qu’«avec un effectif réduit et des moyens logistiques qui font défaut, nous avons donné le meilleur de nous-même… » Il explique ce qui s’est passé à la capitale pendant les mouvements de protestations de ces derniers jours.

Si le transport en commun et la circulation de véhicules ont repris à Port-au-Prince ce mardi, les activités économiques, par contre, ont fonctionné au ralenti quatre jours après les émeutes contre la hausse des prix de l’essence à la pompe. Les banques commerciales, les magasins et la plupart des pompes à essence sont restés fermés. Cependant, les rues sont déblayées et les forces de l’ordre ont renforcé leur présente. L’heure maintenant est au bilan et certains, notamment les propriétaires des magasins et entreprises incendiées et pillées, pointent du doigt la police nationale qui, selon eux, n’a pas été à la hauteur.

Touché par ces critiques et accusations, le directeur général de la Police nationale a fait savoir au Nouvelliste qu’une semaine avant les événements, les responsables de la MINUJUSTH et lui ne savaient pas exactement quand le gouvernement allait augmenter les prix de l’essence. Au niveau du gouvernement, il n’y a eu une mauvaise coordination dans le dossier de l’augmentation des prix de l’essence, a-t-il dit.

Lors d’une rencontre avec le Conseil supérieur de la police nationale (CSPN) le jeudi 5 juillet, le chef de la Police a révélé au Nouvelliste qu’il avait exigé au gouvernement avant d’augmenter le prix du carburant de payer aux policiers leur salaire du mois de juin ; et le prépositionnement d’engins lourds dans des endroits stratégiques pour débloquer les routes, entre autres. Michel-Ange Gédéon dit avoir même conseillé au gouvernement de sensibiliser un peu plus la population sur l’importance de l’augmentation des prix du carburant.

Ce jeudi-là, M. Gédéon souligne que les autorités l’ont informés qu’elles allaient augmenter les prix de l’essence à minuit du même jeudi 5 juillet. « Nous avons pu mobiliser nos troupes. Ce soir-là, toutes les rues étaient sécurisées par la police. Mais le gouvernement a attendu le lendemain pour se décider alors que les policiers étaient allés récupérer leur chèque », a indiqué le chef de la PNH, soulignant qu’il a reçu un appel du gouvernement pour l’informer que les prix de l’essence allaient être augmentés dans quelques heures. C’est son homologue de la MINUJUSTH qui l’a mis au courant de la note relativement à l’augmentation des prix du carburant.

« La pire chose que peut arriver aux forces de l’ordre dans ces genres de situation de trouble sociaux est de laisser les manifestants occuper les rues avant elles », a-t-il dit. Et c’est ce qui arrivé avec la police nationale. Au lieu d’être dans la prévention, elle était dans la réaction. « Quand les manifestants occupent les rues avant la police, cela nécessite plus de temps et plus de moyens pour reprendre le contrôle de la situation », a avancé le chef de la PNH.

En même temps, lors des événements, on lui a fait savoir que les quelque 4 000 prisonniers au pénitencier national avaient ouvert les portes de leurs cellules, se rassemblaient dans la cour de la prison et voulaient prendre le large ; « on vous informe que la résidence du président de la République est menacée, qu’une foule se dirige vers la résidence du Premier ministre, qu’il y a des menaces d’incendie sur le Parlement et la Télévision nationale. Je ne cite que quelques cas parmi tant d’autres. »

La police ne disposait pas de tout son effectif

Les trois quarts des agents du CIMO étaient disponibles pendant les émeutes, mais pour les unités territoriales affectées dans le département de l’Ouest, seulement un tiers de leur effectif était présent, a expliqué le DG de la police. Il a souligné que la police au niveau des commissariats travaille en rotation de deux chiffres pour trois brigades avec une brigade par chiffre de travail pendant que la troisième est au repos. Il y a un groupe qui travaille de 6h du matin à 7h du soir, un autre de 7h du matin à 6h du soir et les policiers du troisième groupe sont entre-temps au repos dispersés chez eux. « Donc, au moment de l’événement, il n’y avait qu’un seul groupe en poste, donc le tiers de notre effectif », a expliqué le patron de la PNH, soulignant que certains policiers ont travaillé pendant 72 heures sans prendre de pause.

Le chef de la police a souligné que c’est surtout des unités spécialisées comme le CIMO et l’UDMO qui sont entrainées pour faire face à des situations comme celles qu’a connu le pays récemment. Les policiers administratifs qui n’ont aucune compétence en la matière n’ont que leur arme de service comme équipements pour adresser ces défis, a expliqué l’officier supérieur de la PNH.

Michel-Ange Gédéon a souligné aussi le nombre élevé de policiers des unités spécialisées en détachement. « Actuellement, plus de 200 policiers des unités spécialisées du CIMO et de l’UDMO sont en détachement dans les mairies et avec des parlementaires », a indiqué le chef de la police.

Gédéon a rappelé que dans son plan triennal présenté au Parlement lors de sa ratification, il avait appelé au renforcement des corps de maintien de l’ordre. Les autorités ont officiellement accepté le plan, mais n’ont pas supporté ce plan, a-t-il regretté.

Si la communauté internationale qui devait supporter le plan triennal à 35% a respecté son engagement, l’Etat haïtien a donné, quant à lui, moins de 10% sur les autres 65% qu’il devait donner à la police, a-t-il dit.

Moyens de déplacement limités

Là encore la situation n’était pas ou n’est toujours pas favorable à la PNH. Le CIMO et l’UDMO ne disposent que de dix véhicules opérationnels « pour répondre à un nombre incalculable de demandes », a dit le patron de la police qui confirme aussi que la PNH avait aussi un problème de carburant pour alimenter ses véhicules d’intervention. En outre, il a souligné que la police fonctionne avec une flotte de véhicules vieillissante.

Dans son enveloppe budgétaire de 9.4 milliards de gourdes, seulement 100 millions de gourdes sont alloués à l’investissement. Très peu pour permettre à la police d’avoir des équipements nécessaires pour son fonctionnement. Sans vouloir se dédouaner de ses responsabilités, Michel-Ange Gédéon a fait remarquer qu’il ne faut pas comparer la Police nationale d’Haïti avec les autres forces de police des pays riches.

M. Gédéon a fait remarquer qu’en plus des barricades enflammées à profusion dans les rues, la police faisait face à d’importantes résistances : jets de pierre, jets de bouteilles et d’armes à feu. Certains manifestants étaient armés, a-t-il précisé.

Le directeur général de la PNH, tout en condamnant les casses de ces derniers jours, estime que les policiers étaient à la hauteur de leurs tâches et malgré le manque d’effectif, les moyens limités, ils ont pu limiter les dégâts et permettre la reprise des activités.

Pour permettre la PNH d’être plus efficace, Michel-Ange Gédéon a appelé le gouvernement à appuyer et à respecter la hiérarchisation de la police nationale.

Source Le Nouvelliste

Animateur (s)

Portrait de Anne Merline Eugene
La Mafia existe
2 mois 2 semaines ago
Portrait de Jacques Adler Jean Pierre
Agenda Culturel RTVC - 20 Avril 2017
1 année 2 mois ago