La mangue: une filière en pleine évolution scientifique et économique

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Mangue haitienne exposée à Fairchild Tropical Botanic Garden - photo par Gary Cyprien

Le Festival international de la mangue (FIM) 2019 a été lancé le jeudi 11 juillet à la salle de conférence de la Fairchild Tropical Botanic Garden en Floride, en présence d’une délégation haïtienne. Des experts américains, mexicains, indiens, des producteurs de mangue, des représentants d’entreprises et d’organismes de promotion et de consultation commerciales comme la National Mango Board (NMB) et Get Away, ont tenu en haleine pendant plus de sept heures d’horloge une assistance pluriethnique réunie autour de la mangue.

Pour cette journée dédiée aux recherches et découvertes scientifiques faites sur la mangue un peu partout à travers le monde, la République dominicaine, qui officiait comme invitée d’honneur à cette 27e édition du festival, a fait part à l’assistance des progrès réalisés depuis son intégration dans la filière.

En effet, le représentant dominicain, qui remplaçait en cette occasion le ministre de l’Agriculture, M. Osmar Benitez, a mis en relief les investissements que ce pays a consentis pour atteindre aujourd’hui un standard d’exportation qui fait pâlir un pays comme Haïti qui, pourtant, exploite cette filière bien longtemps avant son voisin de l’Est. C’est seulement en 2003 que la République voisine a rejoint la filière mangue. 15 ans plus tard en 2018, ses exportations de mangue atteignent 22 millions  de dollars américains, soit plus du double de celles d’Haïti. À côté de cela, les Dominicains travaillent ardemment pour étendre sa période de plantation à l’instar du Mexique. Autre grande réalisation des Dominicains dans la mangue depuis 2003, c’est la superficie plantée qui est passée de 1000 à 7000 ha.

Selon le porte-parole de la République dominicaine, l’année dernière, le pays a investi deux millions de dollars américains dans les infrastructures nécessaires au développement de cette culture. À présent, ils mettent les bouchées doubles pour pouvoir se doter de la certification organique qui leur ouvrirait la voie au marché juteux de l’organique.

L’agronome Alain Thermil de la délégation haïtienne n’est pas resté insensible à certains sujets débattus au cours de la journée de conférence du jeudi 11 juillet. Un de ces sujets porte notamment sur le traitement de la mangue d’exportation à l’eau chaude qu’Haïti a initié dans la filière et que beaucoup de pays de plusieurs producteurs ont adopté. Cependant, des présentations faites par des experts américains et mexicains prévoiraient, selon M. Thermil, la fin  prochaine du traitement à l’eau chaude qui serait beaucoup moins efficace que la radiation, un type de traitement au rayon qui offrirait plus d’avantages en termes de temps tout en permettant au fruit de garder ces qualités organoleptiques et d’être conservé beaucoup plus longtemps.

Les États-Unis, pays grand consommateur de mangues, a déjà trouvé des firmes contractantes prêtes à offrir ce genre de service. 

Autre problème posé par le traitement à l’eau chaude, insiste Alain Thermil, cadre du MARNDR, est que ce traitement ne peut pas s’appliquer à toutes les mangues alors que le traitement par radiation, quoique comportant son lot de problèmes peut faciliter l’accès aux États-Unis à tout type de mangue.

Les acteurs travaillant dans la production et la commercialisation de la mangue ne peuvent que saluer et applaudir le dévouement  d’une institution comme la NMB qui, par une campagne de promotion, d’information, de sensibilisation et d’éducation bien menée depuis sa création en 2005, a copieusement contribué à renforcer la valeur de la mangue aux États-Unis et à travers le monde. En témoignent les chiffres élogieux avancés par les responsables concernant la hausse assez appréciable de la consommation de ce fruit chez l’Oncle Sam. Selon la NMB, la consommation moyenne annuelle de mangue était de l’ordre de 1.88 livre par habitant à la création de la NMB; alors qu’en 2018  elle a évolué autour de 3,1 livres. Et aussi, en termes de choix de consommation, la mangue était classée 19e dans la liste des produits et aujourd’hui elle se range autour de la 11e place. Toujours plus ambitieuse, la NMB envisage de la classer parmi les cinq produits les plus consommés aux États-Unis dans les années à venir.

Ce qui ne peut être qu’une aubaine pour les pays producteurs et surtout pour Haïti par rapport à sa proximité par rapport au grand voisin, mais aussi à la grande diversité et la qualité de la mangue haïtienne qui peut facilement s’écouler sur le marché américain.

Mais pour y arriver il faudra mettre du sien, car le travail est énorme, reconnaît Alain Thermil, qui croit qu’avec un minimum de structuration, de leadership et de mise en commun on pourra tirer profit à la fois du marché intérieur  et du marché extérieur.

De leur côté, les Mexicains, qui bénéficient du double avantage de disposer d’une grande superficie de terres cultivables et de partager une frontière avec les Américains, ont longtemps emboité le pas de la production scientifique de la mangue contrairement aux Haïtiens  qui, en plus de 30 d’exploitation et de commercialisation de ce produit, n’ont jamais envisagé  même une extension de sa superficie plantée. Encore un accompagnement des producteurs locaux qui ne peuvent miser que sur la générosité de la nature et de ses sautes d’humeur parfois très coûteuses.

Le Mexique produit quasiment toute l’année depuis février avec  des pics de production constatés entre avril et août. D’après des informations fournies par le professeur Sergio Roberto Marquez Berber de l’Université de Chapingo, au Mexique, les Mexicains exportent 120 millions de dollars de mangues aux États-Unis en 2018.

 M. Marquez a profité de son exposé pour souligner deux éléments qui constituent des entraves à la production agricole, il s’agit du vol des récoltes et du phénomène de l’insécurité engendrée par les activités des gangs armés. Ce genre de problème est imputable à beaucoup de pays. Haïti connaît aussi des cas de vol de récoltes. Un membre de la NMB a également rapporté plusieurs cas de vol dans les plantations agricoles de la Floride.

D’après l’agronome Alain Thermil, dans tous les cas de figure, quel que soit le pays concerné, la volonté politique est primordiale pour aider à trouver les moyens pour résoudre les problèmes liés à la production et la commercialisation des produits agricoles.

La mangue haïtienne orpheline de ses bénéficiaires

Dans le cas d’Haïti plus particulièrement, mis à part l’impuissance de l’État, la nonchalance  des  entrepreneurs de la filière mangue constitue un obstacle au développement de ce secteur malgré les gros avantages naturels qu’Haïti possède en termes de variétés et de qualité. Tous les membres de la délégation haïtienne prenant part à cette manifestation sont du même avis. Qu’il s’agisse du président de la PHARE, l’agronome Volny Paultre, de la présidente de F&L, Ena Derenoncourt, de l’agronome Philippe Mathieu, du professeur Robers Pierre Tescar, directeur du département Phytotechnie à la Faculté d’agronomie et de médecine vétérinaire de l’UEH, de l’agr. Vilaire M. Guerrier, haut cadre du ministère de l’Agriculture, invité à titre d’observateur au festival, ils sont unanimes à admettre que la filière ne bénéficie nullement du support de ses principaux exploitants. 

À ce sujet bien précis, l’agronome Mathieu a ironisé: « Même une coopérative de la mangue n’a pas jugé utile d’investir ses profits dans l’extension de la filière mais plutôt dans la construction d’une route qui ne bénéficie nullement au secteur.»

D’ailleurs l’absence non justifiée des exportateurs privés de la mangue haïtienne  à la 27e édition du Festival international de la mangue, qui est la Mecque des acteurs de  ce secteur d’activité, prouve encore que cette filière est vraiment orpheline de ses  exploitants.

Face à cette situation, l’agronome Philippe Mathieu et Volny Paultre préconisent l’action. Ceux qui savent doivent parler et informer  les autres. Les informations reçues doivent être partagées avec le plus grand nombre qui doit être sensibilisé sur la question.

Cyprien L Gary source Le Nouvelliste

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