La diplomatie économique, une opportunité sans conteste pour l’État haïtien selon l’économiste Etzer ÉMILE

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Fernando Estime et Etzer Emile

La République d’Haïti se trouve actuellement dans une situation similaire aux pays du tiers monde, qui au lendemain de la 2nde Guerre Mondiale surtout avec le processus de la décolonisation où le nouvel ordre économique international leur étaient défavorables lorsqu’ils étaient arrivés sur la scène mondiale.

Dans cette optique, le politologue Fernando ESTIMÉ a reçu sur le plateau de Sans Frontière de la Radio Télévision Caraïbe, l’économiste Etzer ÉMILE et douze participants pour discuter de ce défi majeur qui avant tout d’ordre structurel, qui ne cesse de gangrener le faible niveau économique du pays. Ainsi, la diplomatie économique était le point d’ordre sur lequel l’économiste allait intervenir, celui qui a d’ailleurs publié son premier ouvrage  l’année dernière sur Haïti intitulé, Haïti a choisi de devenir un pays pauvre : les vingt raisons qui le prouvent   
 
D’entrée de jeu, une historicité assez pointue a été faite par Etzer ÉMILE pour montrer d’où vient le concept de diplomatie économique. Il a fait remarquer que pendant longtemps la diplomatie qui était considérée comme les rapports entre États, avaient toujours en soubassement les rapports commerciaux, surtout dans la logique du mercantilisme. Mais au cours de la 2nde moitié du XXe siècle, avec la montée des multinationales et leurs poids dans le jeu international, il a été question de savoir comment placer ces dernières sur un piédestal au même titre que les États. Ce qui allait coïncider au rôle que joue  la FMI et la Banque Mondiale en tant que « police de la finance internationale » avec aussi des grandes entreprises qui disposent pratiquement de grandes marges de manœuvre sur l’orientation de certaines décisions politiques. 
 
L’exemple le plus parfait qu’a cité l’économiste Etzer ÉMILE, c’est le plan Marshall après la 2nde Guerre Mondiale. Pour lui, ce plan pour la reconstruction de l’Europe ne se résume pas uniquement à ce qu’on a toujours tendance à dire. À partir de ce projet on assiste avec « le premier grand moment de l’internationalisation des grandes entreprises américaines et constitue pratiquement l’un des premiers grands moments de la diplomatie économique » a martelé, Etzer ÉMILE. Ce dernier comprend ce fameux plan comme une volonté latente des Américains à établir leurs entreprises en Europe.  Ce qui fait qu’il y a jusqu’à aujourd’hui une dépendance en Europe de la finance américaine, poursuit Mr. ÉMILE. 
 
Cette question diplomatie économique peut être comprise en ce sens que chaque pays  à travers les rapports qu’il développe avec d’autres pays cherche à faire bénéficier ses entreprises des avantages en matière de conquête de nouveaux marchés et à projeter les avantages qu’offre le marché local aux investisseurs étrangers. À titre illustratif, l’économiste Etzer ÉMILE a pris l’exemple de l’actuel président Français Emmanuel MACRON qui était en tournée en Inde où sa première déclaration était focalisée sur le nombre de contrats qu’auront bénéficié les entreprises françaises en Inde. Et pour Etzer ÉMILE, c’est important de discuter sur une telle thématique car les rapports entre États semblent être tournés aujourd’hui autour de l’économie. 
 
L’économiste Etzer ÉMILE croit qu’Haïti doit s’inscrire dans cette dynamique-là parce que la diplomatie n’est plus qu’une simple affaire de « représentation au sens restreint du terme », il faut s’accentuer davantage sur cet aspect économique soit pour attirer les investissements étrangers soit pour positionner des entreprises locales vers des marchés mondiaux dans une logique que l’on appelle en marketing international : l’internationalisation. En soutenant l’idée selon laquelle les missions diplomatiques d’Haïti à l’étranger doivent donner ce que Fernando ESTIMÉ appelle un retour sur l’investissement qui prend l’aspect cout-bénéfice en économie, il se place sur la même lignée avec l’économiste Etzer ÉMILE. 
 
Au cours de son intervention, l’économiste Etzer ÉMILE pense que les diplomates haïtiens ont une lourde tâche. Celle de rehausser l’image d’Haïti à l’étranger. Pour lui, c’est une condition sine qua non pour qu’ils puissent parvenir à emboiter le pas à ce nouveau paradigme, générateur de croissance économique et de développement. Car  pendant longtemps la République d’Haïti est perçue sur le plan international comme un pays qui ne peut pas se prendre en charge avec ce que le politologue Fernando ESTIMÉ qualifie de « business de l’humanité ». Selon les propos de Mr. 
ÉMILE, « ça prendra un peu de temps pour pallier cette tendance qui doit être passée par le changement de la perception des autorités haïtiennes, de leurs pratiques afin qu’Haïti puisse déconstruire cette réalité qui est alimentée autour d’elle ». Dans ce même ordre d’idées, Etzer ÉMILE dénonce lui aussi comme les intervenants qui lui ont précédé sur le plateau de sans 
Frontières,  l’existence du népotisme au niveau de la diplomatie haïtienne où c’est la proximité qui s’érige en règle d’or dans les choix de nos personnels diplomatiques. 
 
Selon l’économiste Etzer ÉMILE, alimenté les missions diplomatiques d’Haïti à l’étranger de cette manière met en péril les rôles même que doivent remplir ces missions. Par cette pratique, Mr. 
ÉMILE pense que nous sommes au cœur d’un système vicié dans tous ces compartiments. Et, il faut repenser totalement ce système avec des visions économiques claires, dès la conception de la politique étrangère passant par les feuilles de route des Ambassadeur, le budget  des missions, pour arriver jusqu’au choix des personnels diplomatique pour qu’on arrive à obtenir des résultats économiques. Il a pris en exemple la République dominicaine qui a un revenu touristique aujourd’hui beaucoup plus important que même le Brésil  au niveau du nouveau monde. C’est que la RD « dispose plus d’une cinquantaine de bureaux qui s’occupent de la conquête de nouveaux marchés, attraction de l’investissement, attraction de tourisme au-delà de leurs missions diplomatiques » a souligné Etzer ÉMILE. Il a profité également de rappeler qu’en 1960 le PIB de la RD et Celui d’Haïti était au même niveau sauf qu’à l’heure actuelle en 2018, le PIB de la RD se multiplie par neuf et Haïti voit son PIB régresser. 
 
Etzer ÉMILE pense que la diplomatie économique est un champ à exploiter par l’État haïtien. Toutefois, ce dernier doit comprendre que cette diplomatie fait intervenir les entreprises comme des acteurs de premier rang dans les rapports interétatiques. Sous ce socle, Mr. ÉMILE agence ses argumentaires d’une manière telle où il envoie des signaux clairs à l’État haïtien en vue d’adopter une vision plus ou moins réaliste dans sa démarche en regardant avec promptitude là où il doit avoir ou ne pas avoir de mission diplomatique et ce en fonction de ses intérêts et priorités. En matière d’économie, de relations économiques internationales, les États n’ont pas d’état d’âme, chacun cherche à mobiliser tous les moyens possibles pour qu’il puisse tirer son épingle du jeu, à insister Etzer ÉMILE. Le politologue Fernando ESTIMÉ s’enchaine pour dire qu’Haïti doit se repositionner sur la scène internationale en cherchant de nouveaux partenaires pouvant l’aider à atteindre ses intérêts objectifs. Et, Fernando ESTIMÉ a également rappelé que la naïveté est mortelle en diplomatie comme en économie. 
 
 « Aujourd’hui, il est hors de question d’attirer exclusivement les investissements étrangers,  il faut partir à la recherche du marché pour les entreprises locales, qu’il s’agit de recherche du partenariat, recherche du financement dans l’idée de permettre aux entreprises locales d’atteindre le stade de ce qu’a l’internationalisation. Ceux qui rentrent dans les principales fonctions des missions diplomatiques » poursuivent Etzer ÉMILE. 
 
Avoir des entreprises avec une projection sur un marché de 10 millions de consommateurs ayant un pouvoir d’achat serait noble pour le pays. Pour Etzer ÉMILE, il faut sensibiliser le secteur privé des affaires sur cette opportunité. Et, pour exploiter davantage ce champ, nos représentants à l’étranger ne doivent pas avoir de barrière linguistique, il faut regarder leurs profils, leurs compétences avant de les envoyer en mission. Car aujourd’hui à travers cette grille d’analyse on parle de rentabilité des missions diplomatiques, a-t-il martelé. La diaspora haïtienne peut jouer un rôle assez considérable dans la conquête du marché international. Elle peut jouer de catalyseur en vue de permettre aux produits et entreprises haïtiennes d’atteindre sa vitesse de croisière et permettre aussi aux investisseurs étrangers de venir investir en Haïti, croit Etzer ÉMILE. Ce dernier pense aussi qu’il y a un travail de base qui mérite d’être fait : les entreprises haïtiennes doivent travailler de manière à rendre compétitif leurs produits. 
 
Interrogé sur les mécanismes à mettre en place pouvant permettre à la diplomatie haïtienne d’être rentable s’il avait un portefeuille ministériel, Mr. ÉMILE en toute humilité n’a pas tenté de se prononcer sur cet aspect et se dit de laisser libre cours aux spécialistes en matière de diplomatie et des relations internationales de se prononcer là-dessus. Toutefois, il est évident dans une logique comparative de regarder ce qui sont en train d’être fait de l’autre côté de la frontière. Car pratiquement c’est « l’économie qui mène le monde ». 
 
Selon les propos de l’économiste Etzer ÉMILE, l’économie du pays est affectée à la fois par un manque d’investissements, mais aussi par une instabilité institutionnelle et politique. En regardant non seulement la réalité du port de Port-au-Prince qui est l’un des ports les plus chers du monde avec tous les déficits qu’il comporte, et tous les autres problèmes qui affectent l’économie haïtienne, Etzer ÉMILE se demande, nos autorités voient-ils avant tout les opportunités des investissements publics dans leurs prises de décisions? 
 

Author
Étudiant en philosophie et science politique à l'IERAH/ISERSS Jeune député de Jacmel au parlement jeunesse d'Haïti

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