Jovenel Moïse s’accroche et mise sur les importateurs dans sa lutte contre la vie chère

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Président Jovenel Moise entouré de quelques ministres - 8 Fév 2019

Les services de communication du président Jovenel Moïse ont invité la presse à couvrir « une importante rencontre » au palais national « autour de la problématique de la vie chère », à midi, vendredi 8 février 2019.

Poussé dans les cordes, descendu en flamme la veille par des milliers de manifestants, à Port-au-Prince et d’autres villes du pays, qui ne jurent que par son départ, Jovenel Moïse se fait attendre. Les minutes, longues, lourdes, ont agonisé entre le monitoring via Whatsapp des manifestations aux Gonaïves, à Petit-Goâve, les rafales d’armes non loin du palais, le ballet de fumée noire dans le ciel bleu et l’odeur de pneus enflammés érigés à l’angle des rues St-Honoré et Oswald Durant, à un jet de pierre des bureaux du chef de l’Etat qui discute avec les ministres de l’Agriculture, celui du Commerce, l’éminence grise de la Caravane de changement et des importateurs de riz.

Le président Jovenel Moïse, après trois heures de retard, dix minutes d’intervention, une question posée et une autre balancée à sa sortie, avait peu de choses à annoncer au terme de cette rencontre qu’il a qualifié de « haut niveau avec tous les importateurs de riz ». « Les ministres de l’Agriculture, du Commerce continueront à travailler tout l’après-midi. D’ ici demain, j’attends une réponse sur le résultat entre les importateurs et l’Etat pour pouvoir adresser le problème de prix de l’un des produits les plus importants dans le panier de la ménagère, je veux parler du riz », a confié un président Jovenel Moïse, resté muet sur les détails, sur le mécanisme qui sera mis en place. Il faudra, là aussi, attendre pour savoir si l’Etat envisage des baisses de tarifs douaniers en faveur des importateurs de riz.

Le président Jovenel Moïse, comme René Préval qui s’était fendu d’une conférence de presse avec les principaux importateurs en pleines « émeutes de la fin » en 2008, veut une réponse rapide, quitte à accepter, sans le dire, que les objectifs de la « Caravane de changement » n’ont pas été atteints au niveau de la production agricole, deux ans après, des centaines de millions de gourdes après, et une « urgence économique » déclarée sur tout le territoire.

Le président Jovenel Moïse, sans faire acte de contrition à cause des effets catastrophiques de l’arrêté sur la « dédollarition » a cependant reconnu que le déficit budgétaire record de l’an passé, 24 milliards de gourdes, est la cause de la volatilité du change, du renchérissement des prix des produits de première nécessité. La décision a été prise de travailler sur la réduction du train de vie de l’Etat qui, à quatre mois de l’exercice en cours, a un déficit budgétaire de 8 milliards de gourdes, a indiqué Jovenel Moïse. « Il y a de grandes mesures prise par le gouvernement et la BRH pour avoir un déficit qui ne dépasse pas 1 milliard de gourdes par mois. Cela permettra d’agir sur le taux de change », a dit le chef de l’Etat , accréditant la thèse de « spéculation » contre la gourde, a appelé chaque secteur,  « des gens du secteur financier », de l’Etat Haïtien, « des gens du secteur économique en général » à agir de manière coordonnée pour  « baisser la spéculation ». 

Jovenel Moïse a soutenu que « le déficit en termes de change », le «gap » n’est pas « élevé » en considérant que les transferts de la diaspora par an tournent autour de 3,2 milliards de dollars et nos exportations de 1 milliard de dollars.  Le chef de l’Etat, obligé de reporter le lancement du dialogue national inclusif sur tous les problèmes du pays (politique, économique et social) n’a pas fait le pari d’une nouvelle date. « Le temps n’a pas permis au Premier ministre de parler avec la quantité de personne que l’on voudrait », a justifié Jovenel Moïse, confronté à la radicalisation de plus en plus de partis politiques qui exigent son départ du pouvoir.

Le chef de l’Etat qui dit ouvrir les bras pour dialoguer avec l’opposition dans la pluralité a une nouvelle fois débouté les appels à sa démission. « Nous sommes pour le respect de la Constitution. Nous avons participé à une élection. Une frange de la population a voté. Nous sommes président. Nous sommes disposés  à parler avec tous nos frères et sœurs sur les difficultés auxquelles le pays est confronté aujourd’hui. Si une personne pense ou imagine  peut-être avoir la solution toute faite, la seule façon pour que cette solution puisse être mise sur la table est d’aller aux élections pour faire la promesse », a expliqué Jovenel Moïse, l’homme de la banane qui a promis de nourrir et d’augmenter les revenus de la population avant de déchanter et d’annoncer l’urgence économique. «J’ouvre largement mes bras, en ce 8 février 2019, pour que tous nos frères et sœurs de l’opposition politique, radicale, modérée viennent discuter autour d’une table pour trouver des solutions aux problèmes du pays. Les problèmes identifiés sont à  moitié résolus. Nous savons que le problème du pays n’est pas seulement politique. Il est social et économique. Il faut s’assoir et se regarder dans les yeux pour mettre le pays sur la voie du changement », a insisté le président Jovenel Moïse, arc-bouté à son mantra, « la stabilité, le premier des biens publics », sans faire l’addition des multiples manifestations, des coups de boutoirs à son régime, peu inspiré dans la gestion des dossiers chauds dont Petrocaribe.

En milieu d’après-midi, rien n’indique que les manifestants, debout sur la barricade enflammée à l’angle des rues St-Honoré et Oswald avaient écouté le président Moïse qui peine à convaincre. Ils ont nargué les agents de maintient d’ordre et fait des doigts d’honneur  à ceux qui laissaient le palais national…

Source Le Nouvelliste

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