Jovenel Moïse mise gros sur un Comité de facilitation du dialogue loin de faire l’unanimité

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Les membres du Comité de facilitation du dialogue

Le président Jovenel Moïse est en retard à la cérémonie d’installation du comité de facilitation du dialogue national. Personne n’est surpris. Il est dans ses cordes, fidèle à sa légende. Pour tuer le temps, au cœur d’une salle où des chaises blanches restées vides captent l’attention, des diplomates discutent. L’air décontracté, un ministre, celui de la Justice, mis à mal dans l’opinion à cause de la libération des étrangers armés, déambule, multiplie des poignées de main. L’ex-président Prosper Avril et l’ancien Premier ministre Evans Paul sont assis côte à côte, au premier rang. K-Plim, le bouillonnant militant copieusement bastonné sous le régime général Avril le 1er novembre 1989, et l'intelligent militaire ont enterré depuis longtemps la hache de guerre.

Outre Charles Suffrard, démissionnaire, on sait désormais que Rudolf Dérose est aux abonnés absents. Le fils de Ansy Dérose, l’un des grands artistes haïtiens des années 70 et 80, brille par son absence. À gauche du pupitre présidentiel, cinq membres - Marie Carmel Mentor, Carlo Joseph, Marie Michelle Silvie Rameau, Dorothie Sénatus et Kettly Julien- pour la plupart des inconnus, saluent l’arrivée du président Jovenel Moïse, accompagné des présidents du Sénat, de la Chambre des députés, de la Cour de cassation et du Premier ministre Jean-Henry Céant.

Le président Jovenel Moïse, instigateur de dialogue sans résultat, repasse par la case dialogue à un moment où l’opposition, des milliers de personnes, à travers le pays, réclament son départ à cause de l’aggravation de la pauvreté, de la corruption érigée en système. Le président Moïse, qui a laissé au placard les mots imbibés de nitroglycérine, enfonce la porte ouverte d’une évidence. « L’heure est grave », a-t-il dit tout de go, estimant que l’affaiblissement du pays a atteint des limites qui « remettent en question notre existence en tant que peuple libre ». Il a partagé la « peine » des endeuillés, de ceux qui ont perdu leurs emplois, obligés de « descendre dans les rues pour crier leur faim, leur chômage, leur soif de justice et d’équité ». 

Le président Moïse, déplorant que le pays soit caractérisé par « l’instabilité » ces trente dernières années, a appelé au dialogue pour préserver la stabilité, « le seul bien public », trouver les moyens de résoudre les problèmes du pays. « La paix est nécessaire à ce dialogue », a indiqué Jovenel Moïse. « Le moment est propice pour les élites nationales, les élus et les fonctionnaires de l’État à tous les niveaux, pour chaque citoyenne, chaque citoyen de faire face à leurs responsabilités d’Haïtiens d’identifier notre patrimoine commun en tant que nation et de prouver que nous sommes capables de nous entendre », a-t-il dit, soulignant avoir assumé sa « responsabilité en faisant appel à des filles et fils du pays, issus d’horizons divers, pour créer le comité de facilitation du dialogue ». Jovenel Moïse a souhaité que ce « comité travaille avec ardeur pour trouver la meilleure façon de mener le dialogue interhaïtien qui devra aboutir à des propositions concrètes, respectueuses de la Constitution, inclusives, pour conduire le pays vers la voie de la stabilité ».

Le président Moïse a appelé les deux autres pouvoirs, la classe politique, le secteur des affaires, la société civile, la communauté internationale (à titre d’observateur) à apporter tout leur appui afin que les conclusions du dialogue reflètent la volonté de toutes et de tous.  Jovenel Moïse, sans faire frémir la salle, a indiqué que la nation compte sur le discernement, la perspicacité, la capacité et l’impartialité des membres de ce comité. Le chef de l’État a indiqué qu’il faut dialoguer pour parler de tout.

L’un des membres du comité, Kettly Julien, s’est inspirée de l’unité du 18 mai 1803 entre les Noirs et les mulâtres pour remporter la guerre de l’indépendance.  Elle a indiqué, au regard de la société polarisée, profondément inégalitaire, qu’il faut « se libérer pour dialoguer avec l’autre ».

Si Mme Julien, militante des droits de la personne, est la personnalité la plus connue de ce comité, l’on retient que Charles Suffrard a jeté l’éponge à cause d’un désaccord majeur. « Oui, j’ai envoyé ma lettre de démission au président à la suite du communiqué du secrétaire général du Palais national qui a fait une fuite en avant. Ce n’est pas notre rôle de former un gouvernement. Je suis à la disposition du pays… », a confirmé Charles Suffrard. Dans ce communiqué, la présidence a fait savoir que le comité doit en plus du dialogue travailler sur la formation d’un nouveau gouvernement. Pour Charles Suffrard, «il n’a jamais été question pour le Comité de former un gouvernement », a-t-il dit, dimanche soir au Nouvelliste en confirmant sa démission.

« Lors de notre rencontre avec le président de la République, ce qui a été dit (travailler sur la formation d’un nouveau gouvernement) dans le communiqué du palais national n’avait pas été abordé. Le communiqué est publié à notre insu… », a dénoncé Charles Suffrard joint par téléphone dimanche soir par Le Nouvelliste.

« Nous n’avons pas la mission de former un gouvernement. Il revient au président et au Parlement de former le gouvernement », a affirmé le leader de Koze Pèp. « Dans ces négociations, tout devrait être sur la table », a-t-il dit, incluant même le mandat du président de la République. « Le comité n’est même pas encore installé, le secrétaire général du palais national a mis le résultat du dialogue dans le communiqué. Ce n’est pas possible », a-t-il critiqué pour justifier sa démission.

Le fait que Charles Suffrard ait claqué la porte a mis de l’eau au moulin des critiques qui ont douté de la volonté réelle du président Moïse de créer les conditions pour un dialogue franc, sincère, sans sujets tabous. Le président ne parvient pas à mettre en confiance. À son passif, des critiques évoquent les états généraux sectoriels comme un gaspillage de temps, de ressources et d’espoir ou l’attitude du chef de l’Etat, à la BRH, lorsqu’il a exprimé son insatisfaction par rapport aux efforts de Jean-Henry Céant qui n’est pas parvenu à réunir tous les protagonistes.

Par rapport à son obstination à avancer, les oreilles bouchées, le président de la Chambre des députés, Gary Bodeau, dans la lettre datée du 25 février 2019, s’est autorisé « à répercuter » jusqu’au président Jovenel Moïse « l’écho des critiques autour de la formation du comité de facilitation ». Le président Gary Bodeau a « suggéré » au chef de l'État de « s’accorder quelques jours de réflexions plus approfondies et de contacts mieux ciblés en vue de compléter cette structure pour la rendre plus équilibrée et apte à générer l’entente patriotique autour du drame haïtien », lit-on dans cette lettre dont le journal a reçu copie.

Entre-temps, le comité de facilitation, loin de faire l’unanimité, est l’une des dernières cartouches du président Moïse, poussé dans les cordes par des associations du secteur privé, agacées par le déficit de sincérité de l’exercice et des conséquences des évènements politiques lourds de conséquences sur les affaires, tant en perte d’installations qu’en chiffres d’affaires pour les entreprises non vandalisées par des manifestants. La communauté internationale, qui appuie le respect des mandats électifs, de l’ordre constitutionnel, supporte le dialogue entre les parties haïtiennes.  Les résultats attendus sont, jusqu’ici, comme Godot…

Roberson Alphonse source Le Nouvelliste

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