Jovenel Moïse, affaibli, choisit l’épreuve de force

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Jovenel Moise

Le président Jovenel Moïse a fermé la porte du dialogue. Il a torpillé la dernière de ses commissions de facilitation montée à cet effet. Il joue sa présidence sur les fusils de la PNH, l'assistance de forces de sécurité étrangères et passe à l'attaque contre ses ennemis de ce qu'il qualifie de bénéficiaires du «système.»

Le président Jovenel Moïse s’est ravisé. Il n’aura pas tenu la promesse faite aux membres de la commission présidentielle créée pour faciliter le dialogue. Tout ne peut pas être sur la table, surtout son mandat. En un mot, plus besoin des négociations de la dernière chance sur fond d’importantes manifestations populaires et de semaines de « peyi lòk ».

Au Palais national, mardi, le président a sonné le glas de cette commission. « La Constitution est claire. La population m’a voté lors des dernières élections. La Constitution précise quand je dois quitter le pouvoir et comment le faire. Le pouvoir appartient au peuple et le peuple m’a donné le pouvoir à travers la Constitution.  Il y a des mécontentements, mon rôle c’est de parler avec la population qui est mon seul patron. Je vais lui parler souvent… », a affirmé le président avant de souligner : « Ce serait irresponsable de ma part si je devais aujourd’hui signer la lettre de ma démission et laisser le système se régénérer… ».

Le président Jovenel Moïse a pris sur lui de fermer la fenêtre entrebâillée laissée au dialogue. Il prive de munitions ceux qui, en Haïti et à l’étranger, mettent en avant le dialogue comme moyen de résolution des conflits.

Sans peut-être s'en rendre compte, le chef de l’État offre un boulevard à l’épreuve de force. Il joue, aujourd’hui plus qu’avant, l’avenir de la présidence sur les fusils de la PNH qui n’a pas vocation de répression politique. Pour se rassurer, il a engagé une société privée de sécurité. Mercenaires ou forces spéciales d'un pays ami, on ne le sait pas encore. Pas dans le menu détail.

Le chef de l’État joue aussi la carte de l’usure, espérant que ces dizaines de milliers de personnes qui exigent son départ à travers le pays finiront par se fatiguer. Ce calcul a donné du temps à d'autres chefs d'État empêtrés dans des crises, il espère avoir autant de chance. 

Sa présidence, comme d’autres avant elle, ne tient, à en croire des fins connaisseurs de la vie politique d’ici, qu’à une petite phrase dans un communiqué pour assurer le soutien de la communauté internationale, pas au président de la République, mais au peuple haïtien.

En torpillant sa commission présidentielle pour faciliter le dialogue, il met à mal les bons offices de ces diplomates qui ont multiplié les rencontres avec des acteurs politiques, des personnalités du monde des affaires et de la société civile sur la crise politique.

Pour noircir un peu plus le tableau, il faut également se préoccuper de l’aggravation de la crise économique, financière et humanitaire. Certaines entreprises, déjà asphyxiées par la crise, feront le dépôt de bilan. C'est-à-dire moins d’impôts, moins de TCA. Celles qui, en dépit de difficultés, de l’augmentation de leurs frais financiers, continueront à fonctionner vont fort probablement se retrouver dans une situation délicate avec la DGI.

C'est dans la perspective d'une guerre sur plusieurs fronts avec l'économie qu'il faut placer les lettres du ministre des Travaux publics, Transports et Communications Fritz Caillot aux producteurs privés d'électricité. Haytrac, Sogener et E-Power sont visés. 

En menaçant de revoir les contrats de ces entreprises, un message clair est adressé à tous les opposants: l'État a les moyens de nuire aux nantis qui cherchent à déstabiliser le président. Jovenel Moïse passe à l'attaque et là encore cela peut faire mal, car les représailles vont se multiplier des deux côtés. 

Comme si cela ne suffisait pas, le gouvernement, par le biais du directeur général de l’ONA a décidé d’augmenter les taux d’intérêt sur les prêts et placements accordés par l’institution. Là encore ce ne sont pas les petits emprunteurs qui sont visés mais les gros manitous qui avaient eu accès aux fonds de l’ONA. Malheureusement les petits risquent aussi d'écoper. 

Il est difficile en ces temps de péripéties économiques de faire des projections budgétaires réalistes, ni même de dimensionner la part d’aide financière nécessaire pour ne pas avoir sur les bras des problèmes liés à la balance de paiement, au financement des importations et de la dette.

Sur le plan humanitaire, la situation des populations en situation d’insécurité alimentaire risque fort probablement de s’aggraver.

Entre-temps, seule la poursuite de son mandat, à n’importe quel prix, semble intéresser le président Jovenel Moïse. En 2019, l’État qu’il dirige est devenu plus pauvre avec un taux de croissance du PIB de 0,1 %, le plus faible taux de croissance depuis 2010. 

Roberson Alphonse Source Le Nouvelliste

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