« Il n’y aura pas de développement durable sans bonne gouvernance et sécurité », selon Vincent Degert

Publié
5 mois ago
Dernière mise à jour
5 mois ago
2045 views
Time to
read
4’

L’ambassadeur de l’Union européenne en Haïti Vincent Degert

Il n’y est pas allé par quatre chemins. L’ambassadeur de l’Union européenne en Haïti croit qu’il n’y aura pas de développement durable en Haïti sans la gouvernance et la sécurité. Vincent Degert, qui intervenait à la journée de réflexion organisée, le vendredi 17 mai 2018, par l’Université Quisqueya (Uniq), en appelle particulièrement à la responsabilité de l’État et de la société civile.

La bonne gouvernance et la sécurité sont deux notions qui restent des préoccupations pour les citoyens ou la société civile (exemple du cas du mouvement des petrochallengers), constate Vincent Degert, qui participe à l’ouverture de la journée de réflexion tenue par l’UniQ, où plusieurs experts, professeurs d’université, anciens fonctionnaires d’État ont été conviés à partager leur savoir. L’ambassadeur de l’Union européenne en Haïti a rappelé les fondamentaux de  la « bonne gouvernance », concept retravaillé  à travers les temps par des institutions internationales.

Justement, comme pour reprendre la définition attribuée par la Banque mondiale, le diplomate a tenu à rappeler que la gouvernance désigne « la manière dont le pouvoir est exercée pour gérer les ressources nationales, économiques et sociales consacrées au développement ». Elle suppose, entre autres, poursuit-il, une  action gouvernementale qui soit à la fois prévisible et transparente, à l’aide d’une démocratie imprégnée de sens éthique, d’un cadre donnant la primauté au droit, d’un exécutif comptable de ses actions, et qui associe la société civile aux affaires publiques ».

Conscient de l’état de la situation, Vincent Degert est revenu sur le rôle de l’État constituant le principal garant de la sécurité de ses citoyens à tous les niveaux. Une sécurité, soutient-il, qui doit être pensée tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Elle n’est pas seulement physique, elle doit être économique, sociale et politique. « Ce qui détermine, pour lui, la capacité de la population à satisfaire ses besoins de manière adéquate, celle des acteurs économiques à prendre des initiatives productives dans un environnement fondé en premier lieu sur la confiance dans l'État, et d’un système politico-institutionnel capable de freiner l’instabilité politique et de résister aux perversions qui pourraient en altérer le fonctionnement ».

« Mais il n’y aura pas de sécurité pour les citoyens sans la bonne  gouvernance… »

Vincent Degert croit que les « politiques publiques orientées vers une bonne gouvernance » amènent au renforcement de la sécurité globale des citoyens, et ce sur les plans politique, économique et social.  Mais pour revenir au concept de la gouvernance caractérisée, entre autres, par une nécessité de la gestion avisée et rationnelle de l’État qui a pour devoir de satisfaire les besoins essentiels du peuple, l’ambassadeur, se voulant méthodique, a considéré différents aspects l’englobant.

En effet, au niveau politique, Vincent Degert souligne que toute bonne gouvernance politique se base sur des principes essentiels, que sont en premier lieu « le respect de la séparation et de l’équilibre des pouvoirs ». Or, en Haïti, observe l’ambassadeur, ce principe est mis de côté, en tenant compte, par exemple, de profondes immixtions  entre l’exécutif et le législatif. Cela compromet, pour lui, la capacité du législatif à exercer un contrôle véritable de l’action gouvernementale.

Toujours sur le plan politique, le diplomate pose le problème de « la décentralisation dans le pays ». « Faute de volonté, la non-mise en œuvre de la décentralisation conduit à exclure 60% de la population du pays concentrée dans les régions, avec des politiques publiques imposées du centre qui, avance Vincent Degert, se révèlent la plupart du temps inadaptées aux réalités locales et conduisent droit à l’échec, alors que ces populations oubliées continuent de s’appauvrir ».

Outre cet aspect, le diplomate européen aborde, devant l’assistance, la question de la « faible structuration des partis politiques » dans le pays. Même s’il est conscient de leur rôle fondamental dans la gouvernance, comme acteurs qui assurent l’interface entre la population et le gouvernement, Vincent Degert déclare que leur faiblesse engendre une « désarticulation observable de la dynamique politique qui devient, précise-t-il, davantage l’affaire d’individus mus par des intérêts particuliers que de structures organisées, porteuses d’une vision sérieuse ou d’un véritable projet de société ».

Par ailleurs, Vincent Degert n’a pas manqué de souligner la question de la « prolifération des gangs et surtout leur collusion avérée avec les structures de l’État ». Le responsable croit que cet état de fait conduit à une « perversion totale du système » où l’État semble de plus en plus abdiquer sa fonction régalienne, étant le garant de la vie de ses citoyens.  

S’agissant d’aborder la dimension économique de la bonne gouvernance, l’ambassadeur Vincent Degert évoque les notions de « transparence des prises de décision, qualité des processus budgétaires et des investissements publics, efficacité et équité dans la mobilisation des ressources, efficacité et équité des dépenses publiques, respect de la propriété fondée sur la suprématie du droit, responsabilité et transparence de la fonction publique, visibilité des réformes structurelles » qu’il considère comme des facteurs capables d’envoyer un signal positif et de restaurer la confiance dans le système économique et dans l’État. Le diplomate a rappelé que la confiance, touchant à la fiabilité du cadre juridique et légal, la stabilité politique et un cadre macroéconomique, avec des politiques budgétaires et financières contrôlées capables de générer de la croissance, constitue l’essence de (la sécurité de) l’économie.  

En ce qui concerne le social, le numéro un de l’Union européenne en Haïti explique que la gouvernance tend « vers la sécurité sociale de la population, garantie par un accès sans contrainte à des services de qualité en matière d’éducation, de santé ou encore de logement ». Elle doit s'articuler, d’après lui, avec une « politique sociale redistributive » allant dans le sens de l’inclusion de tous.

Le rôle de la société civile est fondamental…

Comme pour tout pays démocratique, la société civile joue un rôle crucial dans le fonctionnement de la société. Les organisations sociales doivent continuer à faire « entendre leur voix, à exiger des gouvernants qui rendent compte, à exiger de l’État la fourniture de services publics de qualité de manière digne à la population, à dénoncer les collusions que le diplomate Vincent Degert qualifie d’inacceptables. L’ambassadeur estime que les « universités, les médias, les organismes de droits humains, etc., doivent poursuivre cette action de veille, questionner quand c’est nécessaire, exiger sans cesse des comptes », car l’un des éléments pouvant aider à renverser la donne reste ce qu’il appelle « la conscience citoyenne », laquelle passe par l’éducation, la culture du civisme pour inculquer à la société et particulièrement aux jeunes générations les valeurs  de l’honnêteté et de respect des règles ».

Pour le diplomate européen, la bonne gouvernance implique le respect des règles, mais aussi l’application des sanctions. Cela étant, il revient à l’appareil judiciaire de jouer son rôle en toute honnêteté, indépendance  et sans parti pris.  

Worlgenson Noël Source Le Nouvelliste

Animateur (s)

Portrait de Anne Merline Eugene
La Mafia existe
1 année 5 mois ago
Portrait de Jacques Adler Jean Pierre
Agenda Culturel RTVC - 20 Avril 2017
2 années 6 mois ago