« Il faut à tous les échelons des pouvoirs et de la fonction publique des femmes et des hommes nouveaux », recommande l’Eglise catholique d’Haïti

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Conférence Episcopale et le Président Jovenel Moise

A quelques heures de la manifestation de dimanche et devant les appels répétés à la démission du président Jovenel Moïse, la conférence épiscopale d'Haïti regroupement de tous les évêques de l'Eglise catholique a pris position pour dénoncer, dans la foulée de la publication du rapport de la Cour des comptes sur la gestion des fonds PetroCaribe, « la source principale du mal qui ronge notre pays » qui « est l’amour excessif de l’argent ». Les évêques dénoncent aussi « la corruption généralisée » de même que « l’instabilité politique qui sévit en Haïti et les comportements indignes des politiciens (qui) sont sur le point d’inaugurer dans le pays “l’ère de l’ivresse assassine du sans-limite”. Sans citer le nom du président Jovenel Moïse, les pasteurs de l’Eglise catholique concluent leur intervention (qui) se veut citoyenne « en mettant les acteurs politiques devant leurs responsabilités ». « Nous les exhortons à réparer les injustices sociales, à se soumettre à la justice de leur pays si c’est le prix à payer pour reconstituer l’autorité morale de l’État et de ses dirigeants »…

« L’heure n’est pas au règlement de comptes, mais bien à la reddition de comptes. L’heure est au changement, un changement réel, radical. Pour répéter saint Jean Paul II, “Il faut que quelque chose change ici!” parce que le peuple haïtien en a assez de souffrir, de croupir dans la misère », le message de la Conférence des évêques d’Haïti publié ce samedi matin est sans équivoque. Alors que de plus en plus de voix s’élèvent pour exiger la démission du président République, indexé dans le dossier PetroCaribe, l’Eglise catholique monte au créneau pour dénoncer les effets catastrophiques de la corruption dans le pays et appeler à un changement.

« Notre regard de Pasteurs et de citoyens sur la réalité actuelle de notre pays nous a fait découvrir que la source principale du mal qui ronge notre pays, c’est l’amour excessif de l’argent », ont dit constaté les évêques. Ils soulignent que l’amour de l’argent change les valeurs de notre société, renverse les hiérarchies et en érige d’autres. « C’est l’occasion de nous rappeler le constat fait par saint Paul dans sa première lettre à Timothée: “L’amour de l’argent est la racine de tous les maux” (1 Tm 6, 10). Mais il ne suffit pas de le constater, il faut agir pour déraciner ce mal. »

« Nous déplorons une situation de corruption endémique. Nous avons lu avec attention et consternation les deux rapports d’audit publiés par la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif sur la gestion des projets financés par les fonds PETROCARIBE. Ceux-ci jettent une lumière crue et saisissante sur l’ampleur et la gravité déconcertantes du mal de la corruption dans ses divers mécanismes politiques et opérationnels. Notre pays traîne honteusement dans la corruption au plus haut niveau de la société. La corruption généralisée devient un mal endémique, une bourbe salissante, un fait dégradant, un vol organisé. Elle est devenue une véritable plaie sociale qui gangrène nos institutions, rend la politique malade, menace la démocratie et la paix sociale, et ainsi nuit gravement, tant d’un point de vue éthique qu’économique, au développement de notre pays », lit-on dans la prise de position des évêques haïtiens. 

La Conférence épiscopale déplore aussi « une situation socioéconomique catastrophique. Nous voulons aussi rappeler le rôle important de magistrat financier ou la fonction cruciale de surveillance que la CSCCA est appelée à jouer dans la lutte incessante contre le fléau de la corruption à travers, entre autres, l’exercice du contrôle strict de la gestion et des activités des Administrations publiques. Ce contrôle strict des dépenses devrait empêcher ou combattre la tentation, qui se répète chez ceux qui occupent des postes politiques ou administratifs dans notre pays, de gérer les fonds publics de manière non honnête et transparente, mais à des fins personnelles ou égoïstes et au détriment du bien commun. Le peuple haïtien s’attend à ce que ces deux rapports d’audit publiés par la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif (CSCCA) ne soient pas classés sans suite. Dans sa juste colère et sa furie face à ce vaste scandale de corruption qui atteint ou éclabousse les plus hauts sommets de l’État, il exige que le procès PETROCARIBE ait bel et bien lieu. Et pour cause! Car l’argent qui a été dilapidé de manière si éhontée, si scandaleuse, devait servir plutôt à l’amélioration de ses conditions de vie qui ne cessent de se dégrader chaque jour davantage. »

« Nous déplorons sans détour ce mal qui paralyse à la fois la stabilité politique et la vie socioéconomique en Haïti. Nous déplorons du même coup le fait que notre pays se trouve systématiquement appauvri par la déconcertante avarice de certains dirigeants rapaces et sans conscience qui ne tiennent pas compte de la situation de misère du peuple en détresse. De tels dirigeants n’aident pas à l’avancement ni au développement du pays. La population haïtienne subit fort regrettablement les conséquences néfastes de ces agissements dans un environnement de torpeur et de désordre polymorphe. Car l’instabilité politique qui sévit en Haïti et les comportements indignes des politiciens sont sur le point d’inaugurer dans le pays “l’ère de l’ivresse assassine du sans-limite”; et nous assistons - dans presque tous les secteurs de la vie nationale - à une sorte de violence protéiforme dont nul n’est à l’abri », a dénoncé l’Eglise catholique en Haïti.

Après ce diagnostics de la situation, les évêques estiment nécessaire qu’il y ait de la reddition des comptes. « L’heure n’est pas au règlement de comptes, mais bien à la reddition de comptes. L’heure est au changement, un changement réel, radical. Pour répéter saint Jean Paul II, “Il faut que quelque chose change ici!” parce que le peuple haïtien en a assez de souffrir, de croupir dans la misère », prêchent les prélats.

Les évêques demandent au peuple haïtien de distinguer ceux qui recherchent vraiment son bien. « Pour que les choses changent, il faut à tous les échelons des pouvoirs et de la fonction publique des femmes et des hommes nouveaux par leur mentalité, leur conscience professionnelle et leur compétence. Voilà pourquoi notre intervention se veut citoyenne en mettant les acteurs politiques devant leurs responsabilités. Nous les exhortons à réparer les injustices sociales, à se soumettre à la justice de leur pays si c’est le prix à payer pour reconstituer l’autorité morale de l’État et de ses dirigeants », conclut la CEH dans son message.

Robenson Geffrard source Le Nouvelliste

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