Haïti brigue un mandat au Conseil de sécurité de l’ONU

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Edmond Bocchit - Chancelier Haitien

La République d'Haïti a officiellement déposé sa candidature pour devenir un membre non permanent du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies avec à la clé un mandat de deux ans. Les élections auront lieu en juin 2034. La candidature haïtienne est donc officielle pour le terme 2035-2036, a confirmé pour la rédaction du journal Le Nouvelliste la Mission permanente d’Haïti auprès des Nations unies.

Cette annonce exprimant l’intention d'Haïti de siéger au Conseil de sécurité des Nations Unies pour un siège non permanent coïncide avec la nouvelle de l’élection de la République dominicaine audit Conseil pour un mandat de deux ans qui a débuté le 1er janvier dernier. De plus, la république voisine préside cet organe pendant tout le mois de janvier. Un grand coup pour la diplomatie dominicaine qui va profiter de sa présidence pour mettre l’accent sur les impacts sur la paix et la sécurité causés par les catastrophes naturelles ou la dégradation de l'environnement.

Alors que les candidats se bousculent au portillon pour briguer des sièges de membres non permanents au Conseil de sécurité, la République d'Haïti est restée globalement à l'écart des travaux de cette instance de décision suprême qui, à sa manière, joue le rôle de gendarme du monde. « La non-participation d'Haïti, à titre de membre, aux travaux du Conseil de sécurité est une anomalie », constate un rapport de l’ambassadeur Denis Régis, représentant permanent d’Haïti auprès des Nations unies, adressé en juillet 2017 au ministre des Affaires étrangères d’alors, Antonio Rodrigue, recommandant une éventuelle candidature d'Haïti au Conseil de sécurité.

« Bien que membre fondateur des Nations unies, la République d'Haïti fait partie de la soixantaine d'Etats membres, qui en plus de 70 ans d'histoire de l'Organisation, n'ont jamais siégé au Conseil de sécurité. Elle figure au nombre des dix pays de la CARICOM à n'en avoir jamais fait partie. Et, avec le Salvador, elle est le seul des 20 « membres originaires » d'Amérique latine à n'avoir jamais été admis à siéger au sein de cet organe suprême de décision de l'ONU », a écrit l’ambassadeur Régis pour qui cette longue absence d'Haïti à cette instance de décision traduit incontestablement une faiblesse structurelle de la diplomatie haïtienne.

« La cause principale semble résider dans l'attitude « défensive » qui a longtemps caractérisé la politique extérieure d'Haïti. A la base de cet état de choses se trouvent, d'une part, l’«isolement » relatif dans lequel le pays a souvent été confiné au cours des décennies 1960-1990 en raison de l'image de marque désastreuse des régimes politiques successifs, et, d'autre part, l'instabilité politique et institutionnelle chronique des deux décennies subséquentes, marquées, entre autres, par une présence, à plusieurs reprises, de forces internationales, mandatées par le Conseil de sécurité, sur le territoire », a-t-il expliqué par la suite.

Pour le représentant permanent d’Haïti auprès des Nations unies, « une élection comme membre du Conseil de sécurité refléterait la « normalisation » de la politique extérieure d'Haïti, consacrant du même coup la capacité du pays à entrer dans ce club sélect, à l'écart duquel il a été tenu, par la force des circonstances, pendant plus de sept décennies ». En effet, l’ambassadeur Denis Régis considère que le positionnement international d'Haïti a changé depuis l'avènement de l’actuelle administration.

« Avec la stabilité institutionnelle retrouvée, illustrée par le retrait de la MINUSTAH et la création de la MINUJUSTH, l'action internationale d'Haïti peut se déployer sur un mode plus ouvert, axé sur l' « offensive », en s'appuyant sur la crédibilité associée à la consolidation de la démocratie et de l'Etat de droit », a souligné le diplomate haïtien. Joint au téléphone le weekend écoulé, Denis Régis a confirmé avoir fait part de vive voix au président Jovenel Moïse en septembre 2017, lors de sa première venue aux Nations Unies, de l’intérêt d’Haïti à poser sa candidature pour un siège de membre du Conseil de sécurité de l'Organisation des Nations unies. « Le président de la République n'y a pas vu d'objection », a confié l’ambassadeur.

Outre un siège au Conseil de sécurité, Denis Régis estime dans son rapport qu’Haïti gagnerait à manifester clairement son intérêt et à faire acte de candidature le plus tôt possible auprès de certains groupes régionaux comme le Groupe des Etats de l'Amérique latine et des Caraïbes (GRULAC). La République dominicaine, candidate unique du GRULAC, était d'ores et déjà assurée de remporter son élection car le Groupe n'avait pas exprimé d'objection à sa candidature datant d'une dizaine d'années.

« Il est donc recommandé, si le gouvernement de la République n'y voit pas d'inconvénient, qu'Haïti prenne les devants et saisisse l'occasion qui se présente en faisant dès maintenant acte officiel de candidature, afin d'éviter de se faire damer le pion par un Etat tiers du GRULAC », a ainsi recommandé l’ambassadeur Régis aux autorités haïtiennes, les invitant du même coup à prendre exemple sur la République dominicaine qui, à l'issue du vote du 8 juin à l'Assemblée générale au cours duquel elle a bénéficié le soutien de toute la région, occupe l'un des sièges réservés à l'Amérique latine et aux Caraïbes.

Les autres questions prioritaires sur lesquelles la République dominicaine prêterait attention au cours de son mandat au Conseil de sécurité sont la cybersécurité, la prolifération et l'utilisation illicite des armes légères.

Patrick ST PRE source Le Nouvelliste

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