Gourde en chute libre : Jean Baden Dubois durcit le ton, appelle à un « consensus politique »…

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Jean Baden Dubois Gouverneur de la BRH

L’incertitude liée à la crise politique favorise des anticipations et accélère la chute de la gourde. Mais il n’y pas que ça. Le gouverneur de la BRH, en point de presse, a durcit le ton en évoquant le « marché noir » et un « glissement », au niveau du marché des changes, du formel vers l’informel. Son diagnostic, son appel à un « consensus politique » sont survenus quelques heures après l’échec d’une troisième tentative pour doter le pays d’un gouvernement…

Jeudi 30 mai 2019. De l’étreinte du ciel avec de gros nuages gris s’échappent de fines gouttelettes de pluie. Au Bicentenaire, à Port-au-Prince, l’avenir immédiat se joue. En scène, au petit matin, quatre sénateurs de l’opposition, d’indécrottables adversaires du président Jovenel Moïse sont comme chevauchés par un « lwa brize ». Pour empêcher la troisième séance de ratification de la politique générale du Premier ministre Jean Michel Lapin dont le cabinet regroupe d’anciens ministres du gouvernement censuré de Jean-Henry Céant, notamment le controversé ministre de la Justice, Jean Roody Aly, ces sénateurs ont débarrassé la salle de séance de son mobilier. Les images, très vite, ont envahi les réseaux sociaux. Dehors, entre forces de l’ordre et manifestants de l’opposition, le face-à-face, tendu, laisse place à des échauffourées. Le pays n’a toujours pas de gouvernement, deux mois et neuf jours après le « knock out » de Céant à l’instigation d’une majorité de députés ayant fait allégeance au président Jovenel Moïse.

 À la BRH…

À une vingtaine de secondes à vol d’oiseau du Parlement, peu après 10 heures a.m.,  le gouverneur de la banque centrale, Jean Baden Dubois, entre en scène, en point de presse, à la BRH pour faire plus qu’appeler les acteurs politiques à un « compromis » face à l’impact dévastateur de la crise sur le tourisme, les exportations et autres pourvoyeurs de devises, à un nécessaire sursaut pour mettre la « croissance économique au centre » de leurs actions à un moment où la dépréciation de la gourde « s’accélère de plus en plus » ces six derniers mois et que l’inflation à atteint 17,6 % en avril.

Marché des changes, glissement vers l’informel…

Sur un ton parfois grave, Jean Baden Dubois a partagé son constat du glissement du formel vers l’informel au niveau du marché des changes dont les conséquences redoutables et annoncé un train de mesures administratives, réglementaires, monétaires et incitatives pour encourager la croissance. « Il faut souligner que nous avons remarqué de plus en plus un glissement qui se fait du secteur formel vers le secteur informel. Surtout au niveau du marché des changes. C’est ce qu’on appelle une désintermédiation, le délaissement du système bancaire, le formel pour aller au dehors », a-t-il affirmé. « Au dehors, il y a risque de marché noir », a indiqué le gouverneur Jean Baden Dubois. « Je dois vous dire que, sous aucun prétexte, la BRH ne laissera pas cela se produire », a-t-il assuré en égrenant les dispositions d’avis, de circulaires pour rappeler les exigences administratives, légales, pour renforcer le contrôle des banques, des caisses d’épargne et des maisons de transfert.

La BRH maintient sa position de cambiste, fait la police pour éviter le blanchiment

La position de cambiste de la BRH est maintenue. « Les devises achetées par une banque doivent être vendues le même jour. Si ce n’est pas le cas, la différence sera prise au taux le plus bas par la BRH pour être remise dans le système au taux le plus bas aux institutions pratiquant une moyenne de spread le plus bas », a indiqué le gouverneur de la banque centrale. « Nous allons certainement renforcer la surveillance au niveau des opérateurs non régulés par la BRH en utilisant les opérateurs qui sont régulés par la BRH de façon à ce que tous le monde entre dans les dispositions légales », a expliqué Jean Baden Dubois, qui brandit la loi sur le blanchiment et l’avis aux banques et aux caisses d’épargne et de crédit, rappelant l’obligation de « s’assurer que toutes les opérations effectuées par les clients sont conformes au profil de risque de ces derniers » et de faire une « déclaration de soupçons à l’Unité centrale de renseignements financiers (UCREF) quand la banque, dans son devoir de vigilance, détecte « les anomalies susceptibles de les exposer aux risques « réputationels », « opérationnels » et « juridiques ».

 « Conformément aux lois et règlements en vigueur, la BRH appliquera des sanctions administratives notamment à l’encontre de tout établissement bancaire qui aura permis à des clients d’effectuer des opérations ne correspondant pas à leur profil de risque », stipule cet avis.

La BRH sur les talons des maisons de transfert

Pour « éviter des abus » faits aux petits receveurs de transfert et avoir des informations sur la provenance de leurs gourdes en vue d’éviter la contamination du système, le gouverneur de la BRH a dénoncé des maisons de transfert qui achètent les devises à n’importe quel taux. Les maisons de transfert ne sont pas des agents de change. Quand le receveur accepte de recevoir le transfert en gourdes il faut qu’il reçoive une fiche qui indique le montant, le taux appliqué. Une nouvelle circulaire de la BRH va contrôler et exiger que le taux appliqué par la maison de transfert soit celui de la banque à laquelle elle est affiliée, a indiqué Jean Baden Dubois, dénonçant que l’argent du petit receveur est pris avec n’importe quel taux et que des gens font « marché noir ».

« Nous exigeons que les banques fassent le contrôle,que l’agent de transfert dans les points reculés ne font pas d'abus », a-t-il souligné « Une maison de transfert n’est pas un agent de change parce qu’elle n’a pas la licence pour faire le change », a poursuivi Jean Baden Dubois.

D’un avis assorti de sanction à un autre, Jean Baden Dubois enfile l’habit de l’épouvantail. Le gouverneur Jean Baden Dubois est revenu sur un second avis, signé avec le ministère de l’Économie et des Finances, rappelant à tous les agents économiques « que les transactions de devises doivent se faire en conformité aux mesures réglementaires de la BRH et du MEF ». Le non-respect de ces mesures est sanctionné par le refus de délivrance du permis d’exportation, si c’est un exportateur et du retrait d’autorisation de fonctionnement si c’est une autre entreprise en plus des autres sanctions prévues par la loi, a brandi Jean Baden Dubois, qui annonce une hausse des taux d’intérêt des bons BRH susceptible d’impacter l’augmentation du crédit privé octroyé par les banques commerciales.

Augmentation des taux d’intérêt bons BRH, du plomb dans l’aile du crédit privé…

En réunion politique monétaire et après analyse, « nous avons décidé d’augmenter le taux d’intérêt sur les bons BRH. Pour les bons à 91 jours à 22 %, 28 jours à 14 %, 5 jours à 10 % », a informé le gouverneur de la BRH, Jean Baden Dubois. « C’est vrai que cela va affecter le crédit dans le système. Nous le savons », a-t-il ajouté, soulignant que des précautions ont été prises. « Nous avons pris des précautions pour que le crédit ne devienne pas plus cher pour les gens du secteur productif », a assuré Jean Baden Dubois, qui tance au passage ceux qui prêtent en gourdes, achètent des dollars pour s’adonner à la spéculation. Il a rappelé que les programmes de la BRH pour impulser la croissance dans l’agriculture, le tourisme entre autres sont ouverts à tous les entrepreneurs.

Rien sans stabilité politique…

Pour le gouverneur de la BRH, la stabilité politique est indispensable à l’atteinte des objectifs de croissance dans l’économie haïtienne. Pour que l’Haïtien cesse de regarder le passé dans le rétroviseur de la nostalgie et l’avenir avec angoisse à cause de l’enlisement du pays dans la pauvreté, a soutenu Jean Baden Dubois dans cette salle de conférence d’où on ne pouvait pas entendre les coups de feu tirés depuis le Parlement haïtien, situé à un jet de pierre de La Saline et d’autres quartiers du centre-ville de Port-au-Prince, poumon économique du pays contrôlé par les gangs armés au grand dam d’innombrables agents économiques.

Roberson Alphonse  source Le Nouvelliste

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