Frôler la mort le jour de son anniversaire et autres cauchemars à Martissant

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Parmi les 535 cas de mort violente recensés entre janvier et septembre 2018, 415 décès par balle ont été dénombrés. 60 % des 415 victimes sont issus de la commune de Port-au-Prince, des quartiers chauds comme Martissant, les cités de Dieu, de l’Eternel, Decayette, Portail Léogâne, selon la commission Justice et Paix. Il y a aussi ces blessés que l’on ne compte pas, issus des fusillades que l’on ne compte plus dans les quartiers sud de Port-au-Prince, contrôlés par des bandits qui mettent l’Etat à genoux…

Au milieu d’autres patients fraîchement opérés à la chirurgie de l’HUEH, il y a deux survivants d’une énième fusillade à Martissant. L’un d’eux, Daphney Denis, 24 ans, n’imaginait pas qu’elle allait frôler la mort le jour de son anniversaire. Rien, même dans ses pires cauchemars, ne laisserait présager qu’elle se retrouverait au bloc opératoire. «J’habite à Fontamara 29. Je me suis arrêtée en chemin, à la station d'essence de Martissant pour acheter de quoi manger pour ma fête avant d’aller chercher une amie habitant à Delmas 19 que je devais rencontrer à Portail Léogâne», a-t-elle confié au journal, la respiration saccadée, mardi 18 septembre 2018, peu après 13 heures.

La jeune femme indique n’avoir pas vu les tireurs qui ont blessé sept autres personnes, transportées en catastrophe à l’hôpital. Le même soir, à quelques encablures de Martissant, à Portail Léogâne, Titus Amose, a rejoint la longue liste de ces victimes de fusillades qu’on ne compte pas. L’homme, incapable de parler, a été atteint de deux balles, l’une au bras et l’autre au niveau de l’abdomen, a expliqué une cousine.

Opéré pendant le week-end, la plaie dans l’intestin s’est rouverte. Il va être opéré une nouvelle fois, a-t-elle poursuivi. Le directeur médical et chef de la chirurgie, le Dr Télémaque Louis Franck, a indiqué au journal que plusieurs personnes blessées par balle à Portail Léogâne ont été opérées. Il y a un patient avec une plaie à la face, un autre avec des blessures pariétales et deux autres atteintes au niveau du thorax et de l’abdomen. «Ils sont hors de danger», a assuré le médecin, qui a recommandé au journal d’écrire de manière formelle afin d’obtenir des informations, si le ministère de la Santé publique l’autorise, des statistiques sur le nombre de plaies par balle ces derniers mois.

 

Pour le moment, rien n’indique que la fin du calvaire est proche pour les habitants de Martissant, des cités de Dieu, Plus, l’Eternel et pour les usagers de la route nationale numéro 2 qui relie la capitale, Port-au-Prince, à quatre départements du grand Sud et d’autres communes du département de l’Ouest.

Presque à l’angle du boulevard Harry Truman et la rue Louis Joseph Janvier, un automobiliste dont le véhicule est tombé en panne s’inquiète. Il s’empresse, avec un mécanicien, de réparer son pick-up. «Il pleuvait des balles il y a quelques minutes, cela peut recommencer à n’importe quel moment», panique-t-il. Cette artère, coutumière des bouchons, est clairsemée. Il n’y a ni blindé léger ni homme en faction en face de l’entrée de Cité Plus. Seule une patrouille du sous-commissariat de Portail Léogane était visible. Plus au nord, vers le rond-point, non loin de la Primature, trois policiers armés de fusil effectuaient un contrôle sur des véhicules. «Les points chauds ne sont pas tenus.

Durant la journée, il faut être courageux pour s’aventurer dans la zone du théâtre national. Utiliser cette voie à la nuit tombée relève de la pure folie. A n’importe quel moment on peut être atteint d'une balle», s’insurge une résidente de Martissant, remontée face aux actions des bandits. «Ils agissent en toute quiétude. Récemment, Arnel, soi-disant recherché par la police, a procédé à l’installation d’un de ses lieutenants à Martissant», a expliqué cette femme qui dit voir au quotidien des gamins de dix ans, des hommes dans la trentaine circuler en plein jour avec des armes de guerre. Le cocktail, a appris le journal, est explosif. La lutte pour contrôler des territoires pour des raisons économiques, les vieilles rivalités ne risquent pas de s’estomper du jour au lendemain. Chrisla, chef de gang, contrôle Tibwa, affronte ceux de Grand-Ravine qui sont sans foi ni loi. Les bandits de Grand-Ravine volent, pillent les résidents de Martissant, a expliqué une autre source.

Entre-temps, les informations sur le nombre de victimes de violence de la commission Justice et Paix glacent le sang. Entre janvier et septembre (en cours), 535 cas de mort violente ont été recensés dont 415 par balle. Soixante pour cent de ces tués par balle viennent de la commune de Port-au-Prince, des quartiers comme Martissant, les cités de Dieu, de l’Eternel, Decayette, Portail Léogâne, a confié au journal Me Rovelsond Appollon, coordonnateur national d’observation à la CJILAP. «La situation dans les quartiers situés à l’entrée sud de la capitale est écœurante et illustre dans une certaine mesure l’effondrement de l’Etat», a-t-il pesté, estimant qu’il est «inconcevable» que les autorités aient laissé se détériorer ainsi la situation. Le palais national n’est pas loin, les responsables des pouvoirs ne peuvent pas prétendre qu’ils ne savent pas ce qui se passe, a poursuivi Me Revelsond Appollon. Pour ce responsable de la CJILAP, la « situation dépasse la police ». La répression ne peut pas résoudre ce problème qui a des racines plongées dans la misère et les multiples défaillances de l’Etat. Entre-temps, des sans nom continuent de mourir, d’être blessés par balle à deux minutes en voiture du bureau du Premier ministre, du siège du Parlement, des bâtiments de la Banque centrale et du palais national…

Roberson Alphonse source Le Nouvelliste

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