Entre manœuvres politiques et craintes d’un nouveau « peyi lòk »…

Publié
2 semaines ago
Dernière mise à jour
2 semaines ago
7426 views
Time to
read
3’

Rue de Port-au-Prince 7 Juin 2019

Dans l'attente de la manifestation de dimanche, l'actualité a été marquée par la diffusion d'une vidéo d'une conférence de presse du chef de gang Arnel Joseph, la publication d'un reportage de Associated Press dans le Washington Post sur « Barbecue », ancien policier devenu leader ou bandit et les déclarations du secrétaire général du Conseil des ministres Rénald Lubérice, pour indiquer la porte au premier ministre nommé Jean Michel Lapin dans l’espoir de sauver Jovenel Moïse. Entre-temps, à Port-au-Prince et ailleurs, les bouchons, les premières barricades, la ruée sur les grandes surfaces sont autant d’anticipations d’un nouveau « peyi lòk ».

Ce vendredi, presque quarante-huit heures avant les manifestations annoncées ce dimanche à Port-au-Prince et dans plusieurs villes de province pour forcer le président Jovenel Moïse à démissionner et à se mettre à la disposition de la justice, le secrétaire général du Conseil de ministres, Rénald Lubérice, a fait le tour des matinales avec un objectif : montrer la sortie au Premier ministre Jean Michel Lapin, obligé de tirer les conséquences après plusieurs tentatives infructueuses de ratification de la politique générale du nouveau gouvernement.

Le départ de Lapin peut « libérer » le président Moïse et lui permettre de trouver un accord politique pour monter un nouveau gouvernement afin de faire face aux problèmes auxquels le pays est confronté, a-t-il précisé. Sans convaincre, Rénald Lubérice, a soutenu qu’il exprime une « position personnelle »  et que son appel n’est aucunement l’expression de la panique au sein du régime. Sur Vision 2000 Rénald Lubérice, opposé à la démission de Jovenel Moïse, a brandi la carte de la peur.

La démission du président, souhaitée par des gens qui ne l’ont jamais aimé ni supporté, « aggravera la situation au lieu de la résoudre ». L’instabilité politique se renforcera et les problèmes du pays s’aggraveront. C’est un mauvais signal, a fait savoir Rénald Lubérice qui a dédouané le président dans l’aggravation de la situation socioéconomique du pays ces deux dernières années. Il a évoqué des « mauvais choix » faits il y a quarante ans et récemment quant des politiciens ont poussé le peuple à la révolte après l’ajustement des prix des produits pétroliers les 6, et 7 juillet 2018. Cela a creusé le déficit budgétaire. Il n’a reconnu aucune responsabilité dans la manière de faire du gouvernement de Jack Guy Lafontant.

Rénald Lubérice n’a rien dit de la « dédollarisation » qui a accéléré la décote de la gourde depuis le 1er mars 2018.  Le secrétaire général du Conseil des ministres n’a pas non plus évoqué la manœuvre politique risquée du président qui a débarqué le Premier ministre Jean-Henry Céant ni l’obstination du président à garder le ministre de la Justice, Jean Roody Aly, au sein du cabinet dont le départ est réclamé par Jean Rénald Lubérice.

Loin d’accorder une quelconque importance à la demande de démission de Jean-Michel Lapin, Himmler Rébu, leader du Greh, a souligné que ce n’est pas Jean-Michel Lapin le problème mais Jovenel Moïse qui, en plus de ses casseroles, devrait s’inquiéter de l’implication de sa femme, la première dame, dans le dossier Dermalog. Pour Rébu, il faut un départ ordonné du président Moïse.

Le sénateur Nnèl Cassy, membre du groupe des 4, a indiqué que la cible n’est pas Lapin mais Jovenel Moïse. Il ne jure que par la mobilisation.

Vélina Charlier, petrochallenger, membre de « Nou pap dòmi », interrogé par le journal, a rejeté d’un revers de main l’idée d’un nouveau gouvernement. Elle impute l’appel au départ de Lapin à des manœuvres de la « mafia » pour avoir de nouveaux pions dans le gouvernement afin de nuire à l’avancement du dossier PetroCaribe. La petrochallanger met le cap sur la mobilisation pour obtenir la démission de Jovenel Moïse et le procès des dilapidateurs des fonds PetroCaribe.

Pour ce qui est des manifestations - supportées par plusieurs syndicats dont des syndicats d’enseignants-  des résidents de la zone métropolitaine étaient en mode anticipation. À côté des bouchons de circulation, de quelques points où des barricades de pneus enflammés étaient érigées, des grandes surfaces ont bénéficié d'une affluence certaine, comme si l’on anticipait un autre « peyi lòk ».

Pour ne rien arranger, c’est sur les réseaux, vendredi, que le chef de gang Arnel Joseph a été vu. Encagoulé, flanqué d’au moins une demi-douzaine de lieutenants armés de fusils d’assaut, le chef de gang, censé être l’homme  le plus recherché par la police, s’est exprimé sur sa présence à Port-au-Prince. À le croire, il était là presque par hasard. Il a également nié entretenir des rapports étroits avec le sénateur Gracia Delva. D’un chef de gang à l’autre, c’est Associated Press qui, en immersion, a fait un papier sur Jimmy Chérizier, l’homme fort de bas Delmas indexé dans au moins deux massacres, l’un à La Saline et l’autre à Tokyo. À l’extérieur de Port-au-Prince, dans le Plateau central, des barricades ont été érigées et les mouvements de population contrariés. Pour rassurer, le secrétaire d’État à la Communication, Eddy Jackson Alexis, a confié que la police a reçu des instructions pour garantir la sécurité des manifestants et celle des citoyens et citoyennes voulant vaquer à leurs occupations.

Roberson Alphonse source Le Nouvelliste

Animateur (s)

Portrait de Anne Merline Eugene
La Mafia existe
1 année 1 mois ago
Portrait de Jacques Adler Jean Pierre
Agenda Culturel RTVC - 20 Avril 2017
2 années 2 mois ago