Détournements de camions de marchandises, des commerçants aux abois, d'autres plient bagage

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Le détournement des camions de marchandises devient monnaie courante un peu partout sur les principales artères du pays. Le journal ne dispose pas de données exactes sur le nombre de détournements réalisés au cours des six derniers mois à la sortie sud de la capitale et dans le Bas-Artibonite, mais il n’y a pas un jour sans qu’il y ait un cas ou une tentative déjouée par la PNH. Les bandits trompent très souvent la vigilance des agents de l’ordre. Les commerçants du grand Sud et les distributeurs de la capitale sont les principales victimes de cette situation. À bout de souffle et ne sachant à quel saint se vouer, certains d’entre eux sont obligés de plier bagage.

Les actions des bandits armés au niveau du Bicentenaire, de Martissant et de l’Artibonite combinées à des réponses non proportionnelles des autorités policières découragent de plus en plus les commerçants du pays. Plusieurs dizaines de camions et containers chargés de marchandises de toutes sortes ont été dépouillés et certains chauffeurs séquestrés. Un chauffeur de la Brasserie La Couronne a même été tué. Petits et grands commerçants s’essoufflent. Ils affirment ne pas pouvoir continuer dans une telle situation. Les supermarchés, les bazars, les dépôts, les autoparts, le secteur de la production, les brasseries, aucun n’a été épargné. Face à l’inaction des autorités du pays, certains entrepreneurs décident de licencier l’ensemble de leurs employés et de quitter le pays.

Cette situation innommable fait des dizaines de victimes dans les rangs du secteur des affaires. Deka Group, Pacific sports, les Brasseries nationales et la Couronne, Jean-Paul Plaza de Fond-des-Nègres, Tiz Marcket de Miragoâne, Adonaï Auto-Parts des Cayes, Guy dépôt des Cayes, Eno Bazar, Mr Durand, Biznis Kris la sont parmi les propriétaires de camions détournés par les bandits dans l’aire sud de la capitale haïtienne sous les regards complices de certaines autorités à tous les niveaux de l’État.   

Ces entreprises deviennent la vache à lait des bandits. Le vol et la séquestration n’ont jamais été aussi courants dans le pays. Dans la foulée, DEKA Group est considéré comme l’une des principales victimes. Selon une source du journal, le gang d’Arnel Joseph qui opère dans le Bas-Artibonite a déjà détourné treize camions et containers de cette institution. Les marchandises volées totalisent  la bagatelle de 325 000 dollars américains, de l’avis d’un responsable du groupe. Afin de contourner  en partie ces difficultés, cette compagnie, comme c’est le cas de plusieurs autres, est obligée de louer les services des back-up d'agents de sécurité.

Le problème des gangs demeure malgré tout. Il faut plus qu’un back-up de police ou des agents de sécurité pour intimider les gangs qui s'emparent d’une part de plus en plus considérable du territoire. Si les premiers cas ont été recensés sur la route nationale # 1,notamment au niveau de l’Artibonite, ce phénomène allait au fur et à mesure prendre de l’ampleur.  La solution la plus sensée, de l’avis d’un fournisseur, est de passer par la mer pour atteindre le Nord.

Un container de produits finis destinés à l’exportation appartenant à Pacific Sports a été détourné au boulevard Toussaint Louverture, communément appelé route de l’aéroport. Ce qui signifie qu’aucun secteur de la vie nationale n’est épargné.  Les brasseries du pays peuvent en témoigner. L’un des principaux représentants de ce secteur a été victime de telles barbaries à cinq reprises, causant la perte de marchandises équivalant à environ 50 000 dollars américains. Quant à la Brasserie la Couronne, les séquelles sont encore béantes. Cette institution n’a pas seulement été victime de détournements de marchandises. Un chauffeur a été assassiné au boulevard Harry Truman non loin du Village-de-Dieu, base du puissant chef de gang récemment arrêté par la police.  Il faut noter également la détention de l’un de ces camions dont le coût  est estimé à 100 000 dollars américains.

Ainsi, on n’est en sécurité nulle part sur les routes haïtiennes. Le cabotage, si l’on en croit un fournisseur,  est très risqué et plus coûteux. « Pour l’envoi d’un container de 40 pieds dans le Nord, il faut 1 250 dollars américains », confie le responsable qui requiert l’anonymat. Dans une telle situation, le responsable de l’une des brasseries affirme être obligé de faire l’impasse temporairement sur le Nord. Le centre de distribution du Sud, soutient-il, est aussi fermé. Ce qui occasionne une hausse des prix de ces produits dans cette zone.

Contacté par le journal, le responsable d’une autre brasserie du pays affirme qu’il est très difficile de passer par la Saline et Martissant, mais on ne détourne plus ses camions. Sa dernière perte, affirme-t-il, remonte à mai dernier du côté des Gonaïves. Toutefois, atteindre les deux bouts du pays demeure difficile. Très souvent, partout dans le pays, lors des mouvements de contestation, ces camions sont utilisés par les protestataires pour bloquer les routes. Le responsable déplore les deux derniers cas perpétrés le 5 août et ce jeudi, respectivement à l’Arcahaie et à Petit-Goâve où les chauffeurs ont dû attendre plus de six heures avant la remise des clés des camions. Dans ce cas, l’impact de ce phénomène commence à se faire sentir également au niveau des consommateurs et des salariés. Le responsable en question affirme une baisse des chiffres d’affaires avoisinant les 70%.  

Pour le grand Sud, il n’y a pas vraiment de transport maritime. Et la sortie sud de la capitale constitue un véritable casse-tête pour les commerçants qui s’approvisionnement dans l’aire métropolitaine de Port-au-Prince. Le plus dur est que tout indique que le calvaire va perdurer. Le responsable de Jean-Paul Plaza de Fond-des-Nègres affirme que l’un de ses containers a été détournés lundi dernier au Bicentenaire, tandis que, depuis environ une semaine, les autorités policières parlent d’une présence soutenue dans cette partie du pays.

« Cet engin contenait du ciment pour une valeur de 5 800 dollars américains », fait-il savoir, ajoutant que son chauffeur a été séquestré et libéré contre une rançon de 250 000 gourdes. Une situation qui n’est pas différente de celle Tiz market de Miragoâne, il y a quelques mois. Selon le propriétaire de cette entreprise, Osny Pierre, le 3 mai dernier, l’un de ces containers contenant des produits équivalant à 72 000 dollars américains a été intercepté dans cette zone. Le chauffeur a été libéré contre une rançon de 150 000 gourdes. Ce qu’il considère comme la dernière goutte d’eau qui fait déverser la vase. Tandis que les travaux d’agrandissement de son complexe se trouvent dans une phase assez avancée, l’entrepreneur décide de tout abandonner, ou du moins pour le moment, car, il y a six ans de cela, on a incendié l’un de ses camions-citernes rempli d’essence du côté de Grand-Goâve.

Aujourd’hui, le pays, plus  que jamais, est en train de chasser les entrepreneurs et d'envoyer un message négatif aux potentiels investisseurs. La bulle des revendications de ces deux hommes susmentionnés ne cesse de gonfler. Le propriétaire de Jean-Paul Plaza, en plus de cette entreprise disposant de plusieurs services, dont un restaurant, une pompe à essence, possède dix-sept camions et emploient 17 chauffeurs, la même quantité d'aide-chauffeurs, et de mécaniciens. À cause de la conjoncture actuelle, une rencontre est prévue ce vendredi avec tous ses employés afin de discuter de la fermeture de ces entreprises et du licenciement provisoire de ces employés. Il prévoit de quitter le pays durant les six prochains mois avant de prendre une décision définitive.

Le plus aberrant dans tout ça, c'est que ces bandits fonctionnent en toute liberté. Ils défient constamment les agents de l’ordre. Rien n’augure de bon. Un responsable du Rassemblement des commerçants du Sud (RCS), Ferguthon Calixte, parle d’une dizaine d’entreprises dans le département du Sud dont les containers ont été interceptés par des bandits, précisant que deux containers de riz équivalant à plus de 66 000 dollars américains ont été détournés à Martissant.  

Face à de telles dérives, les commerçants, grands et moyens, demandent aux autorités gouvernementales de prendre les mesures qui s’imposent afin d’enrayer ce mal. Le commissaire du gouvernement près le tribunal de première instance de Port-au-Prince, Paul Éronce Villard, contacté par le journal, affirme qu’il s’abstient de donner des informations pour le moment, car, soutient-il, la police est en train d’agir et il ne veut pas compromettre l’enquête de la police.  

Jose Fletcher source Le Nouvelliste

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