Cité Soleil, ce triste enfer

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Des enfants jouant à Cité Soleil

Comme tant d’autres communes vulnérables et bidonvillisées du pays, telles Martissant et autres, Cité Soleil vit son quotidien dans l’opacité totale et la misère la plus abjecte depuis et toujours. Ne sachant à quel saint s’adresser, les riverains de cette commune attendent encore et toujours en vain les bars secourables de l’État pour la sortir de sa tanière et de la crasse, constate  Haiti Press Network..

À l’instar de bien d’autres âmes sensibles, notre passage, le samedi 23 septembre 2017, dans la commune de Cité Soleil, ce bidonville tristement célèbre et surpeuplé, situé au nord de la capitale haïtienne, n’a pas manqué de piquer notre curiosité professionnelle. Nous avons été auprès de quelques habitants qui ne vivent depuis de nombreuses années que des jours sombres et incertains.

« Nous ne sommes malheureusement pas considérés comme des humains par les dirigeants qui se sont succédé dans ce pays. Nous vivons ici dans une situation socioéconomique et sécuritaire pire que des chiens sauvages errants », nous déclare Mme Martel, mère de cinq enfants privés de tout, y compris l’école.

Si les armes ont quelque peu, cessé de résonner dans la précarité de Cité Soleil depuis un certain temps, cette commune flanquée dans le voisinage du littorale, lutte quotidiennement entre la détresse économique, le désespoir et la résistance humaine. Ceux qui pataugent dans la pauvreté extrême sont trop nombreux dans cette banlieue, constatons-nous.

Abdias Jean-Baptiste, un autre riverain qui vit depuis 37 ans dans cette commune de la région métropolitaine de Port-au-Prince nous a ainsi parlé : « ici c’est toujours l’enfer. Quoique le climat de violence et de terreur qui a fait couler les larmes aux yeux des familles ait connu une certaine accalmie ces derniers temps, mais la misère noire ne cesse d’épier la population. Nous ne savons à qui s’adresser. Nous n’avons pas d’emploi. Nous vivons dans la crasse et les dirigeants nous tournent le dos », laisse entendre Abdias, un personnage un peu édenté de 64 ans.

Pour Judith aussi, une étudiante en informatique bureautique depuis déjà plusieurs mois, cette atmosphère de tension conjuguée depuis des mois un peu au passé dans la Cité, puise sa source dans la vulnérabilité socioéconomique de la communauté et les conditions d’existence déshumanisantes et infrahumaines des plus petits aux plus grands.

« Les scènes de violence entre groupes armés rivaux qu’on observait ici est l’effet de la misère noire qui ne cesse d’irriter une population désœuvrée ne sachant à quel saint se vouer pour trouver à manger et à boire. Tout ça, sous les yeux complices et irresponsables des autorités républicaines. Hélas ! », baragouine la jeune femme d’une voix grelottante et nasillarde.

Hormis cette misère extrême que n’importe quel visiteur peut rapidement lire sur le visage des riverains, l’on peut avouer que Cité Soleil est apparemment libre de circulation, contrairement au début des années 2000 où elle était considérée comme une zone de non droit, à cause des actes de banditisme et de violence à redondance qui y régnaient et se multipliaient d’aube en aube et de crépuscule en crépuscule.

Néanmoins, il faut le dire, les conditions choquantes d’existence, la façon épouvantable du vécu quotidien dans la Cité, les goulets vertigineux formés par les constructions anarchiques de cahutes, ne peuvent ne pas engendrer la violence et la criminalité dans cette commune où nous avons tenté en vain de joindre sur place au moins l’un des édiles de la municipalité.

 Alix Laroche

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