Chemin de croix à la Croix-Rouge pour obtenir du sang

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Croix Rouge

Beaucoup de patients confrontés à une urgence chirurgicale meurent faute de sang. En ces temps de grandes dépenses, la Croix-Rouge, où les parents des patients vivent un chemin de croix, a besoin de 60 millions de gourdes de l’État pour améliorer son programme de transfusion sanguine.

Mercredi 12 septembre 2018.Il est presque midi. Au premier étage du building de la Digicel, à Turgeau, l’inquiétude se lit sur les visages des parents des malades au Centre national de transfusion sanguine de la Croix-Rouge Haïtienne. Ils attendent, thermos sur la cuisse ou posés aux pieds de leurs chaises, le sang nécessaire à un proche confronté dans beaucoup de cas à une urgence chirurgicale. Le calme apparent vole soudainement en éclat à la distribution de quelques pochettes.

Rouge de colère, un homme s’insurge de ne pas pouvoir trouver au moins une pochette de sang. « J’étais là hier. J’ai emmené des donneurs. Je suis là depuis six heures ce matin et vous n’êtes pas foutu de me donner au moins une pochette de sang O+ pour sauver la vie de mon patient. Hier, il avait 10 grammes de sang et aujourd’hui il n’en n’a que quatre », hurle cet homme dans la trentaine. Son parent hospitalisé à l’HUEH souffre de la prostate.

Son coup de gueule n’a rien d’inhabituel. « Il faut rester ici tout l’après-midi pour voir », a glissé un autre homme assis à côté d’une femme aux dreslocks qui attend quatre pochettes de sang pour permettre l’opération d’une sœur qui a quatre fibromes. Pour beaucoup de patients, ne pas obtenir le sang à temps en cas d’urgence chirurgicale est synonyme de décès. Si nous n’avions pas eu un problème de disponibilité de sang, on aurait pu sauver beaucoup de patients, a confié le docteur Bitar, chirurgien, l’un des responsables de l’hôpital Bernard Mevs.

S’inspirant de son expérience, le chirurgien a souligné que plus de 50 % de ses patients en situation d’urgence chirurgicale meurent à cause de l’indisponibilité de sang. Pour le Dr Bitar, témoin du désert autour des malades quand on demande du sang, «il est urgent de créer une culture de don de sang dans le pays». L’un des responsables de l’hôpital St-Luc, le Dr Edson Augustin, a confié que «depuis quelque temps, l’hôpital St-Luc et la communauté médicale éprouvent des difficultés à trouver les produits sanguins en général de la Croix-Rouge». «Je ne sais pas ce qui se passe à l’interne au sein de la Croix-Rouge mais nous avons contacté des responsables pour leur dire que cela a un impact sur la morbidité à l’hôpital St-Luc en particulier. Ces trois à quatre derniers mois, nous ressentons l’impact. Nous avons perdu des malades en attente de sang, des malades sont morts. Quand nous envoyons les parents chercher du sang, ils reviennent bredouilles», a expliqué le Dr Edson Augustin.

«Quand on a besoin de 30 pochettes, on en reçoit 7. Il y a une carence au niveau central», a poursuivi le Dr Augustin, estimant nécessaire que l’hôpital St-Luc et d’autres hôpitaux périphériques se donnent les moyens pour avoir des centres de transfusion autonome. MSF le fait. Il effectue les prélèvements et les envoie à la Croix-Rouge pour effectuer les tests de certification, a expliqué le médecin, soulignant « qu’ Il n’y a pas de management d’urgence traumatique sans autonomie transfusionnelle ». Si le Dr Augustin estime urgent de créer la culture du don de sang, il estime en revanche que la Croix-Rouge, à elle seule, ne peut pas le faire. «Je mets en doute la capacité de la Croix-Rouge à créer cette culture», a-t-il poursuivi, appelant les hôpitaux, les jeunes, les citoyens, les citoyennes, à comprendre la nécessité d’être ou de devenir des donneurs réguliers.

Le président de la Croix-Rouge Haïtienne ne nie pas le problème de disponibilité de sang. Pendant la période estivale, les jeunes partent en vacances. Cela a un impact sur la disponibilité. Ce n’est pas un problème propre à Haïti, a confié au journal le Dr Guiteau Jean-Pierre. La Croix-Rouge a d’autres problèmes, a-t-il souligné. Les fonds de Pepfar ne sont plus disponibles. Fonds mondial ne finance la Croix-Rouge qu’à hauteur de 800 000 (huit cent mille) dollars américains et l’État haïtien «ne sponsorise pas assez le programme de transfusion sanguine», a expliqué le Dr Jean-Pierre. Le sang est donné gratuitement, comme le demande l’OMS. Mais, il y a des débours à faire pour les pochettes et autres intrants, a poursuivi le président de la Croix-Rouge qui, pour pérenniser et améliorer le service, évoque l’exemple d’autres pays où les assurances paient pour le sang obtenu.

Le président de la Croix-Rouge explore aussi la possibilité que les hôpitaux aient des centres de transfusion. Ils pourraient fonctionner selon la même méthode que les hôpitaux de Jérémie, du Cap-Haïtien qui envoient des prélèvements pour être testés par la Croix-Rouge. Pour le président de la Croix-Rouge, un financement de l’État haïtien à hauteur de 60 millions de gourdes du programme de transfusion sanguine pourra faire une grande différence.

Entre-temps, le chemin de croix continue pour des parents de malades en quête de sang en Haïti où n’importe qui, à n’importe quel moment, peut avoir une urgence chirurgicale à cause d’une maladie, d’un traumatisme provoqué par accident de la circulation…

Roberson Alphonse source Le Nouvelliste

 

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