Carl Braun : Il faut casser la spirale stagnation et régression en Haïti

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Carl Braun

La pression fiscale en Haïti, moins de 13 %, est parmi les plus faibles de la région. Pour arriver à l’inclusion fiscale, Carl Braun, P-D.G. de la Unibank, insiste sur la formalisation fiscale, la transparence, la reddition des comptes, la modernisation de l’administration et la mise en place de mécanisme pour une révolution de croissance du PIB. Sinon, stagnation et régression resteront le « binôme qui identifie et résume Haïti depuis 60 ans ».

Quelque 60 % d’Haïtiens vivent dans les villes. Cette urbanisation a entraîné une importante bancarisation et plus d’inclusion fiscale, a estimé Carl Braun, P-D.G. de la Unibank, à un colloque sur l’inclusion fiscale organisé par Bucofisc, jeudi 10 mai 2018. Il a souligné que les banques et les institutions financières font des affaires avec des clients connus par le fisc. Sans filtre, mais avec élégance, Carl Braun a estimé que « trois grandes contradictions se trouvent aujourd’hui sur le chemin d’une plus grande inclusion fiscale ». « Il y a d’abord l’asymétrie entre le besoin de formalisation, d’inclusion fiscale d’un côté et de l’autre côté la faiblesse d’imputabilité, de transparence dans la gestion des fonds qui sortent de cette inclusion fiscale », a classé Carl Braun, soulignant que « l’on ne peut plus continuer à gérer ce besoin d’inclusion fiscale, cette demande d’inclusion avec le peu d’informations, le peu de transparence et d’efficacité qu’il y a dans la gestion des fonds recueillis ».

« C’est un gros problème parce que plus on demande d’être fiscalement identifié, plus le revers de la médaille fait surface. Que fait-on de cet argent ?, comment l’utilise-t-on ? Qui en bénéficie ? Qui n’en bénéficie pas ? », a poursuivi Carl Braun. Cette contradiction, la première, se pose et le sera avec une acuité grandissante durant les 10, 15 et 20 prochaines années, a-t-il prévu. « C’est une contradiction qui traverse les secteurs, a insisté Carl Braun. Elle traverse le secteur public, le premier demandeur en termes d’augmentation de la pression fiscale. Cette contradiction traverse aussi le secteur privé. Le secteur privé haïtien lui-même n’a pas contribué comme il aurait pu contribuer à augmenter l’inclusion fiscale. Je ne dis pas qu’ils aient raison ou tort mais je constate que la pression fiscale est basse parce que beaucoup de personnes dans le privé évitent les impôts le plus possible », a ajouté Carl Braun.

La deuxième grande contradiction, l’appareil fiscal en mal de modernisation

Pour Carl Braun, il faut une modernisation fiscale. « Je pense que l’on ne peut pas soutenir ce mouvement d’inclusion fiscale sur les 10, 15, 20 prochaines années avec les systèmes que nous avons maintenant. Avec les douanes et l’administration fiscale que nous avons maintenant. Ce n’est pas un reproche aux gestionnaires de la chose fiscale mais je dis qu’il y a des lois désuètes », a souligné Carl Braun, estimant que le secrétaire d’État à la Réforme fiscale, Ronald G. Décembre, a parfaitement raison d’évoquer les efforts d’actualisation de certaines dispositions fiscales. « Il y a des barèmes qui n’ont aucun sens d’un point de vue fiscal. Il y a une attitude du gestionnaire fiscal vis-à-vis du contribuable qui crée d’autres contradictions secondaires qui ne sont pas résolues », a déploré Carl Braun. La modernisation de l’appareil fiscal, des lois fiscales, la modernisation de la gestion fiscale sont vraiment en contradiction avec l’inclusion fiscale. Ce sont des problèmes qui doivent être résolus. Même si ces problèmes ne sont pas résolus à 100 %, ils doivent être abordés et résolus progressivement, a-t-il insisté.

« Le barème sur l’impôt sur le revenu n’a pas été modifié depuis 2006. Là où il y avait une exonération de 60 000 gourdes pour les faibles revenus, aujourd’hui, avec le salaire minimum, qui d’ailleurs va probablement augmenter encore cette année, ceux qui touchent le salaire minimum sont redevables fiscalement vis-à-vis de l’État. Je ne chercherai pas à savoir si c'est un crime ou non, si c'est une bonne ou une mauvaise chose, je vous dirai que c’est un exemple de contradiction qu’il y a entre l’absence de modernisation de l’appareil fiscal et cette demande d’inclusion fiscale », a illustré le P-D.G. de la Unibank.

« La troisième grande contradiction est l’absence de croissance économique. Avec 1, 2 %, même avec le 3.8 % qu’il y a comme prévision dans le budget de cette année que l’on ne va pas atteindre, il n’y a pas en Haïti un mouvement soutenu de création de richesses », a constaté Carl Braun, qui soutient avoir toujours dit qu’Haïti a « besoin d’une révolution de croissance». Le banquier s’est désolé de la capacité quasi nulle de l’économie haïtienne a produire de la richesse et à générer de la croissance pour porter le pays à un autre niveau. « Stagnation et régression sont un binôme qui identifie et résume Haïti depuis 60 ans », a lâché Carl Braun .« Ces trois grandes contradictions, aux dires du P-D.G. de la Unibank, méritent notre réflexion de manière très sérieuse que ce soit au niveau des pouvoirs publics, du Parlement, des décideurs et agents économiques, que ce soit au niveau du secteur privé. Si l’on ne les aborde pas, on va se diriger vers une grande urbanisation, une grande bancarisation mais la charpente va avoir des problèmes de solidité dans la mesure où la croissance, la modernisation fiscale et les attentes d’imputabilité (acountability) de gens n’y sont pas ». « Il faut prendre ces contradictions à bras le corps », a insisté Carl Braun pour casser la spirale stagnation et régression.

Source Le Nouvelliste

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