BRH : une note postchoc qui note le renchérissement des cours du pétrole, du riz, du blé

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La hausse des prix du riz, du blé, des produits pétroliers coïncide avec l’observation d’une tendance inflationniste aux USA et dans la zone Euro. L’agriculture haïtienne n’a pas de perspectives intéressantes au point d’impacter le déficit de la balance commerciale qui se renforce. L’inflation, 13 % en juin, est tributaire de l’augmentation du financement monétaire, de la dépréciation de la gourde, laquelle continue de chuter, en dépit d’une augmentation des transferts de la diaspora. Si le secteur bancaire se porte bien, le crédit privé, indispensable aux capitaines d’entreprises pour créer des emplois, s’est replié, observe la note de politique monétaire de la BRH.

Les perspectives économiques pour la fin de l’exercice fiscal 2017- 2018 restent mitigées. Compte tenu des troubles sociopolitiques survenus au pays, au début du mois de juillet 2018, les résultats relativement positifs enregistrés au niveau de l’activité économique au cours des six premiers mois risquent d’être compromis », peut-on lire dans la note de politique monétaire de la Banque de la République datée du 23 juillet 2018.

« De plus, la période juillet – septembre, considérée généralement comme une saison de pointe pour l’activité touristique, au cours de laquelle on enregistre une augmentation des rentrées de devises et des taux élevés d’occupation des chambres dans le secteur hôtelier pourrait être affectée négativement. Cette situation est susceptible d’accentuer les pressions sur le marché des changes et la tendance inflationniste », selon cette note.

« Toutefois, la matérialisation de certains appuis budgétaires des bailleurs de fonds internationaux pourrait favoriser une réduction du financement monétaire », poursuit la note de politique monétaire de la BRH qui, «dans ce contexte », assure qu’elle « restera vigilante et continuera de prendre les mesures nécessaires en vue de défendre la stabilité interne et externe de la monnaie nationale tout en veillant au maintien de la stabilité du système financier ».

Maintien de la pression inflationniste en Haïti sur fond d’augmentation du prix du riz, du blé sur le marché international

« Sur le marché local, au cours du 3e trimestre 2018, un maintien des pressions inflationnistes a été observé tant en glissement annuel qu’en rythme mensuel. D’une part, l’inflation annuelle a été estimée à 13 % en juin 2018, en hausse de 10 points de base par rapport au taux de mars 2018. Comparée à septembre 2017, elle a diminué de 2,4 points de pourcentage. D’autre part, d’un mois à l’autre, elle s’est établie à 1,3 % en juin 2018, soit 30 points de base de plus par rapport à mars 2018 », selon la note de politique monétaire.

« Cette hausse de l’inflation mensuelle est tributaire de l’augmentation du financement monétaire, de la dépréciation de la gourde et de la hausse des prix des produits alimentaires sur le marché international », lit-on dans cette note qui partage des informations sur le cours de certaines denrées alimentaires.

« L’indice des prix des produits alimentaires de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a atteint 176,2 points en mai contre 173,2 points en mars 2018. Pris séparément, le prix de la tonne métrique du riz a augmenté à 451 dollars en avril contre 430 dollars en mars 2018. Celui du blé a atteint 214 dollars depuis avril 2018 contre 192 dollars un mois auparavant. Pour sa part, le maïs se vend à 179 dollars la tonne métrique en mai après avoir atteint 175 dollars en avril 2018 », lit-on dans cette note de politique monétaire.

Hausse de denrées alimentaires sur le marché international et situation difficile pour l’agriculture haïtienne

« Au niveau sectoriel, les informations préliminaires sur le plan agricole font état d’une situation mitigée. En effet, dans la plupart des régions du pays, la pluviométrie cumulative durant les mois d’avril et de mai semble avoir atteint son niveau moyen, ce qui devrait favoriser la production. Néanmoins, les superficies emblavées risquent d’être inférieures par rapport à celles de la saison de printemps en raison notamment d’un faible accès aux semences dans plusieurs régions. La croissance cumulée de la branche agricole pour les six premiers mois de l’exercice 2017-2018, selon l’indice conjoncturel d’activités économiques, est de 3,4% », selon la note de politique monétaire de la BRH.

Le déficit de la balance commerciale s’accentue

« Les données provisoires sur le secteur externe indiquent une poursuite de la détérioration du solde commercial ainsi qu’une progression significative des transferts reçus de l’étranger. En effet, sur les deux premiers mois du troisième trimestre 2018, le solde commercial est déficitaire de 632,70 millions de dollars américains, soit un accroissement de 5% par rapport aux deux premiers mois du trimestre précédent », lit-on dans cette note qui souligne que « cette hausse du déficit commercial est survenue malgré une progression plus importante des exportations que celle des importations ». « Ainsi, a poursuivi cette note, au cours de la période considérée, les exportations ont crû de 28,19 % à 180,11 millions de dollars US alors que les importations ont progressé de 9,38 % pour atteindre 812,81 millions de dollars US ».

Haïti : boom dans l’exportation de déchets métalliques et plastiques

« ...Il convient de noter que la hausse des exportations totales inclut une augmentation exceptionnelle des exportations de déchets métalliques et plastiques. En effet, ces dernières se sont chiffrées à 3,35 millions de dollars US durant le mois de mai contre une moyenne mensuelle de 0,73 millions de dollars US depuis le début de l’exercice », selon cette note de politique monétaire de la BRH.

L’assemblage, en dépit de turbulences, au top des exportations haïtiennes

« Les exportations du secteur de l’assemblage, lesquelles comptent pour 86,34% des exportations brutes sur l’année, ont reculé de 1,87% par rapport aux deux premiers mois du 3e trimestre de l’exercice fiscal précédent », selon cette note.

« En ce qui concerne le secteur de l’assemblage tourné vers l’exportation, les données sur le nombre d’employés font état d’une hausse des effectifs de 3,26% durant les mois d’avril et de mai. Cela laisserait présager une hausse de l’activité dans ce secteur. Toutefois, de nombreux arrêts de travail ont été observés durant les mois de mai et de juin, suite aux bouleversements liés aux revendications des ouvriers pour un ajustement du salaire minimum. Cela pourrait impacter négativement la production de cette branche. L’ICAE du secteur manufacturier cumulé d’octobre 2017 à mars 2018 indique une faible hausse de 0,6% », selon cette note.

Boom des transferts, aucun effet sur la chute de la gourde face au dollar…

« Les transferts reçus de l’étranger ont augmenté de 16,17 % au cours des deux premiers mois du trimestre considéré par rapport au trimestre antérieur et ont atteint 410,46 millions de dollars US », lit-on dans cette note de politique monétaire qui fait un constat. « En dépit de l’offre de devises générée par la hausse du niveau des transferts, les pressions sur le taux de change se sont maintenues. De ce fait, au 29 juin 2018, le dollar américain s’échange contre 66,91 gourdes, soit une augmentation de 2,51 % par rapport au 29 mars. Cette évolution est attribuable à la montée du déficit commercial et aux liquidités créées par le financement monétaire », selon la note.

L’État, en déficit, financé à hauteur de plus de 9 milliards de gourdes par la BRH

« Au 29 juin 2018, la situation des finances publiques est marquée par une variation à la hausse à la fois des recettes et des dépenses de l’État comparativement au deuxième trimestre de l’exercice. En effet, au cours du troisième trimestre 2017-2018, les taxes et impôts perçus par l’État haïtien ont atteint 20 435,69 MG, soit une progression de 4,31 % par rapport au deuxième trimestre. Les dépenses, quant à elles, ont crû par rapport au trimestre passé de 2,19 % en s’établissant à 24 923,05 MG », selon la note. « D’un autre côté, a-t-elle poursuivi, les recettes cumulées d’octobre 2017 au 29 juin 2018 affichent un montant de 61 649.4, soit un taux de perception de 86,32 % par rapport aux prévisions budgétaires de l’exercice 2017-2018. Les dépenses cumulées d’octobre 2017 au 7 juin 2018 totalisent 80 257,1MG, lequel correspond à un taux de réalisation de 106 % par rapport aux prévisions budgétaires.

L’écart entre le niveau des recettes publiques cumulées et, celui des dépenses publiques cumulées a abouti à une détérioration de la position de l’Etat vis-à-vis de la BRH caractérisée par un financement monétaire de 9 666,69 MG au 30 juin 2018 contre 8 959,64 MG au deuxième trimestre », selon la note de politique monétaire de la BRH.

Quid de la santé du système bancaire?

« Les données disponibles sur le système bancaire jusqu’au mois d’avril font état d’une légère amélioration de la qualité de l’actif ainsi qu’une légère amélioration de la structure financière de cette dernière. L’actif des banques a chuté de 0.9 % en variation mensuelle à 318.3 milliards de gourdes, causés essentiellement par le portefeuille des prêts nets qui a accusé une décroissance de 2,1% en avril 2018, à 94.2 milliards de gourdes, contre une hausse de 4,3 % observé le mois antérieur. Les placements dans les bons BRH ont, comme les emplois du système, reculé de 6.6 % pour atteindre 12.9 milliards de gourdes en avril 2018. Quant à l’évolution des ressources du système bancaire, elle a été marquée par la contraction des dépôts, passant de 255,3 à 250,5 milliards de gourdes, soit une diminution de 1,9 %, et celle de l’avoir des actionnaires, qui a régressé de 7,5 % en variation mensuelle, à 27 milliards de gourdes. Cependant, les obligations à vue ont progressé de 26,6 %, à 18,8 milliards de gourdes en raison uniquement du niveau de ces titres placés dans les banques étrangères, soit 6,4 MMG. Conséquemment, le ratio « Prêts nets/Dépôts totaux », un indicateur d’intermédiation bancaire, s’est fixé à 37.8 % en avril 2018, soit une accentuation de 10 points de base vis-à-vis du mois précédent », lit-on dans cette note de politique monétaire.

Selon cette note, « le crédit public a augmenté de 8,49% alors que le crédit privé s’est replié de 3,37% suite à une contraction de 6,16% du portefeuille en gourdes et une quasi-stagnation de l’enveloppe des prêts en dollars (0,11%) ». « En ce qui a trait aux avoirs extérieurs nets du système bancaire, ils ont enregistré une baisse de 3,34%, découlant à la fois du repli des réserves de change de la BRH et de la hausse des engagements extérieurs des banques commerciales », a-t-elle poursuivi.

Quelles décisions de politique monétaire...

« La posture de la politique monétaire de la BRH, au cours du 3e trimestre 2018, s’est inscrite dans la poursuite des actions destinées à minimiser les fluctuations du change et à réduire des pressions inflationnistes dans l’économie. Ainsi, les autorités monétaires ont procédé, conformément à cet objectif, à la reprise systématique de la liquidité excédentaire notamment à travers des interventions régulières sur le marché des changes. En effet, d’avril à juin 2018, ces dernières se sont traduites par des ventes de 51,44 millions de dollars US, stérilisant un montant de 3,39 milliards de gourdes sur la période », selon la note.

« Parallèlement, la BRH, poursuit la note, a décidé, dans le souci de pourvoir les agents économiques en outils d’épargne en gourdes avec couverture contre le risque de change à plus long terme, de modifier les maturités des obligations BRH ainsi que les taux d’intérêt y relatifs. Ainsi, à partir du 25 mai 2018, les obligations BRH sont émises sur des périodes de 91, 182 et 364 jours et rémunérées à des taux respectifs de 7%, 7,25 % et 7,50 % l’an, augmentés de la variation du change sur la période de détention. Sur le troisième trimestre, l’encours des obligations BRH s’est établi à 1,6 milliard de gourdes, soit une progression de 21 % par rapport au trimestre précédent ».

« Par ailleurs, la BRH a gardé inchangés les coefficients de réserves obligatoires à 44 % sur les passifs en gourdes et à 49,5 % sur les passifs en dollars US ainsi que les taux sur les bons BRH à 6 %, 8 % et 12 % sur les maturités de 7, 28 et 91 jours. L’encours de ces titres monétaires s’est chiffré à 14 746 millions de gourdes au 21 juin 2018 », selon la note.

« Au niveau des statistiques monétaires, selon les données préliminaires du mois de juin 2018, la contreperformance des finances publiques s’est traduite par un mouvement à la hausse des variables monétaires. En effet, vu le niveau élevé du financement monétaire (9 666,69 MG), la base monétaire au sens restreint s’est accrue de 6,43 % au 3e trimestre contre une baisse de 0,7 % au trimestre précédent. Le comportement de la monnaie centrale au sens strict s’explique par la hausse de 13,35% des dépôts en gourdes des banques commerciales à la BRH, ce, malgré une baisse de 1,42% de la monnaie en circulation », d’après la note.

« La base monétaire au sens large a, pour sa part, enregistré une hausse trimestrielle de 0,43%. Du côté de la masse monétaire, les données provisoires de mai 2018 indiquent une baisse de 1,44% de l’agrégat M3 par rapport à mars 2018, passant de 292,79 milliards de gourdes à 288,6 milliards suite à une diminution de 1,64 % des dépôts totaux du système. Cette évolution de l’offre de monnaie tient surtout au repli des dépôts à vue en gourdes (-2,17%) et à celui des dépôts en dollars (-2,45%), les dépôts d’épargne et à terme en monnaie locale ayant crû de 1,68% et 0,28% respectivement. Les dépôts à vue en dollars en particulier ont accusé une baisse plus prononcée sur la période, soit -5,8% contre -1,06% au 2e trimestre, dans un contexte où les importations s’accroissent de plus en plus, sous l’impulsion de la hausse de la facture pétrolière et de celle des produits alimentaires », a indiqué la note qui garde un œil sur l’économie mondiale.

Tendance inflationniste aux USA, dans la zone Euro sur fond de renchérissement du cours du pétrole

« En dépit de ce ralentissement de l’activité dans les économies avancées, ces dernières ont enregistré un relèvement sensible de leurs niveaux d’inflation. Aux Etats-Unis, après s’être établie à 2,4 % en mars et avril 2018, l’inflation annuelle a augmenté à 2,7 % en mai 2018. D’une année à l’autre, l’inflation dans la zone Euro s’est établie à 1,9 % en mai. Le mois précédent, elle était de 1,2 %. Ces hausses de l’inflation s’expliquent notamment par la hausse des prix des produits pétroliers. En effet, le baril du pétrole «West Texas Intermediate», qui se vendait à 62,67 dollars en moyenne au cours de la période allant de janvier à mars 2018, a connu une augmentation de son prix à 66,32 dollars en avril 2018 et 66,10 dollars au 11 juin 2018 », lit-on dans cette note très attendue après les évènements des 6 et 7 juillet 2018.

Roberson Alphonse source Le Nouvelliste

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