Asphyxiées, des entreprises sont contraintes de licencier…

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Karibe Hotel

L’insécurité, la recommandation de ne pas voyager en Haïti des Américains, la réduction du nombre de vols et les prix exorbitants des billets d’avion asphyxient l’industrie touristique. Seules dans l’œil du cyclone, beaucoup d’entreprises recourent au licenciement…

« Il n’y a pas un chat dans la cour », jette Richard Buteau, le manager de l’hôtel Karibe Convention Center, le lundi 29 avril 2019. Avec un taux d’occupation  de 15 % et sans réservations conséquentes en vue, Richard Buteau, après avoir fait rouler son effectif, « puiser dans ses réserves pour faire le payroll », s’apprête à mettre en disponibilité 30 collaborateurs cette semaine. Le mois prochain, ils seront révoqués, a-t-il regretté.

Entre les convulsions politiques répétitives des derniers mois, l’insécurité, l’avis niveau 4 K du département d’Etat invitant les Américains à ne pas voyager en Haïti, la diminution du nombre des vols internationaux et les prix exorbitants des billets d’avion, les perspectives sont loin d’être rassurantes.

Sans normalisation de tous ces problèmes, l’industrie touristique continuera de boire la tasse, craint Richard Buteau qui se demande qui paiera 1600 dollars un billet d’avion pour venir en Haïti en provenance de Miami.  Les  hôtels du groupe, d’autres hôtels à travers le pays et des entreprises de l’industrie touristique sont affectées par cette situation, a expliqué Richard Buteau.

L’économiste Pierre Marie Boisson, membre de conseil de la SIF, propriétaire d’El Rancho, sans rentrer dans les détails, a confié lui aussi que  « le taux d’occupation des différents hôtels de la place a fortement chuté depuis le mois de juillet dernier ». « Cette chute d’activité touristique a des implications profondes sur l’activité économique, en raison de la demande induite du tourisme sur plusieurs secteurs, dont la production alimentaire et les différentes composantes du secteur tertiaire (commerce, restaurants, emploi hôtelier, communication, transport, et indirectement les recettes de l’État du fait de l’impact de route génération de devise sur le niveau des importations, dont dépendent les recettes générées par le commerce extérieur (75% de la base fiscale) », a-t-il expliqué.  

La présidente de l’Association touristique d’Haïti, Béatrice Nadal Mevs, a confirmé la traversée du désert des hôtels dans la zone métropolitaine et dans d’autres départements du pays. « Le taux d’occupation des hôtels reste très bas et varie entre 15 et 30 pour cent pour certains hôtels de la capitale et de la Côte-des-Arcadins. Les hôtels du Sud et du Sud-Est sont aux abois depuis près d’un an. Les hôtels ont, dans un premier temps, donné des congés à tous leurs employés puis les ont mis en disponibilité. Ils  commencent maintenant les licenciements », a indiqué Béatrice Nadal Mevs. « Il n'y a pas encore de reprise en vue pour le mois de mai », déplore-t-elle.  « Les agences de location de voitures ont licencié de nombreux cadres également et l’activité est plus qu’au ralenti », a révélé la présidente de l’ATH.

Confirmation. Les maisons de location de véhicules boivent la tasse. « La baisse dans les locations est désastreuse et suit la réduction des arrivées des avions. En quatre ans, on peut parler d’une réduction de plus de 60 % et des pertes d’emplois de l’ordre de 30 % dans notre compagnie », a indiqué Philippe Armand, responsable de Hertz Rent a Car et Thrifty Car Rental, deux compagnies internationales. Philippe Armand, interrogé sur les perspectives et ses espoirs, a répondu en un mot « aucun ».

Le responsable de Avis en Haïti, Jacques Villejoint, est a plus de 50 % de mise à pied. Ses chiffres d’affaires ont diminué de plus de 45 %. « Les réservations sont catastrophiques. C’est terrible », a confié Jacques Villejoint, soulignant que beaucoup d’entreprises de l’industrie touristique, à côté des révocations, éprouvent des retards de plus de 90 jours dans le paiement de leurs créances. « Je suis dans la location de véhicules depuis les années 90. Je  n’ai jamais vécu ça. Même pendant l’embargo, c’était mieux », a indiqué Jacques Villejoint, appelant le gouvernement à intervenir compte tenu de l’importance de l’industrie touristique pour l’économie.

Le journal a confirmé les difficultés d’entreprises du secteur touristique à payer leurs créances. « Certains débiteurs, réguliers, font face à des difficultés. Il y a de plus en plus de prêts improductifs », a appris le journal.  Certains, même après restructuration de leurs prêts peinent à faire le service de la dette, a poursuivi notre source.

En dépit de nos difficultés, l’administration fiscale continue de jurer que par ses taxes. « Cela finit par nous asphyxier », déplore off the record, un hôtelier interrogé par le journal.

Entre-temps, le président Jovenel Moïse, qui peine à se trouver un nouveau gouvernement, critiqué pour sa surdité par des personnalités du secteur privé des affaires, ne parvient pas à trouver des solutions pour stopper la saignée des emplois dans l’industrie touristique.

Source Le Nouvelliste

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