Alain Dougé assassiné, la justice enquête...

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Alain Douge

Alain Dougé, 54 ans, directeur exécutif de la commission tripartite de mise en œuvre de la loi HOPE (CTMO-HOPE) a été tué par balle, chez-lui, à Pernier, dans l’après-midi du 21 décembre 2018. C’était un vendredi. Cela s’est passé vers 3 heures de l’après-midi. Il avait accueilli dans sa cour l’assassin qui lui a logé 3 balles dans le corps. Alain ne se doutait de rien, a confié, les yeux humides, l’un de ses frères, Claude Dougé.

« Resté chez lui parce qu’il avait la grippe, Alain attendait que sa femme revienne avec leurs deux enfants de l’école.  Il se préparait à sortir acheter des jouets pour ses enfants», se lamente Claude Dougé, décidé de briser la glace, de s’affranchir de l’étreinte du silence. Son frère, « intègre », a été tué par des « gens puissants », par des « lâches » du secteur privé parce qu’il a refusé de donner le visa à des vêtements venus de la Chine que l’on a fait transiter par Haïti, labélisés frauduleusement « Made in Haïti »  pour pouvoir entrer aux États-Unis, a affirmé Claude Dougé, citant des déclarations publiques de syndicalistes.  « Le monde entier est au courant maintenant », a poursuivi Claude Dougé qui attend que justice soit faite.

Me Jean Bonald Fatal partage des «indices» et dénonce

« C’est un assassinat troublant. À présent, il faut que la justice agisse », a confié Me Jean Bonald Fatal, président du CTSP, un syndicat d’employés des secteurs public et privé, sur Magik 9, le vendredi 25 janvier 2019, plus d’un mois après l’assassinat.

Le syndicaliste, se référant à ses « informations » et ses « indices »,  soutient lui aussi qu’Alain Dougé a été assassiné par des éléments du « secteur mafieux » impliqués dans la contrebande dans le secteur textile. Alain Dougé n’était pas d’accord avec les agissements des contrebandiers puissants qui faisaient venir des vêtements de la Chine étiquetés « Made in Haïti » pour ensuite les acheminer aux États-Unis, sans payer de droits de douanes, grâce à la loi Hope et Help.

« L’acte des contrebandiers menace l’existence de  Hope et Help », s’est inquiété Me Jean Bonald Fatal qui a affirmé qu’en novembre 2018, un mois avant l’assassinat de Mr Alain Dougé, les douanes américaines ont saisi  des containers de blue jeans en provenance d’Haïti où aucune usine ne confectionnait des blue jeans. À la Codevi, dans le cadre d’un contrat avec Levi’s, on confectionnait des blue jeans. C’est via la République dominicaine que l’exportation de ces blue jeans se faisait. Or, Codevi a arrêté de confectionner des blues jeans depuis août 2018, a expliqué Me Jean Bonal Fatal. 

Le syndicaliste a affirmé qu’il est sur une liste de quatre personnes à assassiner après Alain Dougé. Les deuxautres sont, a expliqué Me Jean Bonald Fatal, Mme Josseline Colimon Féthière, la médiatrice spéciale du travail et Mme Claudine François, directrice de Better Work Haïti. « Tous ceux qui observent, produissent des rapports sont sur une liste pour être assassinés », a soutenu Me Jean Bonald Fatal. 

« Je ne fais pas de commentaires. Je n’ai pas été menacée », a confié au journal Mme Claudine François. « Aucun commentaire », a répondu Mme Josseline Colimon Féthière au journal, étonnée et remontée que Me Jean Bonald Fatal ait fait ces déclarations sans fournir de preuves.

« La mort d'Alain Dougé est un tragédie pour sa famille. Il mérite justice. S’il y a une investigation en cours, il faut qu’on la laisse se poursuivre », a indiqué Josseline Colimon Fethière.

L’industriel Fernando Capellan, contacté par le journal, a indiqué qu’il ne fabrique plus de blue jean pour Levi’s. Sa dernière cargaison date de l’an passé, a expliqué Fernando Capellan. Il a indiqué que c’est via la république dominicaine qu’il envoyait les bleu jeans aux Etats-Unis.

Le journal a contacté l’ambassade des Etats-Unis en Haïti afin confirmer ou infirmer les affirmations de Me Jean Bonald Fatal autour de  la saisi  par les douanes américaines des containers de blue jeans en provenance d’Haïti où aucune usine ne confectionnait des blue jeans. « Nous vous référons aux douanes américaines et à la protection des frontière pour plus d’information », a répondu l’ambassade. En ce qui concerne l’investigation sur la mort de M Alain Dougé, l’ambassade a référé le journal à la police nationale d’Haïti.  

L’enquête sur l’assassinat de M Alain Dougé…

Le journal a appris la semaine d’une source proche de l’Institut médico-légal que l’autopsie réalisée sur ordre de la justice a été réalisée. 

«  Le parquet a déjà ouvert une enquête sur ce dossier qui est présentement à la DCPJ. On attend les résultats de l’autopsie pour savoir quelle orientation donnée à ce dossier », a fait savoir Paul Éronce Vilard, le commissaire du gouvernement près le tribunal de première instance de Port-au-Prince la semaine dernière. 

Faire du « transhipment » est interdit par la loi Hope/Help, a confié une source proche de l’industrie textile. Les blue jeans confectionnés en Chine envoyés aux États-Unis paient 31 % de droits de douane. Si des gens s’adonnent effectivement à cette pratique frauduleuse au dépend des USA, ils peuvent engranger beaucoup d’argent. Ils mettent aussi en péril le secteur de la sous-traitance textile en Haïti. Cette hypothèse provoque beaucoup de préoccupations dans le secteur. Si le problème existe, il faut crever l’abcès, a affirmé cette source, estimant que l’assassinat de Alain Dougé, qui gérait pour CTMOHOPE  «  Electronic Visa System (ELVIS), s’occupait de la conformité des entreprises éligibles à exporter dans le cadre de la loi Hope/Help, avec le Ministère du Commerce et de l’Industrie (MCI), est une grande perte.

En attendant que la justice haïtienne démêle cette affaire, les deux enfants mineurs d'Alain Dougé grandiront sans leur père, retrouvé sans vie, baignant dans son sang trois jours avant la Noël. Les funérailles d'Alain Dougé ont été chantées début janvier.

La sous-traitance textile est le premier poste d’exportation du pays avec près d’un milliard de dollars américains l’an. Le secteur génère  plus de 50 000 emplois. La possibilité d’exporter vers les États-Unis les produits textiles assemblés en Haïti, sans payer de droits de douane, est un incitatif, un atout, un élément attractif pour des investisseurs.

Roberson Alphonse  Source Le Nouvelliste

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