Vers 90 gourdes pour un dollar, dans l’indifférence la plus totale

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Alors que les politiques hésitent à doter le pays d’un gouvernement légalement constitué, la gourde continue de plonger sur le marché des changes. Ce n’est plus qu’une affaire de centimes pour que le billet vert s’échange en Haïti contre 90 gourdes.

Ce nouveau palier et ses conséquences sur les prix des produits que les Haïtiens consomment ne semblent inquiéter personne. Résignés, fatalistes, désarmés, ni les autorités ni les hommes d’affaires ne s’émeuvent de la débandade. C’est comme ça et on s’y fait. 

La diaspora qui envoie des milliards en Haïti et les millions d’Haïtiens qui reçoivent des transferts ne s’inquiètent pas non plus de cette situation. Pour eux, il s’agit plutôt d’une appréciation de leur argent. Les Haïtiens de l’étranger peuvent envoyer de plus petits transferts pour régler des dépenses qui n’augmentent pas aussi vite que le change, les bénéficiaires ont plus de gourdes à chaque transfert. Chacun y gagne au moins l’impression de dépenser moins ou d’avoir plus.

Les commerçants, petits et gros, ajustent leurs prix comme bon leur semble. Ils anticipent les hausses, gagnent à tous les coups. Ils ne sont pas à plaindre ni ne se plaignent. Eux non plus n’ont de problème avec le change. Si les quantités baissent, le chiffre d’affaires reste à flot. La décroissance de l’économie, on l’évaluera plus tard. 

L’État haïtien non plus ne s’en inquiète. Ses recettes douanières et les taxes liées au commerce augmentent avec le taux de change. Mécaniquement, l’État devient plus riche grâce au dollar fort et à la gourde faible, sauf quand la facture pétrolière lui joue des tours à cause de son incapacité à ajuster les prix de l’essence à la pompe.

Reste que les millions de pauvres parmi les plus pauvres du pays le plus pauvre de l’hémisphère, eux, n’ont rien. Ni transfert, ni prix ajustables, ni recettes douanières. Ils réduisent leurs dépenses. S’ajustent au plus juste. Déshabillent saint Pierre pour habiller saint Paul. Jouent à cache-cache avec la misère. 

Cela a toujours été leur sort en Haïti. 

Tout le monde en fait devient plus pauvre dans le pays, mais, de cela non plus, personne ne s’en inquiète. C’est la mode.

Edito du Nouvelliste

Author

Frantz Duval collabore au Nouvelliste depuis 1985. Il a une grande histoire de fidélité et de passion avec Le Nouvelliste où il a occupé les postes de responsable Création et Interactivité à partir de 2002 et de responsable de la section Economique à partir de 1994. Directeur de publication de Ticket et...

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