Trump prive de visas et de cartes vertes les migrants pauvres

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L'administration Trump cherche à poursuivre le virage du système migratoire américain vers une structure basée sur les compétences économiques, et non plus sur la réunification familiale­. PHOTO : REUTERS / SHANNON STAPLETON

L'administration Trump a annoncé lundi que les immigrants légaux ne disposant pas de revenus suffisants ou bénéficiant de l'aide sociale, de bons d'alimentation, d'aide au logement ou de la couverture Medicaid se verront refuser l'octroi de visas ou de cartes de résident temporaire.

La mesure, qui touchera plusieurs centaines de milliers de personnes défavorisées, entrera en vigueur le 15 octobre.

Selon des experts, la nouvelle politique – mise au point par Stephen Miller, conseiller de Donald Trump, et détaillée dans un document de 837 pages – est la plus draconienne de toutes les mesures prises jusqu'ici par l'actuelle administration américaine en matière d'immigration.

La nouvelle règle, centrée sur le concept de « fardeau pour l'État », lierait le statut d'immigration d'un individu à son revenu et à son recours à certains programmes publics.

La loi fédérale américaine exige déjà que les gens cherchant à obtenir leur résidence permanente et leur citoyenneté prouvent qu'ils ne seront pas un poids pour les États-Unis, mais les nouvelles règles ajoutent plusieurs programmes d'aide à une liste de critères qui pourraient les disqualifier.

Les agents des services migratoires évalueront désormais l'incidence de l'aide publique réclamée parallèlement à d'autres facteurs, comme l'éducation, le revenu familial et la santé, pour déterminer si une personne est digne d'obtenir une régularisation de son statut.

Dans un communiqué publié lundi avant-midi, la Maison-Blanche a affirmé que « le président Trump s'assure que les non-citoyens n'abusent pas de notre système de programmes sociaux », invoquant la « responsabilité personnelle » et le besoin d'être « autosuffisants ».

Nous nous attendons certainement à ce que les gens, quels que soient leurs revenus, puissent se débrouiller seuls. Donc, s'ils ne sont pas en mesure de subvenir à leurs besoins, ce facteur négatif pèsera très lourdement dans la balance lorsqu'il s'agira de décider s'ils pourront obtenir une résidence permanente légale.

Ken Cuccinelli, directeur par intérim des services d'immigration et de citoyenneté

La majorité des efforts du président Donald Trump pour s'attaquer à l'immigration illégale se sont retrouvés sous les feux des projecteurs, mais ce nouveau changement cible les gens qui sont arrivés légalement aux États-Unis et qui cherchent à obtenir leur résidence permanente.

Il s'agit d'une démarche visant à transformer le système d'immigration des États-Unis pour se concentrer sur les compétences des nouveaux arrivants plutôt que sur la réunification familiale.

Selon l'administration, ne pas agir dans ce dossier « fragiliserait le filet de protection sociale dont ont besoin les Américains vulnérables ».

Le directeur par intérim des services d'immigration et de citoyenneté, Ken Cuccinelli, a soutenu que les changements apportés aux règles correspondent au message du président républicain, qui entend placer la question de l'immigration au centre de la campagne pour sa réélection en 2020.

Une minorité de migrants parmi les bénéficiaires d'aide gouvernementale

Les immigrants ne représentent qu'une faible proportion des gens recevant de l'aide gouvernementale. En fait, la plupart d'entre eux n'y sont pas admissibles, justement en raison de leur statut d'immigrant.

Par exemple, plus de 87 % des participants à Medicaid sont nés aux États-Unis. Idem pour l'aide alimentaire, dont 85 % des bénéficiaires sont des Américains nés au pays. Dans les deux cas, les immigrants non citoyens ne forment que 6,5 % et 8,8 % des demandeurs, respectivement.

Les défenseurs des droits de la personne craignent cependant que les nouvelles règles poussent les immigrants à ne pas réclamer d'aide.

Le National Immigration Law Center (NILC) a immédiatement annoncé qu'il contesterait cette mesure devant les tribunaux, affirmant qu'elle était motivée par la discrimination raciale. Dans un communiqué, la directrice générale du NILC, Marielena Hincapieé, a dénoncé une « décision cruelle ».

Cela aura des répercussions humanitaires désastreuses, forçant certaines familles à renoncer à des soins de santé et à la nutrition qui leur sauveraient la vie. Les dégâts se feront sentir pendant des décennies.

Marielena Hincapieé, directrice générale du NILC

Les défenseurs des droits de la personne craignent aussi que les nouvelles règles entraînent une discrimination à l'endroit de ceux qui viennent de pays plus pauvres et qu'elles nuisent au regroupement des familles.

Ils jugent également que les règles offrent des pouvoirs trop étendus lorsque vient le temps de décider si une personne est à risque d'avoir besoin d'une aide gouvernementale à un moment donné, ce qui permettrait aux responsables des services de l'immigration de rejeter davantage de demandes de résidence permanente ou de citoyenneté.

En moyenne, 544 000 personnes présentent une demande de carte verte (green card)– le statut de résident permanent – chaque année, et 382 000 d'entre elles seraient visées par les changements annoncés pour octobre.

« Sans que la loi soit modifiée par le Congrès, cette règle de l'administration Trump signifie que davantage de citoyens américains n'auront pas le droit de vivre aux États-Unis avec leur famille et leurs proches », soutient Ur Jaddou, un ancien responsable des services juridiques du département de Citoyenneté et d'Immigration qui travaille maintenant à protéger les droits des immigrants.

« Ce ne sont pas de petits changements. Ce sont d'importantes modifications qui auront d'énormes conséquences pour les citoyens américains », ajoute-t-il.

Source RADIO CANADA

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