Élections au Brésil: Dieu, Corruption, Violence, Économie

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Élections au Brésil: Dieu, Corruption, Violence, Économie

Après sa brillante victoire au premier tour d’un scrutin très « polarisé », scrutin qui se déroulait le dimanche 7 octobre 2018 sur fonds de « corruption » et de marasme « économique » ; une crise économique qui frappe le pays depuis 2011, Jair Bolsonaro, le candidat du parti de l’extrême droite pour cette présidentielle va affronter au second tour du scrutin qui aura lieu le 28 octobre prochain, Fernando Haddad, celui sur lequel le parti des travailleurs avait jeté son dévolu pour remplacer dans cette joute électorale ; l’ancien Président de la République Fédérative du Brésil de 2005 à 2011 qui est d’ailleurs incarcéré depuis plusieurs mois, Luiz Iniacio Lula DaSilva, après l’invalidation de sa candidature par le Tribunal Supérieur Électoral (TSE) au mois de septembre dernier. Avec le politologue Fernando ESTIMÉ, l’émission Sans Frontières de la Radio Télévision Caraïbes (chaine 22), nous a apporté une édition spéciale en vue d’un décryptage dans les moindres détails autour de ce scrutin.

Avec une superficie de 8 514 876 km2 pour une population de 206 081 432 million d’habitants (2016) et un scrutin dont l’électorat est estimée à 147 million d’électeurs, la 7ème puissance économique du monde a vu arriver en tête de peloton de la présidentielle pour cette année 2018, Jair Bolsonaro avec un score de 46% contre 29% pour son adversaire, Fernando Haddad.

Ancien parachutiste, Député depuis 1991 dans un parlement miné par la corruption dont les cas les plus connus remontent aux affaires de Petrobras et  d’Oder Brecht  où ¼ du parlement aurait été impliqué,  Bolsonaro par ses propos que certains membres de la population brésilienne qui, pour la plupart des femmes estiment malencontreux, s’est fait le nom de « Trump tropical » selon les propos de Fernando ESTIMÉ. Considéré comme le candidat « anti-système », Jair Bolsonaro bénéficie d’une large avance dans cette course électorale puisqu’il montre sa volonté de couper le pont avec le statu quo brésilien. Sa vision libérale lui permet de trouver l’aval de l’élite économique brésilienne qui veut bien jouer leur mise, au point où après sa victoire au premier tour, la bourse de Sao Paulo a été augmentée de 6% le même jour, a fait remarquer M. ESTIMÉ. Il bénéficie entre autres, l’appui de la communauté chrétienne qui est à la fois très active dans la politique et majoritaire au Brésil avec surtout son discours « anti-homosexuel », l’une des valeurs que défendent les chrétiens, a-t-il avancé. Pour avoir été député depuis 28 ans, ce qui joue surtout en sa faveur dans cette compétition électorale, c’est qu’il n’est pas encore épinglé pour les  affaires de corruption que Fernando ESTIMÉ qualifie par ailleurs de « sport national au Brésil ».

Avec une violence qui grimpe dans les chiffres pour un pays non en guerre, soit 55 mille personnes tuées par balle pour la seule année 2017, le discours de Jair Bolsonaro sur la légalisation du port d’arme pour que les citoyens puissent s’auto-défendre en cas de menace contre leurs vies, semble faire la part belle avec une bonne partie de la population ; surtout les victimes de tous les jours dans les favelas, a souligné Fernando ESTIMÉ. Toutefois, le candidat de l’extrême droite semble être tiré vers le bas par son comportement qui, dans l’opinion publique nationale est perçu comme « sexiste, xénophobe et contre-productive pour la démocratie brésilienne », a-t-il martelé.

Fernando Haddad, l’ancien Maire de Sao Paulo et ancien Ministre de l’éducation nationale du gouvernement de Lula se trouve en grande difficulté puisqu’il a toutes les « charges du parti des travailleurs sur le dos », notamment les affaires de corruption qui pèsent très lourdes sur son parti, a rappelé M. ESTIMÉ. Son entrée tardive dans la course qui lui a valu dans la presse internationale le nom de « candidat de dernière minute » a illustré le rythme de la réalité telle qu’il se présente aujourd’hui. Car Jair Bolsonaro avait commencé avec son campagne électorale beaucoup plus tôt que lui et le coup de poignard dont il était victime au mois de septembre dernier en plein meeting d’un militant de gauche, lui a donné dans une certaine mesure un accélérateur considérable, poursuit M.ESTIMÉ. Et la configuration actuelle laisse entrevoir dans une large mesure une fenêtre d’opportunité pour le candidat du PT en ce qui a trait à ses réserves de voix par rapport aux partis qui ont été très mieux placés dans la course, en raison du fait qu’ils sont très proches idéologiquement, croit M. ESTIMÉ. Cette idée était relativement partagée avec des participants qui ont abondé la question dans le même sens.  

Ayant connu une baisse au niveau de son PIB en 2017, soit 2000 milliards de dollars contre 2600 milliards de dollars en 2011; avec un taux de chômage dans le pays qui est de l’ordre de 13% (2017) où l’inégalité criante s’érige quartier général, le moment est décisif pour les brésiliens de choisir un candidat qui peut véritablement atténuer des sentiments de ras-le-bol qui sont très présents dans la société tout en évitant à ce que le pays ne se bascule pas dans un régime militaire, comme a souligné certains commentateurs.  Jair Bolsonaro est-il le candidat idéal pouvant réaliser ce dessein ? Fernando Haddad, détient-il dans son profile, la personnalité et les capacités nécessaires susceptibles de répondre à la situation dans laquelle se trouve le Brésil où son parti est discrédité ?

A en croire les propos de Fernando ESTIMÉ, Jair Bolsonaro qui est certes un parachutiste mais non un parachuté semble n’être pas trop loin du but pour remporter cette présidentielle surtout en ce qui a rapport aux apports dont il bénéficie de la part de la communauté religieuse et le secteur économique. D’ailleurs son « score »  l’a si bien prouvé, a-t-il insisté. Et Fernando Haddad, malgré son score, il n’est pas totalement hors de la plaque. Car selon M. ESTIMÉ il ne faut pas exclure la possibilité que le candidat du PT puisse composer avec d’autres partis politiques, d’ailleurs, il avait profité après le déroulement du premier tour du scrutin de tirer une sonnette d’alarme sans perdre de temps pour solliciter les soutiens notamment, du candidat du centre gauche, arrivé en troisième au premier tour avec 12,5% de voix,  Ciro Gomez, pour avoir l’habitude de collaborer ensemble.  

Ayant une particularité intéressante où le vote est obligatoire pour les citoyens alphabétisés âgés de 18 à 70 ans, le second tour de ce scrutin qui verra la fin du mandat de l’actuel Président Michel Temer ayant accédé au pouvoir après la destitution de Dilma Roussef en 2016, s’annonce déjà très mouvementé au Brésil qui est entre autres, le pays le plus vaste de l’Amérique du sud.

 

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Étudiant en philosophie et science politique à l'IERAH/ISERSS Jeune député de Jacmel au parlement jeunesse d'Haïti

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