C'est quoi le problème avec les sargasses, ces algues toxiques qui prolifèrent dans les Antilles ?

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Des sargasses sur le littoral de la Guadeloupe. (BRUSINI AURELIEN / HEMIS.FR)

En visite en Guadeloupe, Emmanuel Macron a assuré les populations antillaises de "l’engagement plein et entier de l’Etat pour accompagner les collectivités sur ce sujet".

Depuis plusieurs années, des hordes d'algues brunes, les sargasses, ont envahi le littoral des Antilles sur des dizaines de kilomètres. Une prolifération qui s'est invitée au menu de la visite d'Emmanuel Macron en Guadeloupe. "On se sent délaissés et abandonnés", a lancé une habitante au président de la République, vendredi 28 septembre. De son côté, le chef de l'Etat a assuré les populations antillaises de "l’engagement plein et entier de l’Etat pour accompagner les collectivités sur ce sujet".

Des algues qui envahissent le littoral
Les sargasses sont des microalgues brunes équipées de flotteurs naturels qui leur permettent de coloniser la surface de la mer et de s'y multiplier. Elles peuvent ainsi envahir des dizaines de kilomètres de littoral. Ces algues abritent une multitude de poissons et même d'insectes, explique Thomas Changeux, ingénieur à l'IRD affecté à l'Institut méditerranéen d'océanologie (MIO) et interrogé par l'AFP.

Les sargasses étaient d'abord localisées dans le nord de l'Atlantique, mais elles se sont déplacées vers le Sud entre Amérique latine et Afrique. Elles ne sont pas nouvelles dans les Antilles, où elles investissent le littoral depuis 2011. Mais, depuis février, elles arrivent en masse sur les côtes de Guadeloupe, Martinique, Saint-Martin, Saint-Barthélemy.

Plusieurs hypothèses sont sur la table pour expliquer ce phénomène : "les alizés et les courants [qui] font des tapis roulants" aux algues, il y a aussi "les apports de l'Amazonie en nitrates et phosphates" avec la surexploitation agricole, voire le réchauffement de l'eau, selon le chercheur. Emmanuel Macron, lui, a directement pointé du doigt "les conséquences du réchauffement climatique".

Toxiques pour les hommes et les métaux
Les sargasses s'amoncellent sur les rivages, salissent plages et ports, bloquent parfois l'accès des bateaux... Mais surtout, ces algues dégagent, en séchant, de l'hydrogène sulfuré et de l'ammoniac, qui peuvent provoquer maux de tête, nausées et vomissements. A partir d'un certain niveau de concentration, la sargasse attaque aussi les métaux, détruisant aussi bien motos, voitures ou ordinateurs. En prévention, des établissements scolaires ont été fermés en mai en Guadeloupe.

Mais les sargasses ne sont pas toujours mal perçues. "C'est compliqué aux Antilles, mais pas ailleurs. Il ne faut pas paniquer à chaque fois que quelques sargasses arrivent, il faut réagir par opportunité", explique Thierry Thibaut, responsable de l'Expédition Sargasse Caraïbes. Aux Etats-Unis, les habitants se servent des tas de sargasses qu'ils recouvrent de sable et de plantes terrestres pour réaliser des barrières anti-érosion sur les côtes texanes.

A Marie-Galante en Guadeloupe, certains agriculteurs commencent aussi à l'utiliser dans leur champ comme compost. En Bretagne, la start-up Algopack s'est spécialisée dans le plastique à partir de ces algues brunes. Elle réalise des dalles, des cadres de lunettes, des verres, des jetons de chariot, des urnes funéraires...

Des maladies et une odeur nauséabonde
"Monsieur le président, il y a des gens qui sont malades à cause des sargasses, on se sent délaissés et abandonnés." A Goyave en Guadeloupe, Emmanuel Macron a été interpellé par des habitants qui demandent des moyens supplémentaires pour se débarrasser des sargasses. "On est dans une détresse que vous n'imaginez même pas", lui a lancé une jeune femme, malade depuis le mois d'avril à cause des sargasses. 

Dans la foule, un habitant de Goyave a souligné la nuisance des algues : "L'inconvénient majeur, c'est l'odeur. A tel point que j'ai de la famille qui a dû déménager pour pouvoir éviter les risques." Une plainte pour mise en danger d'autrui a aussi été déposée jeudi à Paris par un collectif guadeloupéen pour dénoncer les "insuffisances criantes" de l'État "face à l'envahissement des côtes antillaises" par ces algues brunes nauséabondes.

Un plan de lutte pour accélérer le ramassage
Le phénomène, particulièrement important, cette année a poussé l'ex-ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot à se rendre sur place en juin, avec la ministre des Outre-mer Annick Girardin. Ils avaient alors annoncé un plan de lutte de 10 millions d'euros sur deux ans, avec pour objectif de réduire, pour les prochaines saisons, le délai de ramassage à 48 heures après les échouages. Récemment, c'est le site de la porte d'Enfer, à Anse Bertrand, qui a été envahi sur plusieurs centaines de mètres.

Vendredi 28 septembre, le chef de l'Etat a confirmé ce plan : "L'Etat s'est engagé à co-financer un plan d'équipement des territoires à hauteur de 4 à 5 millions d'euros sur 2018-2019 au sein d'un plan global d'équipement qui s'élèvera à 12 millions d'euros". "La réponse qu'on a apportée c'est d'équiper toutes les communes pour qu'elles puissent ramasser les algues dans les 48 heures", a promis Emmanuel Macron.

SOURCE FRANCEINFO

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