Jovenel Moïse, le temps de la remise en question

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Enfermé dans sa bulle, dans ses obsessions, le président Jovenel Moïse est le seul à n’avoir pas vu venir les évènements de ce week-end. Ou pire, il en a fait à sa tête et ignoré les multiples mises en garde sur les réseaux sociaux et à la radio contre l’élimination de la subvention des produits pétroliers pour plaire au FMI. 

Si le FMI donne la prescription de la gestion saine des finances publiques, il ne détermine pas le dosage. Il appartient à chaque Etat de choisir la posologie, de déterminer la conduite à tenir, la cadence de la reforme en ayant à l’esprit que celle-ci doit être effectuée avec tact, sens de responsabilité, pédagogie, dans un sentiment d’égalité par rapport au sacrifice à consentir. Trop tout d’un coup a cassé le cou de cette hausse de 85 gourdes de plus sur la gazoline, le diesel et 89 gourdes sur le kérosène, l’essence utilisé par les pauvres.

Le président Jovenel Moïse, connu pour son manque de souplesse et ses dérapages verbaux, après le premier ajustement passé en douce début 2017 grâce à des promesses non tenues faites à des syndicats, avait, à Paris, indiqué comme un enfant, un zeste trop triomphaliste, qu’il a fait cette augmentation et le pays ne s’était pas retrouvé à feu et sang pour autant.

Le chef de l’Etat, faible de son inexpérience de la gestion de la chose publique, avait peut-être oublié que savoir tenir sa langue est la première leçon en politique, que la vengeance, pour le peuple, est un plat qui se mange froid.

Pour la première fois depuis qu’il est arrivé au palais national, le tâtonnement, la navigation à vue, la carence de leadership du président sont mis sur le tapis par le forum économique du secteur privé. Issue du secteur privé lui-même, Jovenel Moïse est aux commandes de la république lors de l’un des pires dechoukay et de pillages post 1986. Sans se leurrer, le chef de l’Etat est le seul responsable de ce bourbier.

Jack Guy Lafontant, son ami et Premier ministre, personnage transparent, insipide, jamais à la hauteur de sa charge, est le choix de Jovenel Moïse. L’homme de la banane n’a pas voulu compenser son inexpérience en s’appuyant sur un homme ou une femme d’expérience. Il a voulu attirer toute la lumière sur lui et sur sa caravane avant que le forum économique du secteur privé ne l’invite à enfiler un corset. « Le Forum économique du secteur privé souhaite ardemment que le choix du nouveau gouvernement se fasse dans la plus large concertation possible et soit associé à l’adoption d’un plan d’action réaliste, visant à satisfaire les besoins élémentaires de la population dans la limite des voies et moyens disponibles », selon la note du forum qui a réclamé la tête du Premier ministre Jack Guy Lafontant.

Tout ou presque tout est dit. Cette note, sortie en pleine exaspération du secteur des affaires, est plus qu’un coup de semonce. Elle est l’expression, après des épisodes comme la « dedollarisation », d’une certaine exaspération que le président ne devrait pas ignorer. Plus qu’il ne le semble, la volonté de doter Jovenel Moïse des tuteurs, de personnes d’expérience n’est pas une mauvaise chose pour éviter que le régime ne poursuive l’œuvre d’auto sabordage. Avec plus d’intelligence, le président Jovenel Moïse aurait compris qu’il a besoin d’un ministre de la communication et non de l’irritation comme M Guyler C. Delva.

Confronté à la plus grave crise de son quinquennat, le président Jovenel Moïse, ancré dans un leadership confortable dans les petites violations de la loi, a un ministre de la justice, un ministre de l’intérieur avec de gros déficit de légitimité. Le président Jovenel Moïse ne devrait pas recourir au service de sa majorité au sénat et à la chambre des députés pour banaliser les violations de la loi. Il est conforté dans le mal par des « législateurs » plus occupés à compter les bénéfices et privilèges. Si c’est le président qui est l’objet de toute l’attention du public, il est évident qu’il incarne un leadership en déliquescence.

Ceci étant dit, il n’est pas inutile de souligner à l’encre forte que le président Jovenel Moïse peut encore sauver son quinquennat. Il peut encore revenir à l’essentiel, remettre les pieds sur terre, arrêté de répéter des promesses farfelues qui donnent plus envie de rire qu’autre chose. Il peut prendre de la hauteur, éviter les conflits de gamin qui prend tout au premier degré au point de s’offusquer des remarques du président de la conférence épiscopale sur l’adéquation nécessaire entre augmentation de taxe et service effectif à la population.

Ebranlé dans ses fondements, au courant peut-être aujourd’hui qu’il n’est pas si populaire en tant que pion de Michel Martelly, Jovenel Moïse peut aussi casser cet image qui lui colle à la peau depuis la destruction des maisons de ses voisins à Pèlerin 5. Quelques mots de travers, une expression d’outre-tombe d’un commissaire du gouvernement maladroit et c’est le chef qui casque. Pour Jovenel Moïse, le temps de la remise en question est arrivé. Plus tôt que prévu à la vérité. Il a le choix entre se réinventer ou perdre le pouvoir avant la fin de son quinquennat…

Source Le Nouvelliste

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