Ganthier et Fond-Parisien livrées aux bandits

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Ganthier Carte

Depuis plusieurs semaines, on enregistre sur la route nationale # 8, au niveau de Croix-des-Bouquets, Ganthier, de Fond-parisien, Fond-Verrettes et Thiotte, un regain de violence entraînant chez la population une réelle psychose de peur justifiée par la carence de patrouilles policières et l'impuissance des forces de l'ordre. Des individus non identifiés ont intercepté le vendredi 2 novembre 2019 un véhicule que conduisait Jean Robert Omuscart, un policer de la 14e promotion de la Police nationale d'Haïti (PNH) qui a été abattu à Ganthier ainsi que la passagère qui l’accompagnait. Ce même jour, une commerçante et un chauffeur de camionnette sont tombés sous les balles assassines des bandits qui opéraient dans cette communauté.

Au cours d’une visite du Nouvelliste à Fond-Parisien, des membres de la population de Croix-des-Bouquets, Ganthier, Fond-Parisien, Fond-Verrettes, Thiotte ont confié au journal qu’ils sont à bout de souffle et appellent au secours car les bandits armés ont désormais repris du service dans la quasi-totalité de ces régions sur la route nationale # 8. Des citoyens de ces communautés sont de plus en plus inquiets face à une insécurité grandissante et galopante. Ils dénoncent la présence de bandits armés dans leurs quartiers, qui rançonnent jour et nuit commerçants et passants, au vu et au su de tout le monde.

Ayant à leur tête, les dénommés « Lanmò san jou », « Azoukeng » et Ronald ainsi connu, ces malfrats ne cessent de terroriser la population, sous l’œil insouciant des autorités étatiques. Ce, malgré de nombreux SOS lancés par des particuliers. Selon les informations révélées par la police elle-même, ces bandits ont déjà enlevé la vie à plusieurs innocents sur la route. Les victimes d’enlèvements sont pour la plupart emmenées à Thomazeau, affirme la population.

Cette situation de la recrudescence de l'insécurité inquiète de plus en plus les résidents de ces quartiers. Le mardi 22 octobre 2019, vers 7 heures du soir, 15 bandits armés ont violé une quadragénaire qui sortait de Port-au-Prince pour rentrer chez elle, à Fond-Parisien. Une situation qui a révolté la conscience des habitants de la commune.  Quelques jours avant, une ingénieur et professeur d’université a été agressé et abattu de plusieurs projectiles par des malfrats qui l'ont dépouillé dans sa voiture au moment où il sortait de la République dominicaine en compagnie de son fils et de sa femme. « La victime a été tuée parce qu’elle essayait de tromper la vigilance des bandits », a confié un notable de Ganthier, soulignant que ces gangs armés ont reçu la protection d’un sénateur du département de l’Ouest très connu et le député de cette circonscription.

A notre arrivée, dans ces quartiers, aucun dispositif de sécurité n'était remarqué. Les forces de l'ordre étaient totalement absentes. La frayeur se lisait sur le visage des riverains. La population est victime tous les jours de rapine, de viol, de meurtre, etc. Les entreprises et les maisons ne sont pas épargnées. Des tirs nourris d'armes automatiques sont entendus quotidiennement, ce qui crée des moments de panique au sein de la population. A visage découvert et à toute heure de la journée, des malfrats ne cessent de dépouiller les passants et les résidents de leurs effets, particulièrement les bijoux et les téléphones portables.

Un défenseur des droits humains ayant requis l’anonymat a confié au journal que la situation est très grave sur la route nationale # 3 car les bandits font la loi. Il informe qu'il reçoit des menaces en permanence. « Depuis août 2019, je ne peux pas me rendre à Port-au-Prince car j’ai été menacé de mort par des bandits notoires et je reçois depuis constamment des appels anonymes », indique-t-il.

Pour sa part, Fred Fils Polidor, président de l’Association des citoyens révoltés de Ganthier (ACRG) attire l’attention de la société haïtienne, plus particulièrement celle de la Police nationale, des organisations de défense de droits humains et de la société civile, entre autres, sur le fait que la route nationale #3, au niveau de Ganthier et Fond-Parisien, est en proie à un phénomène de banditisme sans précédent. « Cette situation nous fait craindre le pire. Cet axe routier, rappelons-le, mène tout droit en République dominicaine, un pays avec lequel nous avons des relations commerciales importantes. La douane de Malpasse, rappelons-le également, rapporte beaucoup d’argent au Trésor public. Cette situation commence et va causer du tort à l’État, aux grands importateurs, aux petits commerçants, aux voyageurs et touristes si aucune disposition adéquate n’est prise », dit-il.

Quant à l'avocat Joseph Colas Dieufaite, résident de Fond-Parisien, il estime que cette conjoncture sociale maintient désormais les habitants de ces zones dans un climat de tension. Durant seulement le mois d'octobre, l'insécurité semble avoir atteint un point culminant avec en moyenne une dizaine d'agressions et de braquage à main armée par jour. Une évolution quasi linéaire et exponentielle de l’insécurité qui explique que les riverains se soient imposé un couvre-feu contre leur gré. «Je souhaite que les autorités en place utilisent tous les moyens qui sont à leur disposition afin d'apporter des solutions concrètes aux problèmes d'insécurité auxquels la population fait face », espère l'homme de loi.

Les bandits gagnent du terrain dans cette région. Les cris de détresse viennent presque de partout. Qui doit veiller à la sécurité de la population de la route nationale # 8 ?

Amos Cincir source Le Nouvelliste

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