Quand des journalistes interrogent les dérives de la presse haïtienne

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Rommel Pierre, Frantz Duval, Ives Marie Chanel, Clarens Renois

Depuis la chute de la dictature, la prolifération de médias (traditionnels, notamment les stations de radio) va à un rythme vertigineux au point qu’on parle de la saturation de la bande FM. Quant aux médias en ligne, ils poussent comme des champignons. Les institutions chargées de la régulation (le Conatel et le ministère de la Communication) semblent impuissantes voire absentes face à cette situation. Et le métier de journalisme s’exerce presque en dehors des normes déontologiques, d’éthique, du savoir, du savoir-faire et de la qualité. Celle-ci laisse à désirer. Car n’importe qui s’improvise journaliste, animateur, analyste, directeur d’opinion. Il se permet de dire n’importe quoi faisant fi de toutes règles, de toutes techniques journalistiques. C’est pour parler de ces dérives qu’ont été invités, ce samedi, trois journalistes de carrière : le rédacteur en chef du Nouvelliste Frantz Duval, l’ancien correspondant d’AFP Clarens Renois et l’ancien journaliste Ives Marie Chanel.

Evoquant l’évolution de la presse haïtienne, l’ancien journaliste Clarens Renois (aujourd’hui responsable politique) déplore que la qualité se noie dans la quantité. Il n’a eu de cesse, au cours de l’émission, de dénoncer les accointances, la complaisance, les trivialités dont font montre beaucoup de journalistes et animateurs. Ils se vantent, souvent au micro, d’être les amis d’hommes politiques ou d’entrepreneurs qui, la plupart du temps, les soudoient. Certains patrons de presse ne sont pas épargnés de la critique de ce grand agencier. Clarens Renois leur reproche leur cupidité, et aussi d’inciter leurs journalistes à se corrompre.  Il s’agit là de dérives criantes, selon le directeur général de l’agence en ligne HPN. Pour Ives Marie Chanel, les dérives entachant la presse haïtienne ont toujours existé. Il en veut pour preuve : l’idéologisation de la presse au cours de la période de la dictature. A cette époque, la presse s’était confinée dans la militance, dans les revendications sociales, prenant fait et cause pour les mouvements sociopolitiques dominés par la gauche. Frantz Duval a tenu à nuancer : dérives, il y en eu et il en aura toujours. Cela dépend de ce qu’on entend par dérive. Car, sous la dictature parler créole, se rappelle-t-il, était perçu comme une dérive. D’où la dérive est relative selon la perception qu’on en a, tempère le rédacteur en chef du Nouvelliste.

La prolifération des médias pose problème en ce que la plupart d’entre eux sont les propriétés des hommes politiques et de religieux. On retrouve parmi ces nouveaux patrons des parlementaires ou de candidats qui se servent des médias comme canal de propagande, de campagne électorale. Clarens Renois dit constater la tentative d’accaparement de fréquences par des proches de régimes politiques. Ils en font un véritable lieu de pouvoir, avance Ives Marie Chanel.

L’exercice du métier de journalisme a été mis en question à cette sortie de Forum. Frantz Duval a en effet évoqué la complicité, la complaisance et l’absence de distance constatée dans le travail de certains journalistes. Clarens Renois y relève, lui, de la publicité, de la promotion que des journalistes s’appliquent à faire en faveur des hommes politiques et hommes d’affaires. Il déplore l’absence de contenus, le laisser-aller et la licence dans les rédactions et les émissions de certains médias. L’une des causes : l’absence quasi totale de directeurs de programmation qui faisaient office, de son temps, de vigile, de censeur. Frantz Duval a révélé par ailleurs que des animateurs se substituent parfois aux médias tant ils ont eux une grande écoute.  

S’exprimant sur les dérives dans la presse, les journalistes Georges Allen, Wandy Charles et Luckson Saint-Vil ne sont pas d’avis contraires. Ils ont évoqué, entre autres, le problème de formation, l’imposture des journalistes, l’usurpation de titres, le mercantilisme chez certains patrons de presse. Ce qui constitue, selon eux, un obstacle, une entrave à l’émergence d’une presse qualifiée, objective, libre et indépendante.

Face à ces dérives contre lesquelles il faut sévir, Clarens Renois et Ives Marie Chanel en appellent à des juridictions, des autorités de sanction. Ce dernier plaide pour la moralisation sociale à laquelle l’école et l’église doivent, selon lui, jouer leur rôle.  Frantz Duval recommande, quant à lui, la création d’un observatoire de la presse.  

 

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une passion pour l'écriture
Journaliste de formation et de profession, Chenald Augustin a travaillé pendant sept ans au journal Le Matin où il était rédacteur au service culture. En juin 2010, il est entré au journal Le Nouvelliste, le pus ancien journal d’Haïti, pour le laisser deux ans plus tard....

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