Les artistes et la tentation politique

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Les artistes et la tentation politique - Rommel Pierre -presentateurs, Sénateur Jacques Sauveur Jean, Sénateur Gracia Delva et Magistrat Yvon Jérome

Depuis environ trente ans, on assiste à l’entrée des artistes (dont la grande majorité est composée des musiciens et chanteurs) dans l’arène politique, en briguant des postes électifs au parlement et au niveau des collectivités territoriales. En tête de liste, arrivent, comme des pionniers, le chanteur-compositeur Clark Parent et le très populaire chansonnier engagé, artiste subversif Manno Charlemagne (le premier fut élu sénateur des élections de quatre-vingt-dix et le second devint maire de Port-au-Prince en 1996). La tendance semble se généraliser.

Voici sept ans, le très populaire chanteur de konpa Michel Martelly a brigué la magistrature suprême de l’Etat au dépens de son adversaire, la très réputée professeure d’universités, politologue et constitutionnaliste Mirlande Manigat. Une première dans notre histoire, qui n’arrête depuis d’étonner certains et d’offusquer, de révolter d’autres. Quant au parlement, il compte en son sein quelques chanteurs, les uns plus populaires que les autres, rien qu’au Sénat de la République.

Peut-on parler de tentation, de séduction ou de devoir de servir le pays en constatant la ruée des artistes vers la politique ? Est-ce dû à l’influence d’un phénomène que d’aucuns qualifieraient de mondial ? Est-ce un effet de mode ? Ou l’effet de leur popularité ? Qu’est-ce qui pousse un artiste à entrer dans la politique ? Cela est-il dû à l’échec de l’élite politique ? A la démission, à la passivité des intellectuels ? Pourquoi de plus en plus en plus d’artistes haïtiens entrent dans la politique ? Question emblématique du Forum du samedi 11 août autour de laquelle ont débattu les invités de Jean Rommel Pierre : les sénateurs Garcia Delva, Jacques Sauveur Jean (chanteurs) et l’ancien maire de Carrefour, Yvon Jérôme (percussionniste).

Ce dernier a d’entrée de jeu justifié son entrée en politique comme maire par, avoue-t-il,  son amour pour son pays et le devoir de le servir. Il dit chérir depuis longtemps l’ambition, le rêve de faire la politique afin d’apporter sa pierre à la construction de la démocratie d’où on est encore loin. Pour Jacques Sauveur Jean, l’art et la politique sont liés en ce qu’ils tendent vers la satisfaction de l’autre. D’où la raison portant cet ancien chanteur «  de charme et romantique » à devenir sénateur dans l’intention de changer les choses. En témoigne sa présence au Sénat.   

A la question relative à leur bilan soit comme sénateur soit comme maire, les invités de Jean Rommel Pierre semblent avoir du mal à répondre. Toutefois, l’ancien maire de Carrefour évoquait parmi ses réalisations le projet d’autonomisation de la commune. En effet, il indique que Carrefour devient la 3e municipalité à être autonome de l’administration centrale de l’Etat, soit du ministère de l’Intérieur.

Le sénateur de l’Artibonite Garcia Delva se réfère à sa proposition de loi sur la culture. Il y est question notamment, indique-t-il, de la consécration du mois de juillet à la célébration du konpa et à l’hommage à son créateur Nemours Jean Baptiste. Ce texte recommande aussi l’implication des collectivités territoriales dans la valorisation et la promotion de la culture en ce que chaque mairie doit être dotée d’un agent culturel. Conformément à sa mission de légiférer et de contrôler les actions de l’Exécutif, le sénateur Delva a fait part, à Forum, d’une autre proposition de loi portant création d’un comité national du carnaval de Port-au-Prince. Origine et appartenance au lieu musical obligent. Le premier sénateur de l’Artibonite en a profité pour faire valoir son appui inconditionnel à la réalisation du projet Artibonite 4 C, visant au barrage hydro-électrique dans le département. 

Pendant une bonne partie de l’émission, les trois invités n’ont cessé de réagir aux propos du professeur Roger Petit Frère interviewé sur les artistes et la politique, le rapport entre les créateurs et la masse, le dilemme de la popularité et de la compétence, et le rôle et l’implication de la masse dans les décisions politiques. Certains points évoqués par le professeur d’histoire et des idées politiques et sociales paraissent soulever quelques mécontentements chez les intervenants de Forum. Du moins ont-ils été mal interprétés, mal compris.

Cette édition de Forum a été d’une grande originalité en ce qu’elle a consacré un temps de parole à des chanteurs-sénateurs-politiciens qui s’interrogent eux-mêmes, remettent en question le système politique, évoquent leur vision de la gestion de la chose publique et se projettent dans l’avenir. Invité à participer aux côtés de ses pairs conscrits, le sénateur de l’Ouest, le chanteurs-compositeur Antonio Cheramy dit Don Kato, était absent de cette table ronde sur les artistes et la politique. Il a raté, peut-être, l’occasion d’évoquer le rapport entre l’art, l’engagement et la subversion, et les raisons qui l’avaient porté à devenir sénateur et dénoncer la corruption et les gabegies administratives.

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une passion pour l'écriture
Journaliste de formation et de profession, Chenald Augustin a travaillé pendant sept ans au journal Le Matin où il était rédacteur au service culture. En juin 2010, il est entré au journal Le Nouvelliste, le pus ancien journal d’Haïti, pour le laisser deux ans plus tard....

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