De la nécessité de produire en Haïti, aujourd’hui

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Y a-t-il nécessité de produire aujourd’hui en Haïti ? Que faut-il produire ? Et pour quels marchés ? Comment l’Etat doit-il jouer son rôle dans la relance et le développement de l’agriculture, de la production locale ? Telles ont été les principales questions thématiques ayant fait le débat lors du Forum de samedi 7 avril entre l’agronome Thomas Jacques, ancien ministre de l’Agriculture, actuel coordonnateur de la Caravane du changement, l’économiste Peterson Noël, ambassadeur d’Haïti auprès de la Caricom et l’ingénieur forestier Jean Dudson Ariscat.

D’entrée de jeu, l’ancien ministre du gouvernement de Laurent Lamothe a brièvement dressé un tableau, non reluisant, de la production rizicole du pays. Celle, qui dépasse très rarement les 150 000 tonnes par an, dont la plus grande part provient de la Vallée de l’Artibonite. Alors qu’il faut 500 000 tonnes pour notre suffisance alimentaire en riz, la production en avoisine les 125 000, y compris celle de la plaine de Torbeck, dans le Sud, à en croire Thomas Jacques. Le constat ne concerne pas seulement la filière rizicole, mais également d’autres secteurs de la production agricole pour laquelle on ne dispose pas de véritables fonds d’investissements, ni de vrais moyens de production. Les terres arabes s’en vont à la mer à cause de la dégradation de l’environnement. 

Au vu de cela, l’ingénieur forestier craint que ne disparaisse l’agriculture. En plaidant pour son développement, Jean Dudson Ariscat appelle à de nouvelles approches en vue de la relance de la production agricole, qui tiennent compte d’un ensemble de domaines. Car l’agriculture est, précise l’ingénieur forestier, transversale. L’économiste Peterson Noël va plus loin en considérant l’agriculture comme faisant partie de la sécurité publique, comme étant un élément déterminant de notre souveraineté. Selon le représentant d’Haïti à la Caricom, la situation critique de l’agriculture relève en grande partie de la libéralisation de notre marché, de l’ouverture – délibérée ? – de nos ports aux produits étrangers et de la baisse considérable des droits douaniers. Ce qui n’est pas sans conséquence sur notre économie, et nos produits locaux qui font face à une concurrence déloyale. 

Pour Thomas Jacques, notre pays devient ainsi une société d’importation et de consommation. Il importe pour plus de 800 millions de dollars américains de produits alimentaires, rien que pour l’année 2017, indique l’économiste Peterson Noël. La plupart de ces produits proviennent de la République Dominicaine. L’agronome Thomas Jacques souligne que notre balance commerciale est nettement déficitaire par rapport à celle des pays d’où nous importons, y compris la République Dominicaine dont nous devenons le déversoir. Pour le coordonnateur de la Caravane du changement, il y a urgence de produire. Pour quoi faire ? Pour l’exportation et pour la consommation locale, pense-t-il. 

Quant à Peterson Noël, il opte surtout pour la production des services  – dont le coût d’investissement parait inferieur à celui de la production de biens – comme le font beaucoup de pays de la Caraïbes et les Tigres asiatiques que sont la Thaïlande, la Malaisie, l'Indonésie, le Viêt Nam et les Philippines. Notre économie emprunte depuis quelque temps cette voie de tertiarisation, constate Jean Dudson Ariscat. Ils ont toutefois convenu tous les deux de la nécessité par l’Etat d’encourager, de promouvoir, à travers des politiques publiques, les investissements agricoles.  

Si les intervenants admettent des efforts qui se font dans la production agricole et dans l’agro-industrie de Forum, il reste toutefois beaucoup à faire. Surtout, il faut renforcer les institutions, croit l’ambassadeur Noël. Une nécessité dans le cadre de la relance de la production locale. Mais surtout, il est important d’encadrer les producteurs, de mettre à leur disposition des fonds d’investissements.  

Journaliste, communicant  
Assistant-directeur du bureau de communication de la Primature
Master I en journalisme  (uniQ/CFPJ de Paris)
509 47 17 4444
33, Boulevard Harry Truman
Port-au-Prince, Haïti - HT-6110
 

 

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une passion pour l'écriture
Journaliste de formation et de profession, Chenald Augustin a travaillé pendant sept ans au journal Le Matin où il était rédacteur au service culture. En juin 2010, il est entré au journal Le Nouvelliste, le pus ancien journal d’Haïti, pour le laisser deux ans plus tard....

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