La corruption dans les médias : les journalistes et les patrons sur le banc des accusés

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La corruption dans les médias. Il a été soumis ce samedi 17 février aux débats, aux discussions entre trois journalistes : Clarens Renois, directeur général de HPN, Marie Raphaëlle Pierre de radio Ibo et Michel Joseph, journaliste de radio Caraïbes.

Forum est de retour après deux mois d’absence sur le petit écran. Une reprise-choc avec un sujet tabou, sensible : la corruption dans les médias. Il a été soumis ce samedi 17 février aux débats, aux discussions entre trois journalistes : Clarens Renois, directeur général de l’agence en ligne HPN, Marie Raphaëlle Pierre, directrice de l’information à radio Ibo et Michel Joseph, journaliste, grand reporter et présentateur de journal à radio Caraïbes.

On ne s’attendait pas à un tel sujet d’émission de deux heures d’horloge, sur lequel des journalistes sont appelés à une remise en question de leur propre lieu (les médias), de leur propre métier (le journalisme), de leurs pairs (les journalistes) et de leurs patrons. En Haïti, il revient souvent aux journalistes, aux éditorialistes, aux analyses politiques de parler corruption dans laquelle de grands commis de l’Etat sont embourbés.

Pour Michel Joseph, les journalistes sont exposés à la corruption. Ils semblent en être la proie même. Les mauvaises conditions de travail (il est mal équipé, sous-payé), la situation de vie précaire du journaliste et parfois son harcèlement notamment par les hommes politiques sont parmi les principales causes de la corruption à
laquelle, croit le grand reporter de radio Caraïbes, il est difficile de résister.

Marie Raphaëlle Pierre s’en tient aux cas de marchandage, de chantage que font des journalistes. Elle rappelle des cas où des journalistes sont intéressés à couvrir des sujets pour lesquels ils se font payer ou ils réclament des contreparties, soit en carte de recharge téléphonique, soit en fiche de carburant. Aujourd’hui accepter des 
gratifications d’un homme politique, d’une entreprise et d’en réclamer aussi  parait normal aux yeux des journalistes. On dirait que c’est un droit. Quant aux patrons de medias, ils sont nombreux à ne pas refuser des offres quelques soient sa nature et son origine, et parfois à exiger des avantages, des contrats juteux.  Cela devient monnaie courante. Une situation qui révolte la responsable de la salle des nouvelles de radio Ibo. Michel Joseph s’indigne, quant à lui, des pratiques de complaisance par des journalistes, consistant à citer  au micro les noms d’hommes politiques ou de riches investisseurs dont ils se targuent d’être des amis. Comment un journaliste peut-il être l’ami d’un politicien ou d’un entrepreneur ? se demande Clarens Renois.

Ce dernier se veut plus catégorique en questionnant les sources de financement des médias, les relations, les accointances des patrons avec le pouvoir et le secteur privé des affaires. Avec la création de stations de radio et de télévision par des hommes politiques, des parlementaires et élus locaux (surtout dans les villes de province), la corruption parait imminente dans l’espace médiatique, s’inquiète Clarens Renois. A l’en croire, une telle prolifération de médias met en danger l’objectivité, l'esprit critique du journaliste, met à mal l’indépendance du métier de journalisme. Celui-ci devient moins critique, il perd de son fervent engagement, il se range du côté des nantis, du pouvoir dépendamment du contexte.

La formation au rabais que dispensent des écoles de journalisme dont sont issus la plupart des professionnels de l’information est souvent à la base de la corruption où ils s’enlisent, croient Michel Joseph et Clarens Renois. Ainsi, ce dernier invite à questionner les motivations des aspirants à ce métier qui, à l’instar de l’enseignement, est un véritable sacerdoce.

Pour Clarens Renois, la corruption commence à s’emparer des médias à partir de la prolifération des radios après la chute du régime duvaliériste, soit après 1986. A partir de là, débute une pression sur les médias consistant à en faire un espace de promotion individuelle, un lieu de copinage.

Face à cette situation alarmante où l’image de la presse se dégrade, où le journalise est discrédité, Clarens Renois appelle à une veritable réglementation du métier, à une sorte de moralisation du métier. Ce qui, selon lui, doit commencer dans les centres de formation en journalisme. Il invite également l’Etat à intervenir en
vue de l’émancipation de la presse (devenue très vulnérable face aux forces du pouvoir et d’argent) et de la protéger contre la corruption ou contre ses multiples offensives prédatrices.

Au cours de l’émission, on aura retenu qu’aucun cas de corruption entachant journaliste et patron de média n’a été évoqué. Les invités de Rommel Pierre semblaient en faire abstraction. Ils se contentaient de parler de la corruption de manière générale, vague. Ils se sont peut-être gardés de ne citer aucun nom de journaliste, ni de patron dont la situation financière et le mode de vie proviendraient des activités de corruption, du marchandage, du favoritisme, du trafic d’influence.
 

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une passion pour l'écriture
Journaliste de formation et de profession, Chenald Augustin a travaillé pendant sept ans au journal Le Matin où il était rédacteur au service culture. En juin 2010, il est entré au journal Le Nouvelliste, le pus ancien journal d’Haïti, pour le laisser deux ans plus tard....

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