Encore, encore l’affaire Petrocaribe

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La Transparence : Condition sine qua non d'une gestion saine des ressources Publiques - Rommel Pierre - Roberson Alphonse - Etzer Emile- Kesner "Roro" Pharel

Elle n’aura pas fini de défrayer la chronique, d’enflammer la toile, les réseaux sociaux ni d’être l’objet de manifestations, de mouvements sociaux, de sit-in, de dénonciations sur mode artistique, comme en témoignent les graffitis sur les murs des institutions publiques montrant une fillette en pleur demandant l’argent de Petrocaribe. L’affaire Petrocaribe est le sujet qui domine l’actualité et le paysage politique. Les tenants des mouvements et les citoyens protestataires pointent du doigt ceux qui en auraient dilapidé, détourné, gaspillé les fonds, en affichant leurs photos sur des pancartes ou en en faisant des affiches, des mini vidéos charriant l’humour, le tout posté sur les réseaux sociaux.

Pour parler de cette fameuse affaire, l’animateur de Forum, Jean Rommel Pierre, a pris un prétexte : la transparence, condition sine qua non d’une gestion saine des ressources publiques. Mais comment parler de transparence dans le contexte actuel sans s’attarder sur le sujet d’actualité : le dossier Petrocaribe?

En effet, à l’émission Forum du samedi 15 septembre, les économistes Kesner Pharel, Etzer Emile et le journaliste Roberson Alphonse ont longuement débattu de ce dossier épineux, du scandale qui s’en est suivi.

D’entrée de jeu, Kesner Pharel salue ce mouvement citoyen en ce qu’il réclame la transparence, la reddition des comptes. Bref, celui qui aura contribué pendant environ trente ans à l’éducation économique des auditeurs trouve normal que les citoyens à travers le vaste mouvement Petrochallenge veuillent savoir où est passé l’argent de Petrocaribe. Il dit voir en ce mouvement « une bonne initiative ».

Abondant dans le même sens, l’économiste Etzer Emile y décèle une prise de conscience, un réveil tendant vers la justice et la transparence. Celle qui, selon l’auteur de « Haïti a choisi de devenir un pays pauvre », constitue une constante au cours de toute notre histoire de peuple, et a toujours été à l’origine de l’inégalité, de la paupérisation caractérisant notre société. Cette corruption n’est pas seulement liée à l’administration publique, mais elle gangrène également toutes les sphères sociales du pays.

Le journaliste Roberson Alphonse assimile le Petrochallenge à ce qu’il appelle (reprenant les termes d’Edwy Plenel, journaliste de Mediapart) le droit de savoir. A rappeler que le journaliste du Nouvelliste et de Magik 9 a été l’un des tout premiers à écrire, en août 2010, sur ce dossier dans son fameux article « L’odeur des dollars de Petrocaribe » à partir d’un entretien avec l’avocat Newton Saint-Juste qui a été, lui aussi, l’un des premiers fervents défenseurs de cette affaire.

Toutefois, l’économiste Kesner Pharel souhaite que le mouvement visant au procès de Petrocaribe soit structurel et non émotionnel. Il doute que des institutions, comme le Sénat ou la Cour des comptes, parviennent à évaluer, 10 ans après, la gestion des fonds Petrocaribe. Dans la même lignée, le journaliste Roberson Alphonse appelle à sortir du verdict du tribunal de l’opinion, lequel est, selon lui, trop émotif. Et d’ajouter : il réclame que la lumière soit faite sur l’utilisation des fonds de Petrocaribe, de la CIRH (Commission intérimaire de la reconstruction d’Haïti) ainsi que sur ceux concernant le gouvernement d’Aristide, qui ont fait l’objet du fameux rapport de Paul Denis.  

La vague de dénonciations (dans les rues, sur les réseaux sociaux) suscite des appréhensions chez l’économiste   Etzer Emile, celles de voir le dossier classé, resté sans suite. Car dans notre pays, très peu de gens accusés de corruption ont été poursuivis, jugés puis condamnés. Il partage par ailleurs l’analyse de Thomas Lalime selon laquelle  « le rapport de la Cour des comptes ne suffira pas à faire la lumière sur l’utilisation du fonds PetroCaribe ».    

Dans le cadre du programme Petrocaribe – une coopération énergétique avec le Venezuela qui permet à notre pays de se pourvoir en carburant à des tarifs préférentiels –, Etzer Emile rapporte que plus de 300 projets ont été exécutés. Certains, ajoute le journaliste Roberson Alphonse, l’ont été sans passation de marché. Il s’agit de contrat de gré à gré, déplore-t-il. Ces projets réalisés n’ont aucune retombée économique, relève le reporter et éditorialiste du Nouvelliste. Ne s’inscrivant dans aucune dynamique économique, ces projets ont, entre autres, pour conséquence : l’indicateur socio-économique reste inchangé, indique l’économiste Etzer Emile.

Attentifs aux appels de beaucoup de citoyens réclamant le jugement des dilapidateurs des fonds de Pétrocaribe, Etzer Emile et Roberson Alphonse disent être favorables au procès contre toute personne accusée de corruption. Le journaliste du Nouvelliste va plus loin en souhaitant que l’immunité de certains officiels soit même levée pourvu que les actes qui leur sont reprochés puissent être avérés. Etzer Emile  souhaite également que les fonds détournés soient rendus.     

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une passion pour l'écriture
Journaliste de formation et de profession, Chenald Augustin a travaillé pendant sept ans au journal Le Matin où il était rédacteur au service culture. En juin 2010, il est entré au journal Le Nouvelliste, le pus ancien journal d’Haïti, pour le laisser deux ans plus tard....

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