Des technologies numériques qui transforment les activités économiques

Posted
3 months ago
Last updated
2 months ago
2771 views
Time to
read
4’

Technologie - Smart Phone

Dans une chronique en date du 8 avril 2019 (1), nous avons fait état des opportunités qu’Haïti pourrait tirer de l'économie numérique. L'usage répandu des Nouvelles technologies de l’information et des communications (NTIC) a eu un impact important sur tous les secteurs économiques à travers le monde. Les technologies numériques deviennent le facteur de productivité par excellence, donc un enjeu de croissance et de développement économiques.

Participant au symposium organisé le 21 décembre 2018 par le Conseil national des télécommunications (Conatel), nous avons exploré les opportunités, enjeux et défis de l’économie numérique pour Haïti, en particulier des télécoms et des NTIC. Hal Varian (2016), auteur de manuels de théorie microéconomique et économiste en chef à Google, expose cinq grands moyens par lesquels les technologies numériques transformeront les activités économiques. La banque du Canada les a reprises dans une de ses publications (2). En voici un extrait :

1. Collecte et analyse de données : Les entreprises seront en mesure de recueillir de grande quantité d’informations sur les préférences des clients et de s’en servir pour prévoir leur comportement et améliorer la prestation de services.

2. Personnalisation : Les entreprises pourront fournir des produits et services conçus sur mesure. Les clients comptent vivre une expérience simplifiée et s’attendent à ce que les commerçants possèdent les renseignements pertinents sur leur historique d’achats, leurs préférences de facturation, leur adresse de livraison, entre autres.

3. Expérimentation et amélioration continue : Les entreprises seront à même d’exploiter de grands ensembles de données et de puissants algorithmes de prévision pour automatiser leurs systèmes et éclairer leurs décisions concernant la production et l’affectation des ressources.

4. Innovation en passation de contrats : Les entreprises et les clients pourront suivre, surveiller et vérifier les activités exécutées par les autres parties aux contrats, ce qui facilitera de nouveaux types de transactions économiques telles que le service de transport accessible par application mobile, la monnaie électronique et le grand livre partagé.

5. Coordination et communication : Les outils de communication, à travers les logiciels de partage de fichiers, les vidéoconférences et les appareils mobiles sans fil, permettront aux gens et aux ressources d’interagir avec une flexibilité accrue, peu importe où ils se trouvent. Les entreprises parviendront plus facilement à offrir leurs produits et services sur les marchés.

L’ensemble de ces transformations pousse certains auteurs à parler d’une révolution de la gestion engendrée par l’avènement du numérique. L’explosion récente des données numériques a une importance cruciale. Les gestionnaires, privés ou publics, peuvent mesurer, évaluer, savoir davantage sur leurs activités et traduire ces connaissances en une prise de décision et une performance améliorées.

Apprendre à exploiter de nouveaux flux d'informations peut radicalement améliorer la performance des entreprises et des institutions publiques. Mais cela doi td’abord passer par un changement de culture de prise de décision. Par exemple, à partir des achats en ligne, un entrepreneur peut suivre ce que les clients ont acheté et ce qu'ils ont regardé, autrement dit leurs préférences. Il peut analyser la façon dont les clients ont navigué à travers le magasin ou le site Internet, à quel point ils ont été influencés par les promotions, les critiques et les similitudes entre les influenceurs.

Avec l’analyse des données sur leurs clients, les librairies développent des modèles pour prédire quels livres les clients voudraient lire. Il ne fait donc aucun doute que l'utilisation de ces données massives (Big Data) a le potentiel de transformer la gestion des entreprises.

Qu’en est-il de la gestion de l’État ?

On ne peut pas gérer ce que l’on ne mesure pas, aiment répéter les statisticiens et économètres. Les technologies numériques permettent de mieux mesurer, donc de gérer plus efficacement. On peut faire de meilleures prévisions et prendre des décisions plus intelligentes. Au niveau de l’État, on peut cibler des interventions plus efficaces et on peut le faire dans des domaines jusqu'ici dominés par l'intuition plutôt que par les données, les modèles et la rigueur.

À mesure que les outils et la philosophie du « Big Data » se répandront, ils modifieront les idées de longue date sur la valeur de l'expérience, la nature de l'expertise et la pratique de la gestion. Les données montrent que les décisions basées sur les données sont bien meilleures. L'utilisation de « Big Data » permet aux gestionnaires de décider sur la base d’évidences statistiques plutôt que sur de simples intuitions.

Par exemple, la firme américaine Target a prédi la grossesse d’une adolescente aux États-Unis bien avant que ses parents ne s’en aperçoivent. Elle a commencé par envoyer des promotions d’articles pour bébés à la jeune fille. Son père, outré, ne savait même pas encore qu’elle était enceinte. Juste pour vous donner une idée de la justesse de prévision, faite à partir de simples données de consommation d’un client.

Plus les entreprises fondent leurs décisions sur la base de données, mieux elles prennent des mesures objectives et aboutissent à des résultats financiers et opérationnels. Les entreprises se trouvant dans le tiers supérieur de leur industrie, utilisant la prise de décision axée sur les données, étaient, en moyenne, 5 % plus productives et 6% plus rentables que leurs concurrents, selon une étude réalisée par Andrew McAfee et Erik Brynjolfsson publiée dans la revue Harvard Business Review en 2012. Cette différence de résultats demeure robuste à la prise en compte des contributions du travail, du capital, des services achetés et des investissements informatiques dans la rentabilité des entreprises.

L’amélioration de la capacité de prévision occasionnée par l’avènement du numérique conduit également à une augmentation de l’efficacité des politiques publiques. Shane Reese de la « Bringham Young University » a étudié les possibilités de prévoir des émeutes à l’aide de données publiques sur les réseaux sociaux telles que les tweets, les posts sur Facebook, Instagram entre autres. Il utilise tous les messages Twitter en l’Amérique latine pendant 4 ans pour tenter de prédire s’il y aura une émeute ou non.  Parmi les prédicteurs ou variables indépendantes, on retrouve le volume des tweets, de posts sur Facebook et la présence de certains mots-clés.

De telles approches auraient pu être utilisées pour dénicher des investisseurs étrangers. Ces derniers ne viendront pas en Haïti du jour au lendemain sans une attraction locale cohérente et efficace. Il faudra les convaincre des opportunités qu’offre Haïti et comment ils pourront en bénéficier. Avec les techniques de l’intelligence d’affaires et du « Big Data », on pourrait créer une base de données avec les profils d’entrepreneurs qui investissent dans la Caraïbe, particulièrement en République dominicaine, pour leur présenter des opportunités d’affaires qui compléteraient leur plan d’affaires dans la Caraïbe. Même les pays industrialisés continuent de développer des stratégies d’attraction et de rétention  des investisseurs étrangers. C’est une obligation pour Haïti.  

Thomas Lalime source Le Nouvelliste

Andrew McAfee et Erik Brynjolfsson, octobre, 2012, Harvard Business Review

Author
Détenteur d’un doctorat en sciences économiques de l’Université du Québec à Montréal (UQÀM) en rédigeant une thèse sur l’épargne et la littératie financière des ménages au Canada, Thomas Lalime est spécialisé en microéconomie, économie du développement, évaluation de projets et en micro-économétrie. Il a...

Animateur (s)

Anne Merline Eugene's picture
La Mafia existe
1 year 6 months ago
Jacques Adler Jean Pierre's picture
Agenda Culturel RTVC - 20 Avril 2017
2 years 7 months ago