J'ai peur, mon cri du coeur.

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Mario Andrésol - Ancien DG de la PNH

Anel a déambulé dans les rues de la capitale avec tous ses hommes et toutes ses armes. Du Village de Dieu à Turgeau en passant par le centre ville où, dans certains quartiers, les riverains l'ont chaudement applaudi, Anel leur a répondu par un sourire ou en les saluant de la main, comme un triomphateur revenu victorieux d’une guerre de conquête.

Aux abords de l’église du Sacré Coeur, il fit le signe de la croix, rebroussa chemin et regagna son fief, en toute quiétude, pendant qu'à quelques mètres plus loin, les forces de l'ordre s’en prenaient à des milliers de manifestants déterminés de passer devant le palais national.

A la rue de la Réunion, il paraît qu'il voulait même porter main forte aux manifestants en difficulté au Champ de Mars. Bizarre, que les forces de l’ordre semblaient beaucoup plus préoccupées à neutraliser ceux qui revendiquaient un mieux-être que les bandits qui terrorisent la population

Voilà, où nous en sommes pendant que nos autorités politiques se taisent et continuent de se la couler douce au frais des contribuables. Voilà où nous en sommes après toutes ces années de luttes intestines et de querelles de chapelle. Voilà où nous en sommes pour ne pas avoir créer depuis des décenies les conditions pour l’épanouissement optimal de nos concitoyens.

Il est même bruit que les chefs de gang de la zone de Martissant et des quartiers de Bolosse ont fait la paix.
Et si tous, les chefs de gang des quartiers pauvres s'entendaient et coordonnaient leurs actions pour déferler sur la capitale et ses quartiers huppés, quel serait le sort des paisibles citoyens? 
Personne n’est à l’abri, aujourd’hui plus qu’avant, les gangs squattérisent nos quartiers, ils sont en surnombre dans nos institutions, dans la rue ils nous guettent. Ils sont chez nous et j’ai peur. J’ai peur parce que j’ai fait connaissance avec ces foyers criminogènes où vivent des jeunes, qui à cause de la polarisation radicale des classes sociales, n'ont aucune autre alternative que de verser dans la criminalité. 
La vie, c’est l’enfer dans ces bidonvilles, ces viviers que nous avons conditionnés pour ne produire que des “Anel” ces enfants dépourvus de liens sociaux, de formation et de moyens raisonnables de subsistance.

A Turgeau, les honnêtes gens, affolés, ont couru dans toutes les directions pour se mettre à l'abri craignant pour leur vie, craignant d’être emportés par la “vague Anel”

Anel est recherché. Mais il est sorti de son fief, on l’a vu, il a conquis, et y est retourné, heureux comme Ulysse plein d'usage et raison continuer ses rapines, au vu et au su des forces de l'ordre impuissantes et d'une population désespérée.

De quoi demain sera-t-il fait? Ce n’est même pas une question. C’est le “Y en a marre” d’une société en décomposition qui risque de disparaître à jamais sous les flots de l’égoïsme, de la division et de la mesquinerie.

J’écris parce que j’ai peur, j’écris parce que je sais ce que ça donne de vivre dans la peur de se faire, voler, violer ou tuer et de n’avoir personne à qui s’adresser.

Avant une autre Haïti #YonlotAyiti, avant celle que nous voulons #Ayitinouvlea, avant d’emprunter la 3e voie ou avant même, qu’une autre Haïti soit possible, il faudra faire le ménage, éradiquer les gangs dans toutes les strates de la société, dans toutes nos institutions, de ceux des forces de sécurité à ceux de l’administration publique, de ceux de Anel à ceux des bandits à col blanc pour que nous n’ayons plus de Pont- Rouge à maudire, de Marchaterre à bannir. Il nous faudra le faire pour Haïti…pour nos enfants.

Cela peut-il être?...Cela doit être.

Mario Andrésol

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