Paul Eronce Villard, le nouveau commissaire du gouvernement de Port-au-Prince, opte pour un autre parquet et une autre justice

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Paul Eronce Villard

Le gouvernement a nommé Me Paul Eronce Villard comme nouveau commissaire du gouvernement de Port-au-Prince. Un homme dont l’intégrité, la compétence, le sérieux, le dynamisme et la grande culture sont loués par plus d’un. Ce brillant magistrat remplace à la tête du parquet Me Clamé-Ocname Daméus qui a démissionné de son poste suite à des mouvements de grève des avocats.

Du haut de ses 1m 80, ce quadragénaire, costaud, robuste, a l’air d’un joueur du football américain. Natif de Port-au-Prince (il se réclame d’être issu des entrailles, de la matrice du « peuple », a fait toutes ses études (primaire et secondaire) au lycée Alexandre Pétion, au Bel-Air. Ses études une fois achevées, il s’inscrit à l’Ecole normale supérieure de la rue de la Réunion. Il entre tout droit au département de philosophie. Il se familiarise avec les textes des grands penseurs comme Platon, Spinoza, Jhon Locke. Après ses études, le jeune normalien-philosophe de formation enseigne la philosophie au lycée Toussaint Louverture et dans des collèges de la capitale. 

La passion pour le savoir, les études ne s’arrête pas là. Ce billant professeur de philosophie, au style châtié, féru de théories, d’histoire, de philosophie, s’inscrit à la Faculté de droit et des sciences économiques de Port-au-Prince. « J’ai toujours rêvé d’associer le droit et la philosophie. J’ai toujours été sensible à la situation de notre système judiciaire, de nos prisons. J’ai toujours été profondément touché par le problème de détention préventive prolongée », nous confie-t-il. Sa formation de normalien lui a permis de soumettre son mémoire de sortie en droit six mois après qu’il a bouclé les études académiques. Son travail porte sur l’éthique et le droit : le cas de la législation haïtienne. « Dans ce mémoire, j’aborde la crise de morale, de modèles, de principes et de déontologie dans le droit et la société haïtienne », indique Me Villard.    

Après avoir bouclé ses deux années de formation à l’Ecole du Barreau de Port-au-Prince, Paul Eronce Villard est tout de suite devenu encadreur des jeunes avocats au sein de cet ordre professionnel. Il leur enseigne les techniques de procédures. Ce qui lui a valu une certaine notoriété au sein du Barreau, et de gagner la sympathie des jeunes avocats membres de cet organisme professionnel, administratif et juridictionnel. 

Le 12 janvier 2010, survient un terrible tremblement de terre dévastateur ayant frappé Port-au-Prince. Au nombre des innombrables dégâts énormes et des pertes en vies humaines se trouvaient la destruction des infrastructures judiciaires et le décès de plusieurs magistrats. Un concours d’admission à l’Ecole de la magistrature de Bordeaux est lancé. Paul Eronce Villard y est admis après avoir passé le concours. Il passe un an à cette prestigieuse école. « A Bordeaux, j’ai appris les techniques de traitement de dossiers, de rédaction de jugement et de plaidoiries. J’ai pu aussi découvrir la grande différence entre le système carcéral français et le nôtre. Dans le système français, certains condamnés peuvent sortir de prison pour aller se marier, visiter leur famille », nous raconte le nouveau commissaire du gouvernement de Port-au-Prince. Et de retour dans son pays natal, il entre à l’école de la magistrature de Port-au-Prince d’où il est sorti lauréat aux termes de 16 mois d’études assidues.

Celui, qui se meurt de la soif de servir son pays, de se mettre au service des justiciables et des plus démunis, est nommé en 2012 substitut commissaire du gouvernement au Parquet de Port-au-Prince. C’est un rude travailleur qui traite tous ses dossiers avec rigueur, impartialité et en toute indépendance. « Il n’en laisse aucun en souffrance. Il a été un substitut fougueux, méticuleux, très soucieux de son travail et des résultats », révèlent certains de ses anciens collègues qui aujourd’hui ne cachent pas leur joie de le voir nommer commissaire du gouvernement. Il a passé, malheureusement, trois ans au parquet de Port-au-Prince. En 2015, il a démissionné de son poste suite à sa mise en disponibilité par le ministre de la Justice d’alors Pierre-Richard Casimir. 

Sa nomination comme commissaire du gouvernement suscite un sentiment de grande satisfaction et de plaisir chez l’actuel officier judiciaire à la section des juridictions modèles de la Minujusth (Mission des Nations unies pour l'appui à la Justice en Haïti). « Plaisir de servir la République qui m’avait tant donné : l’éducation gratuite. C’est un devoir de la servir. Je n’ai d’autre patrie qu’Haïti », nous confie le nouveau chef du parquet de Port-au-Prince – qui en prendra les rênes au cours de cette semaine. 

Cette nomination suscite des réactions chez des hommes de loi et des directeurs d’opinion. L’avocat Dominique Noël l’accueille favorablement : « c’est une victoire pour la justice en ce qu’il y aura une orientation de la justice en termes d’activités, de politique pénale. Avec l’arrivée de Paul Eronce Villard à la tête du parquet de Port-au-Prince, on aura un système judiciaire qui reflètera l’Etat de droit. » Emmanuel Jean François salue cette nomination qu’il considère comme étant « le bon choix, celui d’un homme intègre, compétent, sérieux ». Pour l’analyste et animateur de Matin Caraïbes, la nomination de ce nouveau commissaire du gouvernement témoigne d’un signal de grands chantiers de l’administration Moïse et du gouvernement Céant dans le domaine de la justice. Ce signal semble traduire la volonté du couple de l’exécutif de faire de la justice. 

De son côté, le nouveau défenseur des intérêts de la société et du respect de l'ordre public rêve de faire du parquet le moteur du système judiciaire. Il veut rendre ce ministère public dynamique, performant, en le mettant davantage au service des justiciables. Paul Eronce Villard, qui n’arrive pas en terrain inconnu, veut faire du parquet de Port-au-Prince un modèle. Pour ce faire, il se donne pour ultime mission de lutter contre la détention préventive prolongée. Il en fera son cheval de bataille. Ainsi, compte-t-il visiter les centres carcéraux, les commissariats où il procédera à la vérification des mains courantes (cahiers d’enregistrement des personnes interpellées). Il veut aider le doyen à augmenter le nombre d’audiences dans le tribunal. Il entend appliquer la loi sur la lutte contre la corruption, en collaboration avec les responsables des institutions étatiques engagées dans la lutte contre ce fléau. Paul Eronce

Villard projette de réunir les officiers de police judiciaire autour des cas de criminalité dans la région métropolitaine. Il veut s’assurer du traitement des dossiers dans les délais impartis par la loi, et veiller à ce qu’aucun mandat de dépôt ne soit émis par le parquet en violation de la loi y relative.    
Il entend faire respecter les droits de la société dont il est l’avocat-défenseur. Son maître-mot est les résultats. « Il n’y a aucun sacrifice que je ne puisse consentir pour mon pays », révèle le nouveau chef du parquet de Port-au-Prince. 
 

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une passion pour l'écriture
Journaliste de formation et de profession, Chenald Augustin a travaillé pendant sept ans au journal Le Matin où il était rédacteur au service culture. En juin 2010, il est entré au journal Le Nouvelliste, le pus ancien journal d’Haïti, pour le laisser deux ans plus tard....

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