Les misères de la police…

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Police Nationale d' Haiti - Unite Specialise - Archives

Sur divers points du territoire, des gangs armés protégés par des élus, des gens de l'exécutif et des officiers ministériels assermentés tuent, volent, violent. Ils continuent d’écrire en lettres de sang les pages d'un roman noir imposé à la population qui a longtemps perdu confiance dans l’appareil de sécurité du pays. La Police nationale d'Haïti (PNH), en ces moments difficiles, essuie les feux de critiques face au renforcement des gangs armés, capables, comme mercredi soir à Carrefour-Feuilles, d’abattre de manière indiscriminée des hommes et des femmes. Mais peu de gens savent que la PNH est confrontée à des difficultés qui impactent ses capacités opérationnelles et le moral de ses troupes.

En off, le journal est mis au parfum d'un ensemble de grains de sable dans la machine de la PNH. Les primes pour les policiers des unités spécialisées ne sont pas payées depuis au moins trois mois. Des réquisitions, comme celles pour le paiement de factures de fournisseurs de nourriture pour l’administration pénitentiaire, sont au ministère de l’Économie et des finances, a appris le journal. Aucune suite ne leur est donnée. 

La police ne dispose que de deux blindés opérationnels sur cinq. Il y a un problème de pneus pour les autres et pas de budget pour réparer le principal outil qui pourrait permettre aux policiers d'être au plus près des terrains d'opération et de damer le pion aux bandits qui disposent de fusils d’assaut.

Souvent, ces dernières semaines, si la PNH a des armes, elle a fait face à un manque de munitions. « Lors de certaines opérations, les bandits continuent de tirer longtemps après le repli de la police faute de balles », a confié une source. 

Alors que le Palais national, la Primature, les ministères de la Justice et de l’Intérieur et la secrétairerie d’Etat à la Sécurité publique dépensent des dizaines de millions de gourdes le mois dans le renseignement, la police ne dispose que de deux millions de gourdes pour faire du renseignement sur tout le territoire. Les renseignements collectés par le Palais national, la Primature, les ministères de la Justice et de l’Intérieur et la secrétairerie d’Etat à la Sécurité publique sont rarement, pour ne pas dire jamais acheminés à la police, a indiqué notre source.  

Si la présidence s’est arrangée pour que la police ait plus de 80 véhicules de patrouille pour renforcer sa présence dans les rues, d’autres problèmes pressants doivent être abordés, a expliqué une autre ressource. Les brigades d’intervention de la police sont inadéquatement équipées pour apporter une réponse proportionnelle à des gangs disposant d'armes de guerre, a confié notre source.                                                    

En termes d’effectif, la police dispose de quelque 15 000 hommes. Cependant, les sous-commissariats de la zone métropolitaine disposent d’une moyenne de 13 policiers par shift de travail. Cela est nettement insuffisant pour assurer la sécurité à Martissant, Grand-Ravin, Savane-Pistache, par exemple, a expliqué cette source qui concède un recul des forces de l’ordre face aux bandits. Les commissariats  de certaines villes de province, en moyenne, ont 5, 6 policiers par shift, a indiqué cette source. Le détachement de policiers à la sécurité de parlementaires, de ministres et d’autres grands commis de l’Etat réduit le nombre de policiers qui pourraient être disponibles sur le terrain, a soutenu cette source.

Les sous-commissariats et commissariats de certaines communes ont les mêmes problèmes d’équipements, à savoir armes et munitions insuffisantes, a expliqué cette source, qui soutient qu’aujourd’hui, pour différentes raisons, politiques surtout, le fardeau de la sécurité du pays est déposé sur les épaules de Michel-Ange Gédéon qui n’a pas pu obtenir de l’Etat même le quart des ressources financières nécessaires pour exécuter le plan de développement de la PNH entre 2017 et 2022. Sur un autre front de la sécurité du territoire, les douanes ne font pas leur travail de manière adéquate pour contrôler l'entrée sur le territoire d'armes et de munitions. À la frontière, il n'est pas rare que des policiers de Polifront interceptent des containers non contrôlés  en provenance de la douane de Malpasse. Il y a un cas où plusieurs containers ont été saisis et acheminés au commissariat de Croix-des-Bouquets. Les agents douaniers ne sont jamais venus inspecter ces containers pour déterminer leurs contenus. Mais, sans une autorité judiciaire, sans aucune forme de procès, on a ordonné la remise de ces containers sans qu'on sache ce qu'ils contenaient, s'est offusqué une autre source, interrogée avant l'enquête judiciaire sur la disparition de containers de manière irrégulière au port de Lafiteau. Au moins deux parmi seize containers entrés de manière irrégulière pourraient contenir des armes et des munitions.

« On veut faire passer Michel-Ange Gédéon et le commandement de la PNH pour des incapables alors qu’on ne leur donne pas les moyens », a expliqué cette source, qui soutient qu’en dépit des difficultés, les policiers et policières veulent faire leur travail. Affaiblir la police pour promouvoir les FAD’H est contre-productif. Chaque institution a son rôle dans la production de la sécurité nationale, a soupiré notre source.

« C’est clair que le président Moïse n’a jamais voulu de Gédéon. Mais cela aurait été plus intelligent de lui donner les moyens de faire son travail et de choisir un autre cadre de la PNH pour le remplacer à la fin de son mandat. C’est le contraire qui est fait. Cela a des conséquences sur la vie de la population », a poursuivi un haut gradé de la PNH qui a fustigé « certains médias qui participent à saper le moral des policiers en donnant la parole à des bandits, à d’anciens évadés comme Arnel Joseph qui tuent, volent et violent à Port-au-Prince et dans l’Artibonite ».

L'affaiblissement de la police intervient alors qu'il est de plus en plus évident que contrebandiers, trafiquants de drogue et bandits armés sont devenus des « partenaires stratégiques » d’élus, d’hommes politiques, d'hommes d'affaires. Par ailleurs, l'une de nos sources s'est inquiétée que la flambée de l'insécurité soit profitable au grand banditisme. Lorsque des policiers de la BLTS sont mobilisés dans des opérations de sécurisation de zones où les bandits terrorisent la population, d'autres points utilisés par les trafiquants restent sans surveillance, a indiqué cette source, inquiète pour l’avenir.

Le mandat de Michel-Ange Gédéon s’achève en août 2019 et même s’il est hypothétique que se tiennent des élections en octobre, des armes et des munitions sont acheminées dans le pays dans cette perspective, a expliqué cette source, qui a appris au journal que des armes et des munitions proviennent de la République dominicaine via la frontière. Souvent des Haïtiens échangent  des motocyclettes et des véhicules volés en Haïti contre des armes et des munitions avec leurs comparses de la République dominicaine, a révélé cette source, assez sceptique que les annonces de lutter contre les bandits aient les résultats escomptés.

Source Le Nouvelliste

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