La rareté de carburant recommence déjà

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2019 s’ouvre sur une nouvelle rareté de produits pétroliers au pays. L’exaspération face aux conséquences des raretés, la dénonciation de la préservation d’intérêts particuliers ne se font plus dans les mouchoirs. À côté de la difficulté d'obtenir des dollars, au moins 100 millions par mois, du choix par l’État d’administrer les prix et d’absorber seul les risques de change, des voix appellent à l’élimination de l'intermédiation du BMPAD, au retour de la formule ante PetroCaribe : les compagnies importent les produits pour satisfaire leur clientèle.

Dans un tweet publie ce mardi, Maarten Boute, Directeur de la Digicel, a laissé transpirer  l’exaspération et la rage face aux perspectives d’une nouvelle rupture d’approvisionnement en produits pétroliers sur le marché local. « Trois compagnies d'essence sont en rupture de stock. Toutes les compagnies seront en rupture de stock de diesel dans 3 jours. Crise à répétition ! À qui profite le crime ? À Novum ? Au @bmpadhaiti ? », a écrit le numéro un de la Digicel en Haïti, mardi 15 janvier 2019. 
« Les ruptures de stock affectent nos opérations. Nous avons plus de 1500 génératrices à faire tourner à travers le pays pour notre réseau. Cela prend du diesel », a indiqué Maarten Boute, qui n’a pas souhaité élaborer sur ses interrogations dans le tweet.

Cependant, une source interrogée par le journal sur les raretés répétées d'essence souligne que « quelqu’un doit bénéficier de ceci. Pour un pays, c’est un crime économique. La situation a un impact néfaste sur beaucoup de secteurs. Cela affecte le taux du dollar », a-t-elle expliqué, considérant Novum Energy, un broker, un « fuel supplier » comme « bénéficiaire du statu quo ».

La compagnie Novum Energy, basée à Houston, au Texas, a de puissants représentants en Haïti, a révélé notre source. « Ils sont des hommes d’affaires puissants, proches du régime Tèt Kale et des gens en position de pouvoir », a précisé cette source, estimant que le gouvernement « prend un pari risqué en exposant l’économie à des ruptures de stock à répétition pour sécuriser des commissions de représentants, d’intermédiaires. Pour cette source, « le meilleur choix consisterait à revenir à l’ancienne formule permettant aux compagnies d’importer elles-mêmes leurs produits ». « Il faut savoir éviter d’aller dans le mur pour sécuriser les commissions de certains », a-t-elle insisté.

Moins encline à taper sur Novum Energy, une autre source a indiqué que cette entreprise « est le seule qui importe des produits pétroliers qui continue à prendre un risque élevé avec le gouvernement haïtien». Le gouvernement, pour les appels d’offres gagnés par Novum Energy, a, par le passé et tout récemment encore, accusé des retards allant au-delà des 45 jours pour payer la facture après la livraison du carburant à cause d’un problème d’accès aux dollars sur le marché. Pour fournir le produit lors de nouveaux arrivages, Novum Energy se fait payer des arriérés. Le temps passe, les retards s’accumulent, on ne s’en sort pas, a expliqué cette source, estimant que le BMPAD et le gouvernement doivent « cesser de faire de l'intermédiation sur ce marché ».


Rareté et impact sur la fourniture d'électricité...

Le problème d’approvisionnement impacte négativement la production d’électricité au niveau de la centrale thermique Sogener. « La centrale produit 15 mégawatts sur les 50 mégawatts qu’elle devrait produire. Je n’ai encore rien trouvé sur les 50 000 gallons de diesel dont j’ai besoin », a confié au journal Dimitri Vorbe, l’un des responsables de Sogener, mardi après-midi. « Cette semaine, il y a beaucoup de grognes à cause de la baisse de l’alimentation électrique consécutive au non-approvisionnement en diesel. En ce moment, cela met en exergue l’importance de l’électricité dans la vie de la population. Il faut une politique énergétique adéquate qui prenne en compte la réalité du pays et la réalité des ressources disponibles », avait tweeté la veille Dimitri Vorbe. « Nous avons déjà fait la proposition à l’État de faire fonctionner la centrale avec du gaz naturel. Le gaz naturel est plus propre, moins cher et disponible en grande quantité dans le monde. Nous ne pourrons pas le faire sans l’accord de l’État parce que cela n’est pas dans notre contrat », avait-il indiqué.

On ne parle pas le même langage dans un marché stratégique et sensible

Le marché pétrolier en Haïti vit ces moments difficile parce qu’il y a aussi problème de confiance, de lecture différente, en fonction des perspectives, des responsabilités et des intérêts défendus.

Vendredi dernier, le directeur général du BMPAD avait confié au journal dans une interview non encore publiée qu’il n’a que 40 des 80 millions de dollars de dettes des compagnies pétrolières pour « débloquer la situation », dissiper les craintes de rupture de stock à répétition.

Si le directeur du BMPAD, Ignace St-Fleur, n’a « aucune crainte » quant aux risques de rupture de stock à répétition de carburant au cours du mois de janvier comme l’appréhendent des opérateurs du secteur, il avait cependant souligné avoir besoin de 40 millions de dollars des 80 millions que doivent les compagnies pétrolières pour « débloquer la situation ».

« Je n’ai aucune crainte de mon côté quant au risque de rupture de stock pendant le mois de janvier car le bureau et les compagnies auront, j’espère, le temps de parvenir à une entente qui saura éviter au pays les méfaits d’une rupture à répétition », a confié au journal le directeur général du BMPAD, Ignace St-Fleur, vendredi 11 janvier 2019.

« Je pense, ou mieux, je souhaite qu'avec un peu de compréhension nos partenaires au niveau des compagnies puissent trouver la meilleure formule pouvant leur permettre d’honorer leurs factures envers le BMPAD. Je vous rappelle que les compagnies ont des dettes de l'ordre de plus de 80 millions de dollars envers le BMPAD et que pour débloquer la situation, le BMPAD n' a besoin que de 40 millions », a expliqué Ignace St-Fleur. « Je tiens à souligner à votre attention également que le BMPAD n’entend pas se livrer dans un bras de fer avec les compagnies puisque ces dernières ont toujours été à côté du BMPAD dans les moments les plus difficiles », a-t-il ajouté.

 « En prenant en compte les quantités de carburant qui ont été déchargées au cours de la semaine, il reste à bord des 3 bateaux de Novum, qui sont dans la baie de Port-au-Prince, plus de 60 millions de dollars de carburant. Les dollars que les compagnies pétrolières peuvent acheter aux banques commerciales ne sont pas disponibles suffisamment rapidement pour satisfaire les exigences de paiement de ce fournisseur dans les temps impartis. Il y aura donc des ruptures de stock à répétition au cours du mois de janvier », avait prévenu jeudi une source proche d’une compagnie pétrolière interrogée par le journal.

Il n’y a pas que ça. « Le BMPAD fera d’autres appels d’offres; si ce même fournisseur (Novum) remporte tout ou une partie de ces appels d’offres, d’autres ruptures de stock viendront perturber l’économie du pays comme cela a été le cas à plusieurs reprises en 2018 », a poursuivi la source du journal. « Le BMPAD a choisi de continuer de travailler avec un fournisseur (Novum) qui tient le pays en otage et qui ne décharge ses navires que lorsqu’il est payé. Ce fournisseur dont la seule activité est la vente de carburant au BMPAD n’a pas d’autres activités commerciales en Haïti, il peut donc être la cause de ruptures de stock sans en souffrir les conséquences », avait tancé cette source proche d’une compagnie pétrolière.

Plus loin, notre source a indiqué « qu’aux difficultés que peuvent rencontrer les compagnies pétrolières pour payer le BMPAD vient s’ajouter le fait que les douanes doivent à ces mêmes compagnies pétrolières plus de 55 millions de dollars au titre des taxes à rembourser ». Pour cette source, « dans les mois à venir, les compagnies pétrolières n’auront plus assez de gourdes pour acheter les dollars dont elles ont besoin pour payer le BMPAD ».

Au contraire de ce que dit le DG du BMPAD, c'est l'Etat qui a une dette de 4 milliards de gourdes envers les compagnies

Le ministre de l’Économie et des Finances, Ronald G. Décembre, dans une interview au journal, le vendredi 11 janvier, avait confié que l’État, sur l’année, entamerait « la restitution au fur et à mesure » de dettes ayant atteint aujourd’hui près de 4 milliards de gourdes aux compagnies pétrolières. « Quand le carburant est vendu, cela génère des dettes que l’État devra honorer… Nous paierons les compagnies pétrolières parce que le carburant est vendu à un prix qui grève les marges de celles-ci », avait indiqué le grand argentier de la République, qui dit chercher une formule pour sortir de cette situation qui asphyxie le Trésor public. L’indisponibilité à temps et en nombre suffisant de dollars pour payer les produits pétroliers génère des frais portuaires et des frais de « démurage » qui sont à la charge de l’État. Cela rend plus cher le prix du produit, a expliqué Ronald G. Décembre.

Interrogé sur les dettes des compagnies pétrolières envers le BMPAD, 80 millions de dollars, selon le directeur de cette institution, Ignace St-Fleur, le ministre de l’Économie et des Finances a souligné que les compagnies pétrolières n’avaient pas de dettes à proprement parler envers l’État. « Ce n’est pas une dette en soi. Le montant en gourdes est là. C’est l’obtention de l’équivalent en dollars qui est le problème», a expliqué Ronald G. Décembre, soulignant que les compagnies doivent payer en dollars. Ce n’est pas une dette. Il y a une nuance, a insisté le ministre. « Les banques ne mettent pas le dollar à la disposition du public », avait-il poursuivi.

Interrogé aussi sur les appels à ce que le BMPAD ne soit plus l’intermédiaire et que les compagnies utilisent leurs propres lignes de crédit et leurs propres moyens pour rendre disponibles les produits sur le marché, le ministre de l’Économie et des Finances, Ronald G. Décembre, n’a pas écarté cette possibilité. « Je pense que le BMPAD peut toujours être un intermédiaire mais le BMPAD est un régulateur. Il faut qu’il soit là pour réguler le marché, regarder le niveau d’écoulement, de disponibilité du produit, les risques de rareté du produit sur le marché et agir, administrer. Le BMPAD peut être le régulateur. D’un autre point de vue, on peut peut-être laisser une compagnie importer le produit. Cela peut peut-être éviter les raretés », avait indiqué le ministre de l’Économie et des Finances, qui dit réfléchir sur des solutions pour sortir l’État de cette situation. Chaque mois, ce sont près de 100 millions de dollars américains qu’il faut trouver pour importer des produits pétroliers, a expliqué Ronald G. Décembre. Source LE Nouvelliste

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