Côte sud : l’urgence, c’est la reconstruction

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La vie d’Amenta a changé depuis quatre mois. Depuis le passage de Matthew. Cette sexagénaire, mère de trois enfants, tente de se relever péniblement de la catastrophe. Sur le littoral aux Côteaux, ses enfants s’apprêtent à lui reconstruire sa maison emportée par la mer. Presque chaque jour, Amenta récupère certains de ses objets (des ustensiles de cuisine, des vêtements…) enfouis dans le sable. « J’avais six lits auparavant, maintenant je dors sur un drap étalé à même le sol », se plaint Amenta.
L’embarras pour la sexagénaire comme pour des milliers d’autres personnes survient quand il faut aller à la selle, surtout au cours de la journée. Même si le problème de latrines s’est toujours posé pour certains habitants, pour d’autres, c’est une expérience « humiliante » de déféquer à l’air libre au bord de la mer, ou dans la brousse environnante pour ceux qui n’habitent pas le littoral. Être vu des voisins et des passants. « C’est un vrai problème », concède Michel, élève de seconde, en route pour l’école.
Le problème des latrines se pose sur le littoral », précise Ste-Ursite Chérisemé, mairesse assesseur des Côteaux, « mais dans les sections communales, la situation est autrement préoccupante,  les habitants n’ont jamais eu de latrines et vivent dans des conditions encore plus précaires depuis Matthew, car la totalité des maisons ont été détruites ou endommagées. »
Les séquelles de la catastrophe restent visibles. Chacun avance son lot de problèmes, mais tous sont préoccupés par la reconstruction. Dans l'entretemps, les habitants luttent pour leur survie après avoir perdu leurs plantations.  « Il ne pleut pas, on ne peut pas planter. Si on ne continue pas avec la distribution de la nourriture, les gens vont mourir de faim parce que la situation est vraiment difficile », avance Magloire, 57 ans, en culotte devant sa nouvelle demeure. Une cahutte recouverte d’une bâche qu’elle a reçue d’une ONG après le passage de Matthew. « J’ai travaillé toute ma vie pour être autonome et indépendant, mais le cyclone m’a mis à genoux », regrette Magloire, montrant du doigt l’un de ses champs arides. 
À Roche-à-Bateau, aux Côteaux ou encore à Les Anglais jusqu’à la Grand'Anse – les régions touchées de plein fouet par l’ouragan –, beaucoup de familles ne peuvent toujours pas se nourrir par elles-mêmes. Dépendantes de l’aide alimentaire des ONG, notamment de la CRS, la plupart croisent les doigts pour que la distribution de la nourriture continue. « Il me reste trois petites marmites de riz », indique Roselène, le visage bronzé, assise sous une bâche sur le littoral à Gadroit, soulignant qu’elle a reçu de la nourriture trois fois depuis la catastrophe. La dernière fois, c’était en décembre dernier. 
« Depuis Matthew, on ne consomme pratiquement que du riz, matin, midi et soir », fait remarquer Silné. Il habite le littoral des Côteaux depuis 1958. Deux de ses trois maisons ont été détruites et l’autre endommagée. « On survit grâce à la CRS », indique le sexagénaire, qui cultive habituellement du maïs, du mil, du manioc et du haricot. À l’instar de centaines d’autres personnes, Silné souhaite que l’État lui vienne en aide avec des semences et d’autres supports pour se relancer.
Les mairies dépassées par les événements
Les quelque 9 000 habitants des Côteaux ne peuvent pas (encore) compter sur les autorités locales qui, elles aussi, misent sur l’aide extérieure pour se relever. La mairie des Côteaux – les locaux étant endommagés – est encore logée dans le bâtiment qui abrite le district scolaire. Ste-Ursite Chérisemé, mairesse assesseur, est l’une des dix personnes présentes ce jour-là. Elle a l’air d’une simple anonyme. Habitant dans une localité un peu reculée, la mairesse doit prendre chaque matin un taxi-moto pour se rendre à la mairie. Une trentaine de minutes de route, dit-elle. « La mairie ne dispose d’aucun moyen de transport, même pas d’une motocyclette », ajoute-t-elle, affirmant, par ailleurs, que les autorités locales ont été clairement dépassées par les dégâts causés par Matthew.
« Même pour nous au niveau de la mairie, c’est difficile, confesse Ste-Ursite Chérisemé. On n’a rien comme ressources financières. On entreprend des démarches qui n’ont pas encore abouti. On attend… »
On ne sait pas combien de temps va durer cette attente. Ce qui manque à beaucoup de planteurs, c’est l’accès aux semences et d’autres supports techniques pour se relancer. « On cultivait du mil, de l’arachide, du haricot, du manioc…maintenant, on ne peut rien planter parce qu’il ne pleut pas, se désole G. Magloire, 47 ans. Nous avons besoin de semences. »
« La sécheresse, c’est un deuxième cyclone », avance, de son côté, Marie Luféta St-Éloi, institutrice, directrice de l’école nationale de Roche-à-Bateau.
Le vrai espoir pour beaucoup est de revoir pousser des feuilles sur les arbres. Même si d’énormes troncs d’arbres jonchent encore des champs et bloquent  l’accès à plusieurs localités reculées. « De l’espoir, les habitants en ont besoin, car moralement aussi il est difficile de se relever de cette catastrophe,  à entendre le pasteur Exer Pierre quand il déclare : « Toutes les conditions ont été réunies pour nous anéantir », évoquant la violence avec laquelle l’ouragan avait frappé la région. 
Matthew est le premier cyclone de catégorie 4 à s’être abattu sur Haïti en 52 ans. Et, depuis le tremblement de terre du 12 janvier 2010, c’est la plus grande catastrophe naturelle que le pays ait connue.
Valéry Daudier source le nouvelliste

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