« Après neuf semaines, il est important qu’on commence à penser aux enfants »

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Salle de classe

Neuf semaines déjà depuis que l’école est fermée en raison des troubles sociopolitiques. Malgré la reprise des activités notamment dans la capitale, les parents n’ont pas décidé d'envoyer leurs enfants en classe. Pour cause : le climat d’insécurité persiste, les autorités étatiques peinent à envoyer un signal rassurant à la population et des attaques contre des établissements scolaires ont été enregistrées ces derniers jours.

Au matin du 16 septembre, une semaine après la réouverture officielle des classes programmée par le ministère de l’Éducation nationale, nul n’aurait pensé que les élèves allaient être privés de l’instruction durant autant de jours. Le mouvement « peyi lòk » mis en branle par l’opposition a eu raison de la gent scolaire. Les barricades dans les rues ont empêché des millions d’enfants de se rendre en classe dans les grandes villes du pays. Cela a trop duré. Des voix s'élèvent pour fustiger l’irresponsabilité des protagonistes.

Pour l’éducateur de carrière Roody Edmé, « après neuf semaines, il est important qu’on commence à penser aux enfants ». Il affirme que la lutte pour le changement du pays en vue d’offrir de meilleures conditions de vie à la population est une lutte à laquelle tout le monde adhère. Mais le directeur d’établissement scolaire, – responsable de la formation de beaucoup d’enfants,  – croit qu’on « ne doit pas sacrifier les générations futures » sous prétexte de vouloir changer le pays.

Loin de vouloir indexer quiconque dans la crise actuelle, Roody Edmé pense que cette situation affecte les employés, les écoles et les familles à un point tel que c’est devenu insupportable. Selon lui, si les protagonistes favorisent la reprise des activités scolaires, cela pourra « crédibiliser les leaders ».  « Il faut laisser un couloir humanitaire pour permettre aux enfants de se rendre à l’école. Le calendrier scolaire sera réaménagé et en adaptant les cours, les élèves pourront acquérir les connaissances de base », a indiqué Roody Edmé.

Léo Litholu, secrétaire général de l’Union des parents d’élèves progressistes haïtiens (UPEPH), tout en mettant en avant la nécessité d’une reprise des classes, a évoqué l’inquiétude des parents à vouloir envoyer leurs enfants à l’école. Encourager le fonctionnement de certaines écoles dans quelques communes du pays ne fera que renforcer l’école à plusieurs vitesses dans le pays puisque la majorité des 4 millions d’élèves du pays sont cloitrés chez eux.  « L’État doit garantir la sécurité dans les rues. Aussi, ajoute-t-il, sans un dénouement de la crise, la réouverture des classes ne sera pas possible ».

Parents, éducateurs et citoyens ont exprimé leurs préoccupations sur la fermeture des classes. Les conséquences des troubles sur l’économie du pays, notamment le secteur informel, rendront difficile la reprise. Les rapports de l’ONU et de l’IPC ont indiqué que près de 4 millions d’Haïtiens sont en situation d’insécurité alimentaire. Quelle que soit l’issue de la crise, Léo Litholu demande aux autorités de venir en aide aux parents les moins lotis en leur accordant des subventions. Certains parents, soutient-il, sont décapitalisés.

Le silence assourdissant du gouvernement

L’administration Moïse ne s’est,  jusqu’ici, jamais prononcée sur une date pour la reprise des activités scolaires. Le ministère de l’Éducation nationale prétend ne pas avoir appelé les écoles à fermer leurs portes, alors il n’est pas de sa responsabilité d’exiger que les établissements scolaires rouvrent leurs portes. L'institution étatique préfère plutôt parler de la dégradation du climat de sécurité et dit établir, dans un communiqué paru le 15 novembre, des mesures pour pallier l’absence des enfants en classe. Même après ces neuf semaines d’arrêt, le MENFP n’a pas précisé la date d’entrée en vigueur du « plan d’action en vue de la poursuite des activités scolaires ». Ces mesures consistent en un réaménagement du calendrier scolaire 2019-2020 ; l'élaboration du programme à compétences minimales en tenant compte d’un minimum de 120 à 140 jours de travail.

Le titulaire du MENFP, Pierre Josué Agénor Cadet, dénonce, sans en indiquer les auteurs, des menaces contre les écoles qui veulent fonctionner, obligeant du coup les enfants à assister aux cours en cachette. Le problème de sécurité empêchant les enfants d’aller à l’école est bien réel, aux yeux du ministre Cadet. « Peu importe les revendications, nous ne sommes pas dans une société obscurantiste. Il n’est pas bien de s’attaquer aux écoles ou de ne pas respecter les droits des enfants à l’éducation. » Par ailleurs, M. Cadet affirme avoir déjà rencontré le haut état-major de la PNH autour de la sécurisation des écoles.

Ricardo Lambert Source Le Nouvelliste

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