Florida Band, plus qu’un rara…

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Florida Band

Samedi soir, Chabanne – un petit quartier au sud de la ville de Petit-Goâve, limitrophe de la nationale no 2 –, en plein carême, aura laissé le souvenir d’une ruelle en béton armé bordée de maisons traditionnelles et en béton à peine cachées par la verdure des arbres fruitiers, des cocotiers, des bananeraies, des parterres de fleurs dont la senteur vous envahit.

Dans la splendeur vespérale de ce samedi, ça sent le Florida, le parfum Hombre, les feuilles médicinales, l’alcool, les poudres aromatiques aux vertus de guérison, de protection, de chance, qui, en un mélange, se brassent dans une cuvette émaillée blanche remplie d’eau.

Sous une tonnelle à ciel ouvert, près d’un cimetière d’une quinzaine de tombes, débute une cérémonie. Des vèvès aux divinités Aïzan, Damballah, Baron Samedi, Erzulie se dessinent à même le sol. Les instruments y sont déposés, pour être sacrés une nouvelle fois. Une fumée acre monte d’un feu de bois autour d’un fer, juste à l’entrée du cimetière, et envahit l’air pour dissiper l’odeur fraîche et boisée de ce doux quartier où tout le monde se connaît. Florida Band, un jeune groupe rara né il y a à peine trois ans, se prépare pour ses dernières soirées performatives avant les dates fatidiques de vendredi saint, « samedi d’eau bénite » et de dimanche de Pâques.

21 h. Le « colonel » (conducteur) de Florida Band s’arme de son fouet. Il est flanqué de deux hommes, dont le plus jeune est le houngan (prêtre vaudou) de la bande de rara. En chœur, ils invoquent par des chants incantatoires les dieux Ogoun et Legba. Ils implorent au premier la force, la puissance guerrière pour pouvoir se battre contre les adversaires, les ennemis de la bande. Ils supplient au second l’ouverture du chemin débarrassé de mauvais sorts. La tonnelle est vite illuminée. À grands coups d’alcool, de parfums Hombre et Florida, une vive flamme s’allume par intermittence. L’atmosphère se mue en une ambiance de cérémonie de vaudou.

21 h 30. Florida Band rara se dirige vers le carrefour (Chabanne et nationale No 2). A cette intersection pourtant couverte de poussière laissée par les récentes pluies diluviennes, le jeune houngan de la bande de rara est en transe. Il s’agenouille, s’adresse aux quatre façades de ce périmètre, tourne au milieu de la flamme bleuâtre que l’on attise en l’aspergeant de parfum et d’alcool.

22 h. Florida Band met le cap vers l’ancienne route, en terre battue et caillouteuse. La foule grossit de plus en plus. Les fans viennent des sections et quartiers avoisinants de Petit-Goâve : Fond-Fab, non loin du morne Tapion, centre-ville, Barrette, Vialet, 2e Plaine… Au carrefour Chabanne-Ti-Ginen (près du quartier général de Chenn Tamarin, sa rivale), c’est la cérémonie en hommage au dieu Legba, suivie de feux d’artifice striant le ciel noir et taciturne. Le parrain et donateur de Florida Band, le jeune journaliste sportif de la RTVC Kesnol Lamour paraît entré en transe. Il s’improvise « colonel » de la bande. C’est grâce à lui que Florida Band s’impose comme un leader dans le paysage rara à Petit-Goâve. Ses membres-fondateurs lui doivent l’acquisition de ses premiers instruments de musique au moment où la bande en avait grand besoin, car elle en empruntait à Chenn Tamarin, alors absente pendant quelques années des festivités rara. Grâce à lui et Team Viktwa (une jeune association de jeunes œuvrant dans la production et la promotion d’événements culturels et musicaux), Florida Band se distingue par sa musique, ses animations, ses costumes, son décor dans le monde rara à Petit-Goâve. Ce qui lui vaut cette grande audience et la réputation d’être la bande de rara la plus innovatrice dans la cité soulouquoise. Sa nouvelle vidéo où l’on peut voir des vedettes comme Tonton Bicha, Harold Domond, peut en témoigner.

Florida est la première bande – et la seule aujourd’hui – dans la région des Palmes – à introduire dans le rara le synthétiseur. Le jeune pianiste Ti Master apporte des phrasés harmoniques, doucereux, entraînant au rythme maskaron qu’illustrent à merveille les bambous, le tambour, le bingo, la caisse de batterie. La bande se forge un style, un nouveau souffle – ce grâce aux magnifiques sonorités du synthétiseur – dans la culture rara tout en préservant les traditions cultuelles, cérémonielles qui la rattachent au vaudou.

Les soirées de Florida Band dans les rues de Petit-Goâve et ses zones avoisinantes constituent de véritables performances musicales. De sa composition « 2018, nou pi move » – enregistrée et diffusée sur les radios de la capitale – aux merengues carnavalesques les plus en vogue, en passant par les chants traditionnels du vaudou, Florida peut se vanter de créer une ambiance inouïe faite de transe, de défoulement, d’euphorie et de danses dans lesquelles des corps entremêlés pourraient se laisser emporter par la vague berceuse du maskaron.

À moins d’une semaine de la grande fête, Chabanne tronque déjà le silence de son cadre luxuriant, champêtre, la brise des côtes maritimes de Ti-Ginnen, contre l’ambiance festive du rara. Des banderoles en hommage aux notables du quartier sont déjà installées à l’entrée et à la sortie du quartier. Cette initiative de Kesnol Lamour et de Team Viktwa en dit long sur le déroulement de la fête rara que Florida veut marquer à jamais par son style et le décor haut en couleur des costumes africains dashiki que porteront les musiciens.

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une passion pour l'écriture
Journaliste de formation et de profession, Chenald Augustin a travaillé pendant sept ans au journal Le Matin où il était rédacteur au service culture. En juin 2010, il est entré au journal Le Nouvelliste, le pus ancien journal d’Haïti, pour le laisser deux ans plus tard....

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